4.Une relation vivante
Chap: 4 - La Trinité : Source et Fontaine de notre Vie et Conclusion - L’Écriture nous donne, avec une cohérence remarquable, l’architecture trinitaire de cette vie communiquée à l’homme.Le Père est la source, le Fils est la fontaine, l’Esprit est le fleuve : une seule vie, donnée sans mesure.
Nous avons découvert que Christ est notre vie, que la prière est le point de contact spirituel par lequel cette vie se communique à nous, et que le secret de Kadesh consiste à parler au Rocher vivant plutôt qu’à le frapper dans l’effort religieux. Mais pour pénétrer plus profondément dans ce mystère glorieux, nous devons contempler l’architecture divine elle-même : comment la vie éternelle procède du Père, se manifeste dans le Fils, et jaillit en nous par l’Esprit.
L’architecture divine de la vie
L’Écriture nous donne, avec une cohérence remarquable, l’architecture trinitaire de cette vie communiquée à l’homme. Chaque Personne de la Trinité joue un rôle spécifique, distinct mais harmonieux, dans cette communication de la vie.
Voici une illustration remarquable pour comprendre comment les trois Personnes de la Trinité se rapportent l’une à l’autre dans le don de la vie : « Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous » (2 Corinthiens 13.13). Ces trois éléments ne sont pas juxtaposés par hasard. L’amour est la source intérieure invisible, le cœur même de Dieu. La grâce est l’expression de cet amour rendu visible et accessible. Et la communion est la transmission de cette grâce jusqu’à nous. Nous pouvons appliquer ce schéma à la Trinité : le Père est l’amour-source ; le Fils est la grâce-expression ; et l’Esprit est la communion-transmission. La vie divine ne nous parvient pas directement depuis le Père, elle nous arrive par le Fils, et le Fils nous la transmet par l’Esprit. C’est là, dans le courant de l’Esprit, que nous recevons la vie. Et c’est là que la prière nous conduit : dans la communion même du Dieu Trinitaire.
Le Père est la vie dans son principe originel
« En effet, tout comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a donné au Fils d’avoir la vie en lui-même » (Jean 5.26).
Le Père possède la vie en Lui-même. Cette vie n’est dérivée de personne, ne dépend de rien, existe de toute éternité. Il est la source cachée, invisible mais réelle, origine de toutes les eaux qui en descendent : « Le seul qui possède l’immortalité, qui habite une lumière inaccessible, qu’aucun homme n’a vu ni ne peut voir » (1 Timothée 6.16).
Le Fils est la fontaine, l’expression visible et le moyen d’accès
« En lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité » (Colossiens 2.9). Le Père reste inaccessible en lui-même, mais Il se révèle pleinement dans le Fils : « Personne n’a jamais vu Dieu ; Dieu le Fils unique, qui est dans l’intimité du Père, nous l’a fait connaître » (Jean 1.18).
Le Fils est comme le jaillissement de la source cachée au cœur du « Rocher » : en lui, l’eau enfouie dans la profondeur surgit au jour, rendue visible et accessible. En lui, la vie invisible du Père devient visible, l’inaccessible devient accessible.
L’Esprit est le fleuve, l’eau vive appliquée en nous
« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein, comme l’a dit l’Écriture » (Jean 7.37-38).
« Il dit cela à propos de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui » (Jean 7.39).
« En effet, la loi de l’Esprit qui donne la vie en Jésus-Christ m’a libéré de la loi du péché et de la mort » (Romains 8.2).
« Lui me glorifiera, parce qu’il prendra de ce qui est à moi et vous l’annoncera » (Jean 16.14).
Voici donc l’architecture divine de la vie : le Père est la source cachée, le Fils est le jaillissement manifesté, l’Esprit est le fleuve qui coule en nous. Comme l’a exprimé Watchman Nee, le Père est la source d’où tout procède, le Fils en est le jaillissement, et l’Esprit le fleuve qui la répand jusqu’en nous. Cette progression peut aussi se dire : le Père est la vie au-dessus de nous, le Fils est la vie venue à nous, l’Esprit est la vie en nous. Trois Personnes, un seul mouvement de grâce, une seule vie divine communiquée à l’âme qui croit.
« C’est par Christ que nous avons les uns et les autres accès auprès du Père, dans un même Esprit » (Éphésiens 2.18).
Cette architecture trinitaire peut être développée avec une précision qui enrichit considérablement ce que l’Écriture nous enseigne. Il faut distinguer la Trinité dans son essence éternelle, le mystère ineffable de l’être divin, de la Trinité dans son économie, c’est-à-dire dans le mouvement par lequel Dieu se dispense à l’homme. Dans cette économie divine, le Père est la source première et invisible ; le Fils est l’expression visible et le moyen d’accès ; et l’Esprit est l’application intérieure, Dieu devenu notre expérience quotidienne la plus intime. Ces trois mouvements ne sont pas chronologiques mais simultanés : à chaque instant de la prière, nous recevons du Père, par le Fils, dans l’Esprit.
Witness Lee insistait particulièrement sur le fait que le Fils, par la mort et la résurrection, est devenu l’Esprit vivifiant (1 Corinthiens 15.45). Cela signifie que le Père, le Fils et l’Esprit ne sont pas trois réalités séparées que nous aurions à rejoindre successivement ; ils sont un seul mouvement de vie divine se communiquant à l’homme. Quand nous prions « Père » dans le nom de « Jésus » par l’Esprit, nous ne faisons pas trois actes distincts : nous nous ouvrons à une seule réalité trinitaire qui nous enveloppe et nous pénètre. La prière est l’endroit où cette réalité devient expérience vivante.
Pour illustrer cette unité dans le courant divin, nous pouvons utiliser l’image de l’électricité. Dans une même pièce, plusieurs lampes peuvent être physiquement séparées, mais elles sont toutes une dans le courant qui les traverse. Dès qu’une lampe est branchée au courant, elle est une avec toutes les autres ; qu’elles soient dans la pièce d’à côté ou à l’autre bout du monde. Ainsi, tous les croyants qui sont dans la communion de la vie sont un, non pas par organisation humaine, mais par le courant divin du Dieu Trinitaire qui coule en eux tous.
Cette eau vive n’arrive pas en nous comme une influence extérieure ou un sentiment vague. Elle entre dans notre esprit humain et y fait sa demeure. Notre esprit est sa résidence, la maison que le Dieu Trinitaire s’est choisie pour habiter en nous. Ce n’est pas dans nos pensées que Christ habite, ni dans nos émotions, ni dans notre volonté : c’est dans le lieu le plus profond de notre être, là où l’Esprit rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu (Romains 8.16). C’est pourquoi la prière, l’acte de toucher Christ, de parler au Rocher, de demander à la source, est essentiellement un acte de l’esprit et non de l’âme. Nous ne prions pas depuis nos pensées ou depuis nos sentiments : nous prions depuis notre esprit, là où le Dieu Trinitaire a fait sa demeure.
Exégèse de Jean 4, le puits de Jacob
Revenons à la femme samaritaine, Jean nous rapporte cette rencontre extraordinaire, près du puits de Jacob : « Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué du voyage, était assis au bord du puits. C’était environ midi » (Jean 4.6).
Chaque détail est chargé de signification. Le puits de Jacob représente les efforts humains pour obtenir la vie : utile, impressionnant, mais symbole de la religion des œuvres. C’était environ midi, la sixième heure, heure de la chaleur maximale, de la soif la plus cruelle. Jean emploiera la même expression lors de la crucifixion (Jean 19.14), quand Jésus sera transpercé et qu’aussitôt jailliront de son côté ouvert du sang et de l’eau (Jean 19.34). L’eau vive jaillit du côté percé du Sauveur crucifié.
« Si tu connaissais le don de Dieu, et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire ! tu lui aurais toi-même demandé à boire, et il t’aurait donné de l’eau vive » (Jean 4.10).
« Toute personne qui boit de cette eau aura encore soif, mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif. Au contraire, l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle » (Jean 4.13-14).
Observons la progression : d’abord, Jésus donne l’eau. Mais ensuite, cette eau ne reste pas extérieure, elle devient en lui une source. Le mot grec traduit par « jaillir », hallomenou (jaillissant), évoque un mouvement dynamique, bondissant, exubérant. Nous n’avons plus à creuser un puits par nos efforts. Nous nous tournons vers l’intérieur, vers Christ en nous, et nous sommes alimentés par cette source jaillissante.
« Seigneur, donne-moi cette eau afin que je n’aie plus soif et que je n’aie plus à venir puiser ici » (Jean 4.15).
Voilà la prière de la foi dans sa simplicité la plus pure : « Seigneur, donne-moi, inonde moi, tu es ma vie ! » Pas de longs discours. Et Christ répond toujours à cette prière.
T. Austin-Sparks l’exprimait magnifiquement : «La vie chrétienne n’est pas une lutte pour obtenir quelque chose de Dieu, mais une découverte progressive de tout ce que nous avons déjà en Christ. Nous ne prions pas pour que Christ vienne en nous ; Il est déjà là avec toute sa plénitude. Nous prions pour que nos yeux soient ouverts à cette réalité glorieuse et que la vie qui est déjà en nous jaillisse librement. »
Contemplez cette architecture merveilleuse : le Père, le Fils, l’Esprit ; tous travaillant ensemble pour établir et maintenir notre communion avec Dieu. Car c’est là le but ultime de toute l’œuvre divine : non pas seulement nous sauver ou nous donner des bénédictions, mais nous ramener en communion permanente avec notre Créateur. La prière n’est rien d’autre que l’exercice de cette communion. Et dans cette communion se trouve le secret de la vie en abondance. Tout est communion.
Le fleuve du trône, l’horizon éternel
Jean avait contemplé cela dans la vision de la Jérusalem nouvelle : « Puis l’ange me montra le fleuve d’eau de la vie, limpide comme du cristal, qui sortait du trône de Dieu et de l’Agneau. Au milieu de la place de la ville et de chaque côté du fleuve, il y avait un arbre de vie, produisant douze fruits, rendant son fruit chaque mois, et dont les feuilles servaient à la guérison des nations » (Apocalypse 22.1-2).
La chaîne typologique se referme. Le Rocher frappé à Horeb, le Rocher auquel on parle à Kadesh, la source jaillissante promise à la Samaritaine (Jean 4.14), les fleuves annoncés le grand jour de la fête (Jean 7.38) ; tout converge vers ce fleuve limpide qui sort du trône de Dieu et de l’Agneau. C’est le même fleuve, aux trois temps de l’histoire du salut, parvenu à sa destination éternelle. Ce que nous buvons dans la prière, par la foi, dans l’obscurité de ce temps-ci, coulera à ciel ouvert, intarissable, pour l’éternité.
Apocalypse 22 accomplit ce qui était annoncé dès Genèse 2, où Dieu plaça l’homme devant deux arbres : l’arbre de vie et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. L’histoire humaine tout entière, depuis cette bifurcation originelle jusqu’à la Jérusalem nouvelle, est l’histoire de Dieu offrant sa vie à l’homme. En Apocalypse 22, l’arbre de vie réapparaît, non plus dans un jardin à l’entrée duquel on place des gardiens, mais librement accessible, de chaque côté du fleuve, ses feuilles servant à la guérison des nations. Tout obstacle est définitivement levé. Ce que la femme hémorragique cherchait à toucher, ce que le croyant cherche à saisir dans la prière, sera donné à découvert, en abondance, sans intermédiaire.
Le fleuve et l’arbre sont inséparables en Apocalypse 22 : le fleuve de la vie, l’Esprit, fait croître et nourrit l’arbre de vie : Christ. Ce que nous expérimentons partiellement dans la prière, dans la communion, dans les moments où la force sort de lui, est la réalité anticipée de ce que l’éternité déploiera pleinement. La prière n’est pas une discipline provisoire que l’éternité rendra inutile, elle est le prélude de la communion face à face que la Jérusalem nouvelle rendra permanente : « Ils verront sa face, et son nom sera sur leurs fronts » (Apocalypse 22.4).
David avait prié : « Je cherche ta face. » Ce cri, qui est l’âme même de toute prière authentique, trouvera son accomplissement éternel dans ce regard face à face. Les tsitsit portés extérieurement sur le vêtement, rappels provisoires de la sainteté de Dieu, seront remplacés par le nom même de Dieu gravé sur leurs fronts : intériorisé, permanent, définitif. Ce que la femme hémorragique touchait dans la foi et dans l’obscurité de la foule, nous le verrons face à face. Ce que nous cherchons dans la prière, nous le posséderons dans la vision.
« Il n’y aura plus d’anathème » (Apocalypse 22.3). Ce canal que la repentance doit maintenir ouvert dans ce temps-ci sera parfaitement et définitivement ouvert dans la Jérusalem nouvelle. Plus rien ne pourra obstruer le fleuve. Et : « Ils règneront aux siècles des siècles » (Apocalypse 22.5). C’est la pleine réalisation de ce que Matthieu 6.33 promettait : celui qui cherche d’abord le Royaume règnera éternellement avec Christ. La prière n’est pas seulement une discipline spirituelle pour aujourd’hui, c’est l’anticipation et le commencement de ce qui sera éternellement réel.
Conclusion
Ce que nous touchons aujourd’hui dans la foi, nous le verrons un jour face à face.
Précisons, avant de refermer ce chapitre, qu’il n’a parlé que d’une seule dimension de la communion : celle qui se vit dans la prière. La communion avec Dieu, dans sa plénitude, ne se limite cependant pas à la prière seule. Elle se nourrit aussi de la lecture et de la méditation des Écritures, et de la lecture d’autres ouvrages sérieux qui approfondissent notre connaissance de Dieu. La prière sans la Parole risque de devenir un sentiment sans fondement ; la Parole sans la prière risque de devenir une connaissance sans vie. C’est l’ensemble de ces disciplines, vécues ensemble, qui forme une communion véritablement globale.
L’image qui synthétise tout ce chapitre est celle du flux. La vie divine, vie du Père, exprimée dans le Fils, communiquée par l’Esprit, est un flux continu, une réalité dynamique qui cherche à s’écouler : « Des fleuves d’eau vive couleront de son sein » (Jean 7.38).
Ce flux n’est pas garanti automatiquement. Il suppose un canal ouvert. Et le canal s’ouvre et se maintient ouvert par une vie de prière simple, fréquente, interactive : aller vers Christ, lui parler, le plus souvent possible, dans l’esprit de recevoir : « car il faut que celui qui s'approche de Dieu croie que Dieu existe, et qu'il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent » (Hébreux 11.6).
Simple, car ce n’est pas une technique mais une relation volontaire. Fréquente, car les trois présents continus de Matthieu 7.7 : continuez à demander, à chercher, à frapper, ne se conjuguent pas à l’occasionnel. Interactive, car la prière n’est pas un monologue adressé à un Dieu absent, mais un dialogue avec le Père qui voit dans le secret (Matthieu 6.6), le Fils qui intercède en notre faveur (Romains 8.34), et l’Esprit qui intercède en nous avec des soupirs inexprimables (Romains 8.26).
Et cet écoulement suppose, enfin, le renoncement à soi-même : « Si quelqu’un veut être mon disciple, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix et qu’il me suive » (Luc 9.23).
Ce renoncement n’est pas une mortification légaliste, c’est la liberté de ne plus être le centre de notre propre vie. Tant que le moi naturel occupe le trône, la vie de Christ ne peut se manifester pleinement. Mais quand nous acceptons de mourir à nous-mêmes, un échange glorieux se produit : « ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi » (Galates 2.20).
Roy Hession le formulait avec une rigueur évangélique : ce n’est pas la grandeur de notre prière qui importe, c’est la brisure de notre orgueil, le dépouillement de notre autosuffisance, qui ouvre le canal. Et c’est alors que la dunamis (la force vive de Christ), peut circuler librement.
Il y a un récit, dans le second livre des Rois, qui porte cette vérité à son point extrême. Élisée était mort, enseveli depuis déjà un certain temps. Des hommes, surpris par une bande de pillards alors qu’ils enterraient l’un des leurs, jetèrent précipitamment le corps dans le sépulcre du prophète : « L’homme alla toucher les os d’Élisée, et il reprit vie et se leva sur ses pieds » (2 Rois 13.21).
Ce mort n’avait ni foi consciente ni intention de toucher quoi que ce soit : il fut jeté là par accident, dans l’urgence. Et pourtant, la vie jaillit du simple contact avec ce qui restait d’Élisée. Le prophète avait demandé, au début de son ministère, une double portion de l’esprit d’Élie (2 Rois 2.9) ; et cette portion reçue avait été si réellement assimilée en lui qu’elle continuait de porter du fruit au-delà même de sa propre mort. Voilà ce à quoi nous sommes appelés : après une véritable croissance en Christ, étant morts à nous-mêmes, devenir à notre tour porteurs de vie pour tous ceux qui nous toucheront, qui nous côtoieront. Ce n’est plus seulement nous qui touchons le Rocher pour recevoir : c’est ce que le Rocher a déposé en nous qui devient, à son tour, un point de contact pour d’autres ; exactement ce que Jésus avait déjà annoncé en ces termes de fleuve qui coule de nous (Jean 7.38).
Le fleuve ne s’arrête pas en nous : il continue. La communion que nous avons décrite tout au long de ce chapitre n’est donc pas une fin en soi, repliée sur notre seul bien-être spirituel. Elle nous transforme progressivement en vases capables de transmettre, parfois sans même le savoir, ce que nous avons reçu : « Jésus répondit : Quelqu'un m'a touché, car j'ai connu qu'une force était sortie de moi » (Luc 8.46). Comme les ossements d’Élisée, notre simple présence, façonnée par des années de mort à soi-même et de communion vécue, peut devenir, dans la main de Dieu, l’occasion d’une résurrection pour quelqu’un d’autre.
« Dieu peut vous combler de toute grâce afin que vous possédiez toujours à tout point de vue de quoi satisfaire à tous vos besoins et que vous ayez encore en abondance pour toute œuvre bonne » (2 Corinthiens 9.8).
Notre responsabilité n’est donc pas de créer cette vie, de la produire par nos efforts, de la mériter par notre piété ou notre sagesse théologique. Notre responsabilité est simplement de toucher le Seigneur, de maintenir le canal ouvert par une vie de prière simple, fréquente, interactive.
Voici la définition sobre et exigeante de la personne spirituelle : c’est celle qui marche, agit et vit strictement dans la communion de la vie. Ce n’est pas celui qui a le plus de connaissances doctrinales ou le plus de dons spirituels, mais celui qui demeure fidèlement dans le flux vivant de la communion, et qui, par ce flux, est dirigé, nourri et vivifié dans chaque instant de son existence. C’est là le critère simple et décisif de la maturité spirituelle : la profondeur et la constance de notre communion avec le Christ vivant.
« Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par-dessus » (Matthieu 6.33).
Abraham nous laisse avec une dernière leçon, peut-être la plus profonde. Genèse 18.33 dit : « L’Éternel s’en alla dès qu’Il eut fini de parler avec Abraham, et Abraham retourna à sa place. » Ce n’est pas Abraham qui avait fini de parler. C’est le Seigneur. Toute la communion de Genèse 18, c’est le Seigneur qui en avait conduit le rythme, la direction, la profondeur. Voilà la question à nous poser à la fin de chaque temps de prière : quand nous disons Amen et nous nous levons, avons-nous mis fin à notre parole, ou est-ce le Seigneur qui a mis fin à la sienne ? La meilleure prière n’est pas celle où nous avons tout dit : c’est celle où le Seigneur a dit tout ce qu’Il voulait dire. Celle où notre âme a gardé assez de silence pour que sa voix s’élève et soit entendue.
C’est à cela que nous sommes appelés : non pas à une religion de l’effort, mais à une vie de contact ; le contact vivant, permanent, fréquent, de notre esprit avec l’Esprit de Christ en nous. Ce que nous anticipons dans la prière, toucher le Christ vivant, boire à la source jaillissante, chercher sa face, le fleuve du trône l’accomplira pleinement, face à face, pour l’éternité. Jusqu’à ce jour-là : touchons le Rocher. Parlons-lui. Recevons de lui les eaux de la vie éternelle.
Voici l’affirmation qui résume toute cette théologie de la vie : être chrétien est simple. Non pas parce que la vie spirituelle est superficielle, mais parce que tout se ramène à une seule question : suis-je dans le flux de la vie ? Est-ce que le courant de la vie divine circule librement en moi ?
Quand le courant coule, nous avons la communion, la lumière, la paix, la joie, et nous savons instinctivement ce qu’il faut faire ou ne pas faire. Quand il s’arrête, rien ne peut le remplacer, ni les méthodes, ni les disciplines extérieures, ni les programmes religieux. Tout le mystère de la vie chrétienne profonde tient en ceci : demeurer dans le flux de la communion de la vie. C’est à cela que nous ont conduits la femme hémorragique qui toucha le bord du vêtement, le Rocher de Kadesh auquel on parle, et le fleuve d’eau vive du trône : tous pointent vers le même secret, le même courant, la même vie.
« Cherchons à connaître l’Éternel, poursuivons sa connaissance » (Osée 6.3).
Ce verset d’Osée porte en hébreu une intensité que les traductions peinent à rendre. Le verbe radaf ne signifie pas simplement « chercher » : c’est pourchasser, traquer, courir après sans jamais s’arrêter. La même ardeur que le chasseur qui ne rentre pas les mains vides. C’est ce mouvement que ce chapitre entier a voulu décrire, une poursuite résolue, une faim qui ne se satisfait d’aucun substitut.
Tozer, qui choisit ce verset comme épigraphe de La Poursuite de Dieu, avait compris que cette soif n’était pas d’abord la nôtre. Elle est suscitée en nous par Dieu Lui-même, avant même que nous en prenions conscience : « L’impulsion de poursuivre Dieu vient de Dieu, mais la réalisation de cette impulsion, c’est notre course ardente vers Lui ; et pendant tout ce temps où nous le poursuivons, nous sommes déjà dans sa main. »
Et puis cette formule qui devrait résonner dans le cœur de tout lecteur de ce chapitre : « Notre poursuite de Dieu est couronnée de succès, précisément parce qu’Il cherche sans cesse à se manifester à nous. »
Ce n’est donc pas une route à sens unique. Chercher sa face, le cri de David au Psaume 27.8 qui ouvre ce chapitre, et que nous retrouvons ici à sa conclusion, c’est répondre à une initiative qui nous précède. L’Éternel Lui-même court à notre rencontre, comme le soleil se lève chaque matin : « son apparition est aussi certaine que l’aurore. » Poursuivons-le donc, sans nous lasser.
« Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous ! » (2 Corinthiens 13.13).
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« Que l’Éternel te bénisse, et qu’il te garde ! Que l’Éternel fasse luire sa face sur toi, et qu’il t’accorde sa grâce !
Que l’Éternel tourne sa face vers toi, et qu’il te donne la paix ! »
Nombres 6.24-26
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