1.Une relation vivante
Chap: 1 - Préface, introduction - La communion avec Dieu est une relation vivante, et de chaque instant. La vie divine a reçu un nom dans les Écritures : la communion. L’apôtre Jean l’annonce dès l’ouverture de sa première épître : « Notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ » (1 Jean 1.3).
Ne confondons pas l’éclat de la vérité avec la réalité de l’obéissance : regarder le miroir ne sert à rien si l’on ne bâtit pas sur le Roc ! - « Mettez en pratique la parole, et ne vous bornez pas à l’écouter, en vous trompant vous-mêmes par de faux raisonnements… » (Jacques 1.22). - « Quiconque entend ces paroles que je dis et les met en pratique, je le comparerai à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc » (Matthieu 7.24). - « Défrichez-vous un champ nouveau ! Il est temps de chercher l’Éternel, jusqu’à ce qu’il vienne, et répande pour vous la justice » (Osée 10.12).
Préface : Le Fondement et le Miroir
Il existe une manière d’approcher la vérité de Dieu qui, tout en l’honorant des lèvres, laisse l’âme profondément desséchée. On peut écouter, admirer, et même enseigner la Parole, tout en demeurant étrangement figé dans sa vie intérieure. On peut se tenir longtemps sous la lumière sans jamais lui permettre de faire de nous des enfants de lumière. L’apôtre Jacques nomme cela une séduction (Jacques 1.22) : non pas le piège grossier de l'erreur, mais celui, bien plus subtil, d’une vérité que l’on approuve par l’intelligence, mais que l’on refuse d'épouser par l’obéissance du cœur.
Dans sa grâce, le Seigneur peut souverainement nous ouvrir l'intelligence pour « comprendre les Écritures » (Luc 24.45). Il peut faire tomber le voile du mystère et nous accorder la révélation d'un texte. Pourtant, cette illumination de l'esprit ne signifie pas que nous sommes, pour autant, « transformés de gloire en gloire » (2 Corinthiens 3.18). Comprendre la mécanique du divin ne veut pas dire forcément revêtir la nature du divin.
Pour nous en convaincre, l’Esprit dresse devant nous le mémorial tragique et solennel du roi Saül. Souvenez-vous : voici un homme à qui Dieu, dans sa bonté, avait donné « un autre cœur » (1 Samuel 10.9). Le texte hébreu emploie le mot hafakh, qui désigne un bouleversement complet, un retournement radical opéré par la main de l'Éternel. L'Esprit l'a saisi avec une telle force qu'il s'est mis à prophétiser au milieu des prophètes. Il a vu. Il a su. Il a goûté à la puissance manifeste de Dieu.
Et pourtant... ce même homme a fini sa course dans les ténèbres de la chair. Rongé par la jalousie, endurci par la désobéissance, il s'est égaré jusqu'à consulter les morts pour finalement s'effondrer sur sa propre épée. Comment un homme si puissamment touché a-t-il pu finir ainsi ? Parce que Saül a connu la visitation de Dieu, mais il a négligé sa transformation. L’Esprit a traversé ses lèvres, mais l’obéissance ne s’est jamais enracinée dans son cœur. Il avait reçu un cœur neuf, mais il ne l'a jamais cultivé. Il a exercé le don prophétique, mais il n'a jamais laissé le Saint-Esprit briser son ego.
Les anciens Sages d’Israël nous avertissaient déjà de ce péril. Ils enseignaient que l'homme dont le savoir biblique surpasse la soumission du cœur ressemble à un arbre aux branches immenses, mais aux racines chétives (Pirkei Avot 3.17). Au premier grand vent de l'épreuve, de la chair ou de la tentation, il est arraché de terre et renversé. Sa grande théologie ne le sauve pas.
Que cela soit un avertissement pour nos âmes. Ne soyons pas de simples collectionneurs de révélations bibliques. Ne nous contentons pas d'être comptés « parmi les prophètes » ou parmi les érudits. L'onction peut descendre sur un homme, mais seule l'obéissance quotidienne forge en lui le caractère de Christ. Ne cherchons pas seulement à comprendre le Maître ; laissons-le nous transformer en profondeur. Car la véritable connaissance de Dieu n'est pas une information que l'on stocke, mais une incarnation à laquelle on se soumet.
C’est ici que se cache une grande pauvreté spirituelle parmi les chrétiens. Beaucoup s’imaginent être en accord avec Dieu parce qu’ils sont en accord avec ce qu’Il dit. Ils écoutent, ils acquiescent, ils reconnaissent que la Parole est juste et biblique, et ils en concluent que cette adhésion intérieure suffit. Mais approuver la vérité n’est pas encore marcher en elle. On peut se sentir proche du Seigneur parce qu’on ne conteste pas son autorité, tout en refusant, en pratique, d’entrer dans ses exigences. C’est une illusion redoutable : elle donne à la conscience le calme de l’obéissance sans jamais en porter le fruit : « Pourquoi m’appelez-vous : Seigneur ! Seigneur ! Et ne faites-vous pas ce que je dis ? » (Luc 6.46).
Pourtant, si le Seigneur nous avertit de ce danger, c’est par un pur excès d’amour. Il ne dénonce nos faux semblants que pour nous offrir sa propre réalité. L'apôtre Jacques compare celui qui n'agit pas à un homme qui s'observe dans un miroir, et s'oublie aussitôt après s'être vu (Jacques 1.23-24). Quelle tragédie d’un christianisme qui éclaire l’intelligence, sans transformer le cœur ! Une vérité qui n’est pas pratiquée finit par s’évaporer en un simple sentiment religieux. Elle traverse l’âme sans s’y établir, elle donne l’illusion de posséder alors que l’on reste vide.
C'est la posture du fils aîné de la parabole : il était dans la maison, il avait tout à sa disposition, mais il ne jouissait de rien. Il connaissait les droits du domaine, mais ignorait les battements du cœur de son père (Luc 15.29-31). Comme lui, nous risquons de devenir des héritiers extérieurs, riches en concepts mais pauvres en vécu spirituel. C'est aussi l'illusion de l'Église de Laodicée, qui se disait riche et n'ayant besoin de rien, alors que le Seigneur la déclarait « malheureuse, misérable, pauvre, aveugle et nue » (Apocalypse 3.17). Comme eux, nous risquons d'accumuler des trésors doctrinaux sans jamais posséder la vie qu'ils renferment.
C’est ici que retentit l’appel brûlant du prophète : « Défrichez-vous un champ nouveau ! Il est temps de chercher l’Éternel… » (Osée 10.12). Pour beaucoup de chrétiens, aujourd’hui, le temps est venu de passer de la théorie à la pratique de la vie du Seigneur. Il est temps de cesser de faire confiance à nos propres voies, à nos raisonnements charnels, et même à la sécurité confortable de nos systèmes théologiques évangéliques. On peut avoir appris à faire fonctionner une religion sans jamais avoir rencontré les pensées profondes de Dieu. On peut s’abriter derrière des structures, des méthodes et des traditions, alors que le sol de notre cœur est resté dur et rocailleux. Il est temps de chercher un « Christ » vivant, et non plus théorique seulement.
Chercher l’Éternel, ce n’est pas multiplier nos efforts religieux ; c’est accepter que Dieu brise nos certitudes pour répandre en nous la vie du Christ. C’est oser sortir de nos habitudes pour laisser l’Esprit nous révéler ses voies. Car Dieu ne nous appelle pas à un système de plus, mais à une union vivante avec une Personne vivante.
Jésus ne nous demande pas seulement de l’écouter, mais de bâtir. Et bâtir, dans son Royaume, ce n’est pas uniquement faire de beaux discours concernant le Roc : mais c’est descendre jusqu’à Lui, y poser tout le poids de nos journées, de nos choix, de notre vie chrétienne. L’homme prudent n’est pas celui qui a les pensées les plus hautes, mais celui qui laisse les paroles de Christ devenir l’ossature de son existence. Sa maison tient, non par sa propre force, mais parce qu’elle repose sur Celui qui ne change pas.
Ces brochures sont écrites avec cette seule prière : qu’elles ne soient pas une lecture de plus, mais un rendez-vous. Elles ne visent pas à meubler notre esprit d’idées nouvelles, mais à nous appeler à une marche plus intérieure avec Christ. La vérité de Dieu ne nous a pas été donnée comme un décor spirituel, mais comme un feu qui purifie, une semence qui germe, un pain qui fait vivre. Elle exige tout de nous, afin de nous introduire dans la plénitude de Dieu, et transformer nos vies.
Ces pages ont été rédigées avec soin, mais non sans limite. Nul enseignant n’est infaillible, et ces brochures ne font pas exception. Que le lecteur soit comme les Béréens, qui « reçurent la parole avec beaucoup d’empressement, et examinèrent chaque jour les Écritures, pour voir si ce qu’on leur disait était exact » (Actes 17.11). La Parole demeure le seul critère.
Nous aborderons ici l’une des réalités les plus centrales et les plus négligées de la vie chrétienne : la communion vivante avec Dieu. Non pas comme un sujet d’étude supplémentaire, mais comme une expérience concrète, quotidienne, à laquelle chaque croyant est appelé. Toucher Christ dans la prière. Parler au Rocher plutôt que de le frapper dans l’effort. Boire à la source qui jaillit jusqu’à la vie éternelle. Ce chemin de communion, du premier toucher de foi jusqu’au face-à-face éternel, est l’unique réponse à la soif que rien de ce monde ne saurait étancher.
Ne craignez pas cette exigence. La croix qui brise notre volonté est aussi le lieu de notre plus grande paix. Le dépouillement qu’Il demande est le seul chemin vers la véritable richesse. Tout ce qui, dans notre spiritualité, ne nous rend pas plus humbles, plus aimants, plus dépendants de l’Esprit, est à laisser derrière nous. Il est possible d’aimer la doctrine de la croix, de l’enseigner, et de fuir son œuvre dans notre vie ; il est possible d’être exact dans les mots et sec dans la vie. Mais la vérité selon Dieu, lorsqu’elle est reçue en profondeur, pénètre, renverse et reconstruit le chrétien de l’intérieur.
La maison bâtie sur le roc n’est pas une maison sans tempête. Elle connaîtra la pluie, les vents, les épreuves et les déserts. Mais elle ne tombera pas. Elle tient, parce qu’elle repose sur le Christ reçu, cru et expérimenté. Dieu cherche des vies fondées, non des émotions passagères ; des disciples, non des auditeurs satisfaits.
Lisez donc ces pages avec le désir de céder au Seigneur. Laissez-le vous poser cette question décisive : « Que feras-tu de la vérité que tu viens de recevoir ? » Car une vérité obéie devient vie ; une vérité seulement contemplée finit par endurcir le cœur. Que le Seigneur nous accorde cette pauvreté d’esprit qui permet d’être réellement enseigné et transformé. L’entrée dans ce repos est une victoire spirituelle qui ne s’obtient pas par l’effort de la chair, mais par l’abandon à Celui qui habite en nous. Car la Parole n’a vraiment été entendue que lorsqu’elle devient, par la grâce de Dieu, une vie vécue.
C’est ici le secret d’une obéissance qui ne fatigue pas : ce n’est plus nous qui essayons de pratiquer la Parole, c’est Christ en nous qui la pratique lui-même. Notre part est de lui céder le passage, de consentir à sa seigneurie, et de le laisser fouler le sol de notre quotidien. Savez-vous que Celui qui a donné le commandement est Celui-là même qui en devient l’accomplissement dans nos membres ? L’obéissance n’est plus alors une corvée tendue, mais le débordement naturel de sa vie à travers la nôtre.
Que cette prière du Psalmiste devienne votre cri quotidien, non comme une demande d’effort supplémentaire, mais comme un abandon total à la puissance motrice de son Esprit : « Fais-moi marcher dans le chemin de tes commandements, car j’y prends plaisir » (Psaume 119.35). « Seigneur, fais-moi emprunter ce chemin par ta vie en moi ! »
Frédéric Gabelle
Votre frère en Christ
Association Bible et Foi
Introduction
« Dieu est fidèle, par lequel vous avez été appelés à la communion de son Fils Jésus-Christ, notre Seigneur » (1 Corinthiens 1.9). Une soif que Dieu seul peut combler, depuis le commencement jusqu’à la fin des temps.
Il y a dans le cœur de l’homme une soif que rien de ce monde ne sait étancher. Les Écritures, depuis leur première page, savent nommer cette soif et savent où elle trouve sa réponse : non dans une doctrine, non dans une morale, mais dans une Personne vivante qui se donne elle-même comme vie. Cette soif est le sceau de notre condition de créature. Elle nous est révélée de manière bouleversante au bord d’un puits, en Samarie, lorsque le Créateur Lui-même, assis dans la poussière du chemin, murmure à une femme égarée : « Donne-moi à boire » (Jean 4.7). Celui qui est la Source se fait assoiffé pour rejoindre notre propre sécheresse. Il nous enseigne ainsi que la vie spirituelle ne consiste pas à puiser dans nos propres puits de savoir, mais à recevoir de Lui « l'eau vive » qui devient en nous une source jaillissante (Jean 4.14). La soif de Dieu agit comme une boussole : cette soif n'est pas un défaut, mais un appel à la relation.
Du jardin d’Éden où coulait un fleuve, jusqu’à la Jérusalem nouvelle où coule le fleuve de la vie, en passant par le Rocher frappé dans le désert et la source promise à la Samaritaine, une seule réalité se déploie progressivement : Dieu veut être notre vie, notre communion de chaque instant, il est l’eau qui désaltère et vivifie pour toujours.
Cette vie divine a reçu un nom dans les Écritures : la communion. L’apôtre Jean l’annonce dès l’ouverture de sa première épître : « Notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ » (1 Jean 1.3). La communion n’est pas seulement une émotion, ni un sentiment de bien-être spirituel. Elle est la réalité vivante et dynamique de Dieu qui se communique à l’homme qui vient à Lui, comme une source qui jaillit, comme un fleuve qui coule, comme l’air que l’on respire. Elle est l’eau vive promise à la Samaritaine, devenant en celui qui la reçoit une source jaillissant jusque dans la vie éternelle (Jean 4.14). Elle est le courant du Dieu Trinitaire : le Père dans le Fils, le Fils par l’Esprit, l’Esprit dans notre esprit ; coulant constamment pour être notre vie.
Cette communion avec Dieu n’est pas un don que l’on reçoit une fois pour toutes et qui demeurerait acquis sans plus d’effort de notre part. Elle est comme un champ que le cultivateur travaille avec méthode, jour après jour, sans se laisser distraire ni par la lassitude ni par l’absence de résultat immédiat. Jésus lui-même a comparé le royaume de Dieu à ce mystère de la croissance silencieuse :
« Il en est du royaume de Dieu comme quand un homme jette de la semence en terre ; qu’il dorme ou qu’il veille, nuit et jour, la semence germe et croît sans qu’il sache comment. La terre produit d’elle-même, d’abord l’herbe, puis l’épi, puis le grain tout formé dans l’épi » (Marc 4.26-28).
Le cultivateur ne voit pas la graine germer sous ses yeux. Il ne comprend pas le mécanisme intime de la vie qui travaille sous la terre. Mais il sème, il arrose, il attend, avec la certitude tranquille que ce qu’il a planté portera du fruit en son temps. Cette même persévérance est requise de celui qui cherche la communion avec la nature divine. L’apôtre Paul l’exhorte avec une fermeté qui ne laisse aucune place au découragement :
« Ne nous lassons pas de faire le bien, car nous moissonnerons au temps convenable, si nous ne nous relâchons pas » (Galates 6.9).
La fidélité quotidienne, la persévérance silencieuse, la volonté de ne jamais s’écarter du chemin tracé : voilà ce qui prépare la moisson de l’Esprit de vie. Non pas une communion sporadique, au gré des émotions ou des circonstances, mais une discipline aimante, semblable à celle du laboureur qui ne renonce jamais, même quand la terre semble muette.
Ce chapitre veut explorer cette réalité sous ses différentes facettes. Nous verrons d’abord quel est le point de contact spirituel par lequel nous entrons dans cette communion vivante. Puis nous découvrirons comment la vie toute-suffisante de Christ se libère à travers la prière de la foi, et comment la repentance maintient le canal ouvert. Nous méditerons sur le secret de Kadesh, (parler au Rocher), comme image de la communion quotidienne avec le Christ vivant. Nous contemplerons enfin l’architecture trinitaire de cette source, jusqu’à son horizon ultime dans la Jérusalem nouvelle où le fleuve de la vie jaillit du trône de Dieu et de l’Agneau. Du premier toucher de foi jusqu’au face-à-face éternel : vers une communion vivante.
I. Le point de contact spirituel
Toucher Christ ne demande ni longue audience ni grande théologie ; seulement la foi qui ose tendre la main.
Il existe dans l’Évangile des gestes qui révèlent plus qu’une simple action humaine : ils dévoilent une loi spirituelle, un principe éternel qui gouverne notre relation avec Dieu. L’un de ces gestes se trouve dans le récit d’une femme désespérée qui, au milieu d’une foule compacte, tendit la main vers Jésus avec cette conviction intérieure : « Si je peux seulement toucher son vêtement, je serai guérie » (Matthieu 9.21).
Ce n’était pas là simple superstition ou pensée magique. C’était la foi qui avait compris quelque chose d’essentiel: il existe un point de contact spirituel entre l’âme dans le besoin et Christ qui possède toute plénitude.
Pendant douze années, cette femme avait souffert d’hémorragies continuelles. Douze années d’épuisement physique, d’exclusion sociale, d’impureté rituelle selon la loi mosaïque. Douze années à dépenser tout ce qu’elle possédait auprès de médecins qui ne pouvaient rien pour elle. Mais voici qu’en cet instant décisif, quelque chose avait germé dans son cœur : une certitude qui dépassait toute logique humaine.
Marc précise un détail saisissant : elle « avait beaucoup souffert entre les mains de plusieurs médecins, et avait dépensé tout ce qu’elle avait, sans avoir éprouvé aucun soulagement, mais était allée plutôt en empirant » (Marc 5.26). Combien de croyants reconnaîtront ici leur propre parcours. Ces « plusieurs médecins », ce sont aussi tous ces systèmes évangéliques, ces méthodes psychologiques, ces formules, ces programmes qui promettent la victoire spirituelle, la délivrance, le réveil personnel ; et qui, après avoir consumé toute notre énergie, tout notre temps, toute notre espérance, et bien souvent tout notre argent, nous laissent souvent plus épuisés qu’auparavant, comme cette femme. Ce ne sont pas nécessairement de mauvaises intentions qui sont en cause, mais une réalité spirituelle implacable : aucune méthode, aussi biblique soit-elle en apparence, ne peut remplacer le contact réel avec la Personne de Christ. La femme avait tout essayé avant de comprendre que la solution n’était pas dans une nouvelle technique humaine, mais dans un geste tout simple : toucher le Christ.
Combien de chrétiens, aujourd’hui encore, se tiennent courbés dans leur marche avec le Seigneur. Ce n’est pas par manque de salut, mais par toutes sortes de faiblesses qui, année après année, les ont lentement pliés vers le sol. Une blessure jamais vraiment guérie. Une habitude qu’on n’arrive pas à vaincre. Une fatigue spirituelle si ancienne qu’elle semble devenue une seconde nature. Comme cette femme, beaucoup ont déjà tout essayé, tout dépensé, sans trouver de secours suffisant. Et pourtant le Seigneur ne regarde pas ces années de faiblesse avec sévérité ; il les regarde avec une miséricorde qui n’attend qu’un geste, même timide, même furtif, pour agir.
L’Évangile nous donne le portrait d’une autre femme, dont l’affliction avait pris une forme plus visible encore. Luc nous la décrit ainsi : « Il y avait là une femme possédée d’un esprit qui la rendait infirme depuis dix-huit ans, elle était courbée, et ne pouvait pas du tout se redresser » (Luc 13.11).
Dix-huit années où elle ne pouvait même plus lever les yeux vers le ciel. Et Jésus, la voyant, l’appela, posa les mains sur elle, et lui dit simplement : « Femme, tu es délivrée de ton infirmité. » Aussitôt elle se redressa, et glorifia Dieu (Luc 13.12-13). Il n’y eut ni longue prière, ni effort de sa part : Jésus prit l’initiative, et la guérison fut instantanée. Ces deux femmes, l’une cherchant à toucher dans la foule, l’autre incapable même de se tenir droite, nous montrent les deux extrémités de la faiblesse humaine, et la même miséricorde du Seigneur qui rejoint chacune là où elle se trouve.
Elle n’avait pas besoin d’une longue audience avec le Maître. Il lui suffisait de toucher.
Les tsitsit (hébreu : franges), au bord du vêtement de Jésus
Ce bord de vêtement n’était pas une partie quelconque de ses habits. Dans la culture hébraïque, il s’agissait du tsitsit, ces franges que tout Israélite pieux portait aux quatre coins de son vêtement selon le commandement divin :
« Parle aux Israélites et dis-leur de se faire des franges aux coins de leurs vêtements, de génération en génération, et d’ajouter un cordon bleu à la frange de chaque coin. Vous aurez ainsi des franges dont la vue vous rappellera tous les commandements de l’Éternel, afin que vous les mettiez en pratique » (Nombres 15.38-39).
Ces franges symbolisaient l’obéissance aux commandements de Dieu, la sainteté, l’alliance. Le cordon de violet, tekhelet (bleu), pointait vers le ciel même, vers la royauté et la sainteté de l’Éternel. En touchant le tsitsit de Jésus, cette femme touchait l’obéissance parfaite du Messie, sa sainteté sans tache, son autorité divine.
Le prophète Malachie avait annoncé : « Mais pour vous qui craignez mon nom, le soleil de la justice se lèvera, et la guérison sera sous ses ailes » (Malachie 4.2).
Le mot hébreu traduit par « ailes », kanaph (aile), désigne précisément les coins du vêtement, là où se trouvaient les franges. Quel Dieu merveilleux que celui qui dépose sa promesse de guérison non pas derrière une porte fermée ou au sommet d’une montagne inaccessible, mais au bord même de son vêtement ; à portée de la main la plus tremblante, la plus indigne, la plus désespérée ! Cette femme s’était approprié la prophétie messianique : elle cherchait la guérison sous les « ailes » du Soleil de justice, comme l’oisillon se réfugie sous l’aile de sa mère. Quelle grâce inouïe que ce Dieu trois fois saint consente à étendre sur nous de telles ailes, et nous permette de nous approcher de Lui non par nos mérites ni par notre dignité, mais par la simple foi qui ose, malgré tout, tendre la main !
Et voici ce qui se produisit : « Aussitôt la perte de sang s’arrêta et elle sentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal » (Marc 5.29). Instantanément. Sans que Jésus ait prononcé une parole, sans même qu’il se soit encore retourné vers elle. Le simple contact de la foi avec Christ avait libéré la puissance divine.
D’autres visages de la même foi
Cette attitude, nous la retrouvons chez d’autres personnages de l’Évangile.
Pensons au centenier romain qui supplia Jésus de guérir son serviteur paralysé. Lorsque Christ proposa de se déplacer jusqu’à sa maison, cet homme répondit avec une humilité et une foi d’enfant : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement un mot et mon serviteur sera guéri » (Matthieu 8.8).
Il avait compris que la puissance de Christ n’était pas limitée par la distance physique. Sa foi avait établi un point de contact spirituel qui rendait inutile la proximité matérielle. Jésus déclara : « Je vous le dis en vérité, même en Israël je n’ai pas trouvé une aussi grande foi » (Matthieu 8.10).
Considérons également Bartimée, l’aveugle mendiant assis au bord du chemin de Jéricho. Quand il apprit que Jésus de Nazareth passait, il se mit à crier : « Fils de David, Jésus, aie pitié de moi » (Marc 10.47). La foule le faisait taire, mais il criait de plus belle. Sa persistance n’était pas de l’entêtement charnel, mais l’expression d’une foi qui savait que Christ était sa seule espérance. Quand Jésus lui demanda « Que veux-tu que je fasse pour toi ? ». Bartimée répondit : « Maître, que je retrouve la vue » (Marc 10.51).
Jésus lui dit : « Vas-y, ta foi t’a sauvé. » Le cri de Bartimée était son tsitsit à lui, sa façon de toucher Christ dans la foi par-delà tous les obstacles.
Si la persévérance du cultivateur se déploie dans la durée, semer, attendre, ne jamais se lasser, celle de Bartimée se concentre dans l’instant : quand l’occasion de toucher Christ se présente, il ne la laisse pas passer, malgré ceux qui voudraient le faire taire. Les deux formes de persévérance se rejoignent dans une même conviction: que ce qui est planté en Dieu, ou ce qui crie vers Lui, ne reste jamais sans réponse.
La définition de la prière, l’acte d’aller vers Christ
Ces récits nous enseignent une vérité fondamentale : la prière est essentiellement un acte de foi par lequel notre esprit vient toucher l’Esprit de Dieu. C’est un point de contact spirituel, une rencontre invisible mais réelle entre notre pauvreté et sa richesse, entre notre vide et sa plénitude, entre notre mort et sa vie.
Jésus Lui-même nous a révélé cette loi spirituelle dans son enseignement sur la prière : « Demandez et l’on vous donnera, cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira. En effet, toute personne qui demande reçoit, celui qui cherche trouve et l’on ouvrira à celui qui frappe » (Matthieu 7.7-8).
Observons attentivement ces trois verbes dans le texte grec original. Ils sont tous au présent à valeur continuatrice : continuez à demander… continuez à chercher… continuez à frapper, ne jamais s’arrêter. La prière n’est pas un recours occasionnel dans les moments de crise, mais la respiration normale, constante, de l’âme qui vit en communion avec Dieu.
Le prophète Élie avait fait sienne cette posture continuelle avant même que la grammaire grecque ne vienne l’éclairer. Sa formule caractéristique, qui revient comme une signature tout au long de son ministère, ne décrit pas un instant mais une position permanente : « L’Éternel, le Dieu d’Israël, devant qui je me tiens, est vivant » (1 Rois 17.1).
« Devant qui je me tiens », pas devant qui je me suis tenu un jour, ou devant qui je me tiens quelques fois dans la semaine, mais une présence continuellement habitée, un poste que l’on ne quitte pas. C’est la même réalité que Jésus enseigne par ces présents continuatifs (qui expriment une action qui ne cesse jamais de se répéter) : demander, chercher, frapper, ne sont pas des actes ponctuels, mais une manière de se tenir en permanence devant le Dieu vivant.
Demander, c’est reconnaître notre besoin et notre dépendance. Chercher implique un mouvement plus profond, une poursuite de Dieu Lui-même au-delà des réponses qu’Il peut donner. Frapper suggère l’intimité de celui qui est à la porte de la maison et qui désire entrer, non seulement recevoir quelque chose, mais plus encore, pour demeurer dans la présence.
E. M. Bounds, dont toute l’œuvre fut bâtie sur la réalité concrète de la prière, l’exprimait avec une conviction forgée dans l’expérience : l’Église n’a pas d’abord besoin de méthodes, de programmes ou de talents ; elle a besoin de croyants qui aillent vers Dieu dans la prière et n’en reviennent pas les mains vides. La grandeur de la foi d’un homme se lit dans la profondeur de sa vie de prière.
David avait saisi cette vérité dans toute sa profondeur. Dans le Psaume 27, il nous révèle le secret d’une vie de prière authentique. Il entend d’abord la voix de Dieu dans son cœur : « Mon cœur dit de ta part : « Cherchez ma face ! » (Psaume 27.8a).
Remarquons bien : c’est Dieu qui prend l’initiative. L’appel ne vient pas de notre désir religieux, mais du cœur même de Dieu qui aspire à notre communion. Ce n’est pas nous qui forçons l’entrée d’un Dieu réticent, mais Lui qui nous appelle ardemment à sa présence. Et David répond sans délai : « Je cherche ta face, Éternel ! » (Psaume 27.8b).
Pas seulement les bénédictions, les dons, mais « ta face ». C’est-à-dire « toi-même », ta présence manifeste, ta communion personnelle. Voilà la condition de toute relation profonde avec Dieu : répondre à son appel en cherchant sa face plutôt que ses mains, sa personne plutôt que ses provisions.
« Ne me cache pas ta face, ne repousse pas avec colère ton serviteur ! Tu es mon secours : ne me rejette pas, ne m’abandonne pas, Dieu de mon salut ! » (Psaume 27.9).
La définition de la prière, l’acte d’aller vers Christ
Ces récits nous enseignent une vérité fondamentale : la prière est essentiellement un acte de foi par lequel notre esprit vient toucher l’Esprit de Dieu. C’est un point de contact spirituel, une rencontre invisible mais réelle entre notre pauvreté et sa richesse, entre notre vide et sa plénitude, entre notre mort et sa vie.
Jésus Lui-même nous a révélé cette loi spirituelle dans son enseignement sur la prière : « Demandez et l’on vous donnera, cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira. En effet, toute personne qui demande reçoit, celui qui cherche trouve et l’on ouvrira à celui qui frappe » (Matthieu 7.7-8).
Observons attentivement ces trois verbes dans le texte grec original. Ils sont tous au présent à valeur continuatrice : continuez à demander… continuez à chercher… continuez à frapper, ne jamais s’arrêter. La prière n’est pas un recours occasionnel dans les moments de crise, mais la respiration normale, constante, de l’âme qui vit en communion avec Dieu.
Le prophète Élie avait fait sienne cette posture continuelle avant même que la grammaire grecque ne vienne l’éclairer. Sa formule caractéristique, qui revient comme une signature tout au long de son ministère, ne décrit pas un instant mais une position permanente : « L’Éternel, le Dieu d’Israël, devant qui je me tiens, est vivant » (1 Rois 17.1).
« Devant qui je me tiens », pas devant qui je me suis tenu un jour, ou devant qui je me tiens quelques fois dans la semaine, mais une présence continuellement habitée, un poste que l’on ne quitte pas. C’est la même réalité que Jésus enseigne par ces présents continuatifs (qui expriment une action qui ne cesse jamais de se répéter) : demander, chercher, frapper, ne sont pas des actes ponctuels, mais une manière de se tenir en permanence devant le Dieu vivant.
Demander, c’est reconnaître notre besoin et notre dépendance. Chercher implique un mouvement plus profond, une poursuite de Dieu Lui-même au-delà des réponses qu’Il peut donner. Frapper suggère l’intimité de celui qui est à la porte de la maison et qui désire entrer, non seulement recevoir quelque chose, mais plus encore, pour demeurer dans la présence.
E. M. Bounds, dont toute l’œuvre fut bâtie sur la réalité concrète de la prière, l’exprimait avec une conviction forgée dans l’expérience : l’Église n’a pas d’abord besoin de méthodes, de programmes ou de talents ; elle a besoin de croyants qui aillent vers Dieu dans la prière et n’en reviennent pas les mains vides. La grandeur de la foi d’un homme se lit dans la profondeur de sa vie de prière.
David avait saisi cette vérité dans toute sa profondeur. Dans le Psaume 27, il nous révèle le secret d’une vie de prière authentique. Il entend d’abord la voix de Dieu dans son cœur : « Mon cœur dit de ta part : « Cherchez ma face ! » (Psaume 27.8a).
Remarquons bien : c’est Dieu qui prend l’initiative. L’appel ne vient pas de notre désir religieux, mais du cœur même de Dieu qui aspire à notre communion. Ce n’est pas nous qui forçons l’entrée d’un Dieu réticent, mais Lui qui nous appelle ardemment à sa présence. Et David répond sans délai : « Je cherche ta face, Éternel ! » (Psaume 27.8b).
Pas seulement les bénédictions, les dons, mais « ta face ». C’est-à-dire « toi-même », ta présence manifeste, ta communion personnelle. Voilà la condition de toute relation profonde avec Dieu : répondre à son appel en cherchant sa face plutôt que ses mains, sa personne plutôt que ses provisions. « Ne me cache pas ta face, ne repousse pas avec colère ton serviteur ! Tu es mon secours : ne me rejette pas, ne m’abandonne pas, Dieu de mon salut ! » (Psaume 27.9).
Comment notre esprit touche l’Esprit de Dieu
Mais comment cette rencontre invisible se produit-elle concrètement ? Comment notre esprit vient-il toucher l’Esprit de Dieu ? L’Écriture nous révèle que l’être humain est composé de trois parties distinctes : « … Que tout votre être, l’esprit, l’âme et le corps, soit conservé irréprochable » (1 Thessaloniciens 5.23).
Le corps est notre enveloppe physique, en contact avec le monde matériel. L’âme est le siège de notre personnalité consciente : pensées, émotions, volonté, intelligence. Mais l’esprit est la partie la plus profonde de notre être, celle qui a été créée pour entrer en relation directe avec Dieu. Lorsque nous naissons de nouveau, c’est notre esprit qui est régénéré, rendu vivant par le Saint-Esprit qui vient y habiter : « Celui qui s’unit au Seigneur est avec lui un seul esprit » (1 Corinthiens 6.17).
« C’est l’Esprit lui-même qui rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu » (Romains 8.16).
La prière dans l’esprit est différente de la prière avec l’intelligence. C’est une communion qui se passe au-delà de nos pensées et de nos sentiments, dans la partie la plus profonde de notre être où nous sommes un avec le Seigneur, en contact avec sa vie et sa volonté. Il est le lien vivant entre notre esprit et Christ glorifié dans les cieux : « Et parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils, qui crie : Abba ! Père ! » (Galates 4.6).
Sans cette action du Saint-Esprit, notre prière resterait enfermée dans le domaine de l’âme charnelle. Mais par Lui, nous touchons réellement Christ, nous entrons en contact vivant avec la source de toute vie. Comme Andrew Murray l’écrivait : « La prière n’est pas notre effort pour vaincre la réticence de Dieu, mais notre saisie de sa plus grande volonté. »
Le chrétien né de nouveau possède en son esprit une faculté unique créée pour contacter Dieu directement, elle n’est pas théorique ; c’est un organe spirituel réel, capable d’être exercé et développé. L’erreur de beaucoup de croyants est de prier seulement depuis le domaine de l’âme ; depuis leurs pensées, leurs raisonnements, leurs émotions, sans jamais descendre dans la profondeur de l’esprit où l’Esprit de Christ habite réellement. Prier depuis l’âme, c’est parler à voix haute dans une pièce vide. Prier depuis l’esprit, c’est se tourner vers Celui qui est déjà là et qui connaît notre prière.
Le psalmiste avait déjà pressenti cette réalité, des siècles avant que l’Esprit ne vienne habiter le croyant : « Car la parole n’est pas sur ma langue, que déjà, ô Éternel, tu la connais tout entière » (Psaume 139.4).
Avant même que nos lèvres ne forment un mot, notre esprit est déjà entendu ; preuve que la prière véritable ne dépend pas de l’éloquence, mais de ce contact intérieur que Dieu perçoit avant même que nous l’ayons exprimé.
Witness Lee écrivait dans son livre L’Expérience de Christ comme vie : « pour expérimenter Christ comme vie, vous devez exercer votre esprit. Ne demeurez pas dans votre âme, dans vos pensées, vos émotions, vos raisonnements. Tournez-vous vers votre esprit intérieur. C’est là que Christ habite. C’est là que vous Le touchez réellement. La prière, dans sa réalité la plus profonde, n’est rien d’autre que cet exercice de l’esprit. »
Jean 20.22 illustre cette réalité avec une image saisissante : le Seigneur ressuscité souffla sur ses disciples et dit « Recevez l’Esprit Saint. » Ce souffle, pneuma (esprit, souffle), est l’image même de l’exercice de l’esprit dans la prière : aussi simple, aussi naturel, aussi vital que la respiration. Tout comme nous respirons l’air sans effort théorique, nous pouvons « respirer » Christ par notre esprit dans la prière ; Le recevoir continuellement, Le laisser circuler en nous comme la vie même. Ce n’est pas un exercice mystique réservé à des contemplatifs avancés : c’est la vocation ordinaire de l’esprit régénéré.
A. W. Tozer, dans La Poursuite de Dieu, décrivait cette même faim chez les âmes qui ne se contentent plus d’une religion théorique. Il observait que les croyants les plus authentiques, devant l’insuffisance des explications doctrinales, finissent toujours par se retirer pour chercher Dieu Lui-même dans le secret : « Ils veulent goûter, toucher de leur cœur, voir de leurs yeux intérieurs la merveille qui est Dieu. »
C’est exactement le mouvement de la femme hémorragique tendant la main vers le bord du vêtement. Elle ne cherchait pas une explication : elle cherchait un contact. Et c’est le même mouvement qui doit animer notre prière aujourd’hui. Notre intention n’est pas d’accumuler des connaissances sur Christ, mais de le toucher réellement, de le goûter, de le voir par les yeux de notre esprit. Cette soif intérieure, loin d’être un signe de faiblesse spirituelle, est le commencement même de la vraie communion.
Cette intuition trouve une confirmation remarquable dans la langue même des Écritures. Le verbe hébreu yada (connaître), ne désigne presque jamais, dans l’Ancien Testament, une connaissance théorique ou livresque. C’est le même mot qui décrit la connaissance intime entre l’homme et la femme : « Adam connut Ève, sa femme » (Genèse 4.1). En hébreu, connaître Dieu n’est pas d’abord savoir des choses à son sujet, c’est entrer en contact vécu avec lui, dans une intimité qui engage toute la personne, et non seulement l’intelligence.
C’est précisément ce que la femme hémorragique a compris avant même d’avoir les mots pour le dire. Elle n’a pas cherché à comprendre Christ, elle a cherché à Le connaître, au sens plein du yada hébraïque : par le contact, par l’expérience, par la foi qui touche plutôt que par la raison qui explique. Et c’est cette même connaissance que la prière nous invite à rechercher aujourd’hui : non une accumulation de vérités sur Dieu, mais une communion vécue avec Dieu Lui-même.
L’Écriture nous offre une dernière image, véritablement saisissante, pour décrire ce que la prière accomplit. Dans l’Apocalypse, les prières des saints sont représentées comme des bols d’encens devant le trône de l’Agneau (5.8), et comme un encens qui s’élève jusqu’à Dieu avec ces prières (8.3-4). L’image est précise : notre prière est l’encensoir, le récipient, et Christ en nous est l’encens lui-même. Quand nous prions par l’esprit, cet encens divin s’élève vers le Père et remplit de sa fragrance toute la présence de Dieu.
Cette image en rejoint une autre, plus intime encore, que l’apôtre Paul n’hésite pas à employer. Comparant l’union charnelle à l’union spirituelle, il écrit : « Celui qui s’unit au Seigneur est avec lui un seul esprit » (1 Corinthiens 6.17). Faisant écho, par contraste, à l’union conjugale où « les deux deviendront une seule chair » (Marc 10.8). La prière n’est donc pas un acte religieux ponctuel : elle est l’expression d’une union qui, comme celle d’un couple, se vit d’instant en instant. Un époux et une épouse ne cessent pas d’être unis entre deux conversations ; leur communion demeure, silencieuse ou parlée, présente même dans le travail séparé de la journée. Il en va de même de notre union avec Christ : la prière n’est pas ce qui crée cette communion, mais ce qui l’exprime, la fait monter, comme l’encens qui s’élève d’un cœur déjà uni au sien.
Mais si nous ne prions pas, Christ est en nous sans être l’encens qui monte : Il demeure dans le récipient sans s’exprimer. La prière est donc le geste par lequel nous ouvrons l’encensoir et donnons au Christ intérieur l’occasion de s’élever vers le Père. Ce n’est pas une prière pour nos besoins pratiques : c’est une prière pour l’expression du Christ.
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