8. Moins de l’homme, plus de Dieu

8. Moins de l’homme, plus de Dieu

Chap: 7 - La foi dans la nuit de l’épreuve - Il existe des moments dans la vie chrétienne où la foi doit apprendre à respirer sans voir, à se maintenir sans comprendre, et à aimer le Seigneur sans ressentir. C’est le chemin de la confiance nue, dépouillée de tout appui sensible.

Jean-Baptiste lui-même, celui dont Jésus a déclaré : « Parmi ceux qui sont nés de femme, il n’en a point paru de plus grand » (Matthieu 11.11), a connu ce passage obscur où l’âme est appelée à croire malgré l’absence de lumière immédiate.

Dieu conduit souvent ses enfants dans des ténèbres apparentes pour les amener à une dépendance totale de Christ. La nuit spirituelle est parfois le lieu où la lumière de Dieu devient la plus réelle, car elle ne dépend plus de nos sens mais de Sa présence invisible. Le psalmiste l’exprime ainsi : « Ta parole est une lampe à mes pieds, et une lumière sur mon sentier » (Psaume 119.105). Dans la nuit, la lampe ne révèle pas tout le chemin, mais seulement l’étape suivante.

De même qu’une voiture a un besoin vital de phares en état de marche lorsqu’elle roule de nuit, surtout le long d’une falaise invisible dans l’obscurité, ainsi le croyant a besoin de l’éclairage de la Parole et de l’Esprit pour avancer sans trébucher. Jésus a dit : « La nuit vient, où personne ne peut travailler » (Jean 9.4). De vous à moi, je crois sincèrement que la nuit est déjà bien présente. L’obscurité de l’épreuve est une invitation à expérimenter la suffisance de Christ : Quand les phares de la raison s’éteignent, la lumière de Sa présence demeure. Et Jésus lui-même affirme : « Je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » (Jean 8.12).

L’Église doit apprendre à marcher dans les épreuves, non pas en cherchant des sécurités humaines, mais en s’appuyant sur la lumière intérieure du Saint-Esprit.

Marcher dans la nuit spirituelle n’est pas une défaite, mais une école de confiance. Comme Jean-Baptiste, comme les prophètes, comme les apôtres, nous sommes appelés à tenir ferme dans l’obscurité, sachant que la lumière de la Parole et de l’Esprit suffit pour guider nos pas.   

Sur les rives du Jourdain, Jean-Baptiste avait désigné Jésus avec une assurance vraiment éclatante : « Voici l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » (Jean 1 v. 29) ; mais il se retrouve, quelques mois plus tard, enfermé dans sa prison, dans le silence et l’humiliation, à poser cette question bouleversante : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (Matthieu 11 v. 3).

Quelle tension, quel mystère ! Celui qui avait reconnu le Christ par révélation divine, doute maintenant dans la nuit. Ce n’est pas un reniement, c’est une terrible épreuve. Entre la lumière du Jourdain et l’obscurité de la prison, Dieu travaille la foi de son serviteur. Ce n’est plus la foi de celui qui voit le ciel s’ouvrir, mais celle de celui qui demeure ferme quand tout s’est refermé.

Jean avait prêché un Messie puissant, et voici que tout semble contraire à l’attente du prophète. N’est-ce pas souvent notre propre expérience de vie ? Le ciel paraît muet, et les murs épais de la prison étouffent la voix qui, jadis, faisait trembler les foules. C’est là, dans cet effacement, que la foi doit devenir pure : croire non plus dans ce que l’on voit du Christ, mais dans ce qu’Il est.

Le Seigneur ne reproche pas à Jean son trouble ; Il lui répond par des signes : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les morts ressuscitent, et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres » (Matthieu 11.5). Autrement dit : « le Royaume agit, même si tu ne le vois pas ! » Et Il ajoute cette phrase douce et tranchante : « Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute » (v. 6).

C’est toute la pédagogie du ciel : dans l’épreuve, Dieu ne nous explique pas tout, mais Il nous révèle qu’Il agit encore. La foi véritable consiste à demeurer dans Sa main quand on ne comprend plus Ses voies. Jean, dans sa cellule, ne sait pas que Jésus est en train de l’honorer publiquement devant les foules : « Qu’êtes-vous allés voir dans le désert ? … Un prophète ? Oui, et plus qu’un prophète » (v. 8 et 9).

Ainsi, tandis que Jean chancelle dans le doute, Jésus le couvre de gloire. Telle sera aussi notre récompense…

Croire dans la prison, c’est apprendre que Dieu n’a pas cessé d’être Dieu, même quand Il paraît se taire. C’est découvrir que l’obscurité ne change pas Sa lumière, que le silence ne change pas Sa voix, que la solitude ne change pas Sa fidélité. Jean-Baptiste est dans la main de Dieu, même s’il est dans celle d’Hérode. Et c’est là que son ministère s’achève, non dans le bruit des foules, mais dans le dépouillement d’un cœur purifié, prêt à laisser toute la place à Celui dont il avait dit : « Il faut qu’Il croisse, et que je diminue ».

Ainsi, la foi dans l’épreuve est le lieu où cette parole prend chair. Diminuer, ce n’est pas disparaître, c’est faire place à la gloire du Christ. Jean ne verra pas les œuvres accomplies, mais il en aura été le héraut. Et au jour de la lumière, quand tout sera révélé, il comprendra que rien n’a été perdu : même sa prison, même son silence, ont été le théâtre secret où Dieu préparait la victoire.

La vraie foi ne consiste pas seulement à croire que Dieu agit, mais à demeurer unis à Lui quand tout semble nier Son action. Dans l’épreuve, Dieu ne cherche pas des héros, mais des cœurs unis à Son Fils crucifié, capables d’aimer quand tout se brise, de louer quand tout s’éteint, de demeurer dans Sa main même quand cette main paraît peser. C’est là le mystère de la foi profonde : elle ne vit pas d’explications, mais de communion dans l’abandon.

Jean-Baptiste, enfermé dans sa prison, est déjà dans cette école. Il ne sait pas encore qu’il est en train de participer au ministère même du Christ souffrant. Car avant que Jésus ne soit livré entre les mains des hommes, Jean, lui aussi, a été livré. Avant que le Messie ne soit réduit au silence devant Pilate, Jean a connu le silence de la captivité.

Avant que la voix de Jésus ne s’éteigne sur la croix, la voix de Jean qui criait dans le désert a été étouffée par les pierres d’une cellule. Ainsi, le Précurseur entre dans la communion de Celui qu’il annonçait.

La foi véritable consiste à partager la coupe. Ce n’est pas une foi qui réclame la délivrance immédiate, mais celle qui apprend à dire, avec le Fils : « Non pas ma volonté, mais la tienne » (Luc 22 v. 42). Car la foi chrétienne n’est pas une arme pour forcer la main de Dieu, mais une main qui s’ouvre pour Le laisser être Dieu. Elle croit, non pas parce qu’elle contrôle, mais parce qu’elle se confie.

Quand Jésus fut cloué au bois, Il ne vit plus les foules, ni les miracles, ni les promesses visibles. Il n’y avait plus que la nuit, la douleur, et une seule parole suspendue à Son cœur : « Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Luc 23 v. 46). C’est cela la foi à son plus haut degré : remettre son souffle à Dieu quand tout souffle humain s’éteint. Et c’est cette même foi que Jean-Baptiste, dans l’obscurité de sa prison, a incarnée avant même que la croix n’apparaisse sur le Golgotha.

Ainsi, la foi n’est pas seulement le moyen d’obtenir quelque chose de Dieu, elle est le lieu où Dieu se révèle Lui-même. Celui qui croit dans la nuit, devient participant de la nature divine ; celui qui garde la foi dans la souffrance devient semblable à Celui qui, souffrant, n’a point cessé d’aimer : « Si nous souffrons avec lui, nous régnerons aussi avec lui » (2 Timothée 2.12).

Jean-Baptiste ne sortira jamais de sa prison, et pourtant, dans la lumière éternelle, il est debout auprès de l’Agneau qu’il avait annoncé. Car la foi véritable ne triomphe pas toujours dans le visible, mais elle inscrit sa victoire dans l’éternité avec tous les hérauts de la foi. Là où la raison se brise, la foi s’enracine. Là où le monde voit la défaite, le ciel voit la communion. Et cette foi, pure, nue, désarmée, devient le plus grand témoignage que l’homme puisse rendre à Dieu : il est digne d’être cru, même quand Il semble se taire.

Il y a, dans la foi véritable, un regard qui traverse l’invisible. Ce n’est pas un regard de la chair, mais celui du cœur éclairé par la lumière de Dieu. La prison où Jean-Baptiste se trouvait n’était pas plus sombre que celle de Paul ou de Pierre, et pourtant, c’est dans ces lieux de confinement que la lumière du Royaume a le plus brillé.

Jean ne voit plus le ciel ouvert ni la colombe descendre, mais il est encore sous le même regard divin. Paul, enchaîné à un soldat romain, écrit aux Philippiens : « Je veux connaître Christ, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances » (Philippiens 3.10). Ce que la foi apprend dans la nuit, c’est que la communion est plus précieuse que la délivrance, que la présence vaut plus que la liberté.

Le monde mesure la victoire par la sortie de prison, n’est-ce pas ? Mais Dieu la mesure par la lumière que l’on porte à l’intérieur.

Dans chaque épreuve, le Seigneur cherche des cœurs capables de croire que Son Royaume avance, même quand tout semble s’effondrer. Il cherche des Jean, des Paul, des Joseph, qui, dans leurs prisons, ne cessent pas de rêver de la fidélité de Dieu. Car la foi qui voit au-delà des murs est celle qui permet au Christ de paraître dans toute Sa beauté. C’est là, dans le dépouillement total, que s’accomplit le mystère de la foi : Dieu ne libère pas toujours le corps, mais Il libère le cœur.

Sur le chemin d’Emmaüs, les disciples espéraient un Messie politique, capable de renverser l’oppresseur romain : « Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël » (Luc 24.21). Mais le Christ désirait accomplir une œuvre plus profonde. Il ne cherchait pas d’abord à libérer des chaînes visibles, mais à ouvrir les yeux de la foi et à enflammer le cœur. Leur regard était fixé sur une délivrance extérieure, alors que Lui voulait atteindre l’intérieur, là où se joue la vraie liberté : « Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent » (Luc 24.31).

Et ils dirent : « Notre cœur ne brûlait-il pas au-dedans de nous lorsqu’il nous parlait en chemin et nous expliquait les Écritures ? » (Luc 24.32). Car la vraie libération n’est pas celle qui change les circonstances, mais celle qui transforme le cœur : « Si donc le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres » (Jean 8.36). Dieu promet : « Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau » (Ézéchiel 36.26). Ainsi, la liberté que Christ offre n’est pas d’abord physique, politique ou sociale, mais spirituelle et intérieure, une liberté qui demeure même au milieu des oppressions et qui fait brûler le cœur de vie et d’espérance.

Nous, les hommes, sommes si souvent centrés sur nous-mêmes que notre premier cri vers Dieu est de lui demander d’arrêter nos tempêtes. Et nous considérons cela comme étant la véritable foi. Nous voulons qu’il calme le vent, qu’il apaise les vagues, qu’il change nos circonstances extérieures. Mais trop souvent, nous ne discernons pas l’œuvre invisible qu’Il est en train d’accomplir dans notre cœur, par le moyen même de l’épreuve. Je vous parle ici de l’école de la foi !

Ainsi, lorsque nous supplions Dieu de changer nos circonstances, Lui cherche à changer notre cœur. Il veut nous apprendre à marcher par la foi et non par la vue (2 Corinthiens 5.7), à découvrir que la vraie paix ne dépend pas de l’absence de tempête ou de fournaise, mais de Sa présence au milieu d’elle : « Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28.20). 

La foi qui voit au-delà des murs ne nie pas la souffrance, elle la traverse. Elle ne supprime pas la nuit, elle y porte une flamme. Elle ne demande pas toujours le miracle, mais elle choisit de demeurer dans l’espérance.

Et quand elle atteint ce point de maturité, elle devient semblable à celle du Christ Lui-même ; cette foi qui, du haut de la croix, voyait déjà le tombeau vide, la résurrection, la joie mise devant Lui.

Cette même foi poussera toujours le véritable disciple à proclamer : « moins de l’homme pour plus de Dieu ! »

« Que le nom de Jésus-Christ soit béni, élevé et glorifié à jamais ! Il est notre refuge, notre salut, notre espérance. Béni soit Celui qui nous a rachetés par son sang et qui nous appelle à vivre dans la liberté de son Royaume ! »

 

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« Le chemin du vrai travail spirituel est que Dieu soit libéré à travers nous. C'est le seul moyen que Dieu prendra. Si un homme n'est pas brisé, l'évangile ne sortira pas à travers lui, et Dieu ne peut pas l'utiliser... »

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