2.Une relation vivante

2.Une relation vivante

Chap: 2 - La libération de la vie toute suffisante de Christ - Nombres 20 nous transporte à Kadesh, dont le nom hébreu est Qadesh (saint, sanctifié). C’est précisément en ce lieu saint que Dieu va révéler un secret sur la sainteté de l’accès à la source.

Lorsque la femme hémorragique toucha le vêtement de Jésus et fut instantanément guérie, Jésus déclara : « Quelqu’un m’a touché, car j’ai senti qu’une force était sortie de moi » (Luc 8.46).

Le canal de la miséricorde

Ces paroles nous ouvrent une fenêtre sur le mystère de la prière efficace. Il ne s’agit pas seulement d’une transaction extérieure où Dieu répond à notre demande. Non, il se passe quelque chose de bien plus profond : une communication réelle de la vie divine, un transfert de la puissance de Christ vers celui qui croit. La prière de la foi devient le canal par lequel la vie toute-suffisante de Christ se déverse en nous.

Car cette vie qui se déverse n’est pas une force neutre, comme un courant impersonnel. C’est la vie même du Ressuscité, et elle agit puissamment. Là où elle entre, elle ne laisse rien intact. Notre mauvais caractère, ces réflexes que nous traînons depuis des années, se trouvent comme paralysés devant cette présence plus forte que lui. Nos désirs charnels, qui criaient leur urgence l’instant d’avant, s’apaisent, non par notre effort, mais parce qu’une vie plus puissante a pris leur place.

Et notre incrédulité elle-même, ce doute qui ronge la prière avant même qu’elle ne commence, cède devant l’évidence d’une Présence merveilleuse qui se manifeste. Ce n’est pas une version améliorée de nous-mêmes : c’est une autre vie qui prend le dessus et qui s’exprime enfin.

Cette vérité repose sur un fondement essentiel : Christ n’est pas simplement Celui qui nous donne la vie ; Il est notre vie : « Quand Christ, votre vie, apparaîtra, alors vous apparaîtrez aussi avec lui dans la gloire » (Colossiens 3.4). Ce n’est pas « Christ qui nous donne la vie », mais « Christ, votre vie. » Il est Lui-même notre vie. Toute notre existence spirituelle est cachée en Lui, trouve sa source en Lui, dépend entièrement de Lui.

« Je suis le chemin, la vérité et la vie. On ne vient au Père qu’en passant par moi » (Jean 14.6).

« En lui était la vie, et cette vie était la lumière des hommes » (Jean 1.4).

« Celui qui a le Fils a la vie ; celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie » (1 Jean 5.12).

Ce que l’Écriture appelle la vie de Christ, zoē (vie) en grec, à distinguer de bios (vie naturelle), la simple vie biologique ; est la vie divine elle-même, incréée, éternelle. Jésus l’avait dit : « Je suis venu afin que les brebis aient la vie et qu’elles l’aient en abondance » (Jean 10.10).

La réaction de Christ : « Une force est sortie de moi ! »

Le terme grec est dunamis (puissance), la puissance, la force vive. Elle sort de Christ en réponse directe au contact de la foi : elle ne dépend pas du nombre de mains qui le touchent, mais de la foi qui anime un seul contact. Ses disciples eux-mêmes ne saisissaient pas cette distinction, comme le montre leur réaction étonnée : « Tu vois la foule qui te presse, et tu dis : Qui m’a touché ? » (Marc 5.31).

La foule pressait Jésus de toutes parts, le bousculait, sans que cela produise quoi que ce soit. C’est là toute la différence : être pressé par la foule n’est pas toucher Christ dans la foi. La proximité physique ne suffit pas, s’avancer seulement ne suffit pas ; seul le contact animé par la foi libère la dunamis de Christ. La différence : la foi qui veut quelque chose : « Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » (Jean 11.40). Christ n’est pas seulement celui qui fait des choses pour nous, il est celui dont la vie elle-même se communique à ceux qui s’approchent dans la foi. Ce n’est pas d’abord une transaction mais une transmission.

A. B. Simpson le formulait ainsi : Christ n’est pas seulement notre Sauveur, il est notre Vie. Et cette vie ne reste pas en lui comme dans un réservoir fermé : elle cherche à se répandre, à couler vers ceux qui en ont soif.

« Toute la vérité »

Le récit ne s’arrête pas au moment où la force est sortie de Christ. Marc poursuit : « La femme, effrayée et tremblante, sachant ce qui s’était passé en elle, vint se jeter à ses pieds, et lui dit toute la vérité » (Marc 5.33).

Voilà le seul geste possible devant une action réelle de Dieu : se jeter à ses pieds, et tout dire. Non pas une partie de la vérité, gardée pour soi par prudence ou par pudeur : toute la vérité. Cette femme ne pouvait plus prétendre, plus négocier, plus garder une distance polie : elle savait, dans son corps même, que quelque chose de réel venait de se produire. Et c’est précisément cette certitude intérieure qui la jette aux pieds de Jésus, sans calcul, sans retenue.

Il en va de même pour nous. Seule la force de Christ est capable d’accomplir quelque chose de réel en nous, rien d’autre. Aucune méthode, aucun discours, aucune émotion suscitée par l’ambiance d’une réunion, ne produit cette certitude tranquille que quelque chose a véritablement changé. Et c’est précisément lorsque nous voyons cette action authentique de Dieu dans notre vie que nous nous jetons, nous aussi, à ses pieds pour nous offrir, pour Lui confier toute notre existence : « en esprit et en vérité ». On sait quand c’est du vrai. On sait quand Dieu nous touche. Et l’on sait, tout aussi sûrement, quand ce n’est pas le cas ; quand ce n’est que du semblant évangélique, une forme sans la force qui devrait l’habiter.

A. W. Tozer, dans Qui a mis Jésus sur la croix ? écrivait : « Je me demande combien de chrétiens, de nos jours, se sont vraiment et complètement abandonnés à Jésus-Christ comme Seigneur. Nous sommes très occupés à dire aux gens d’« accepter Christ » et ce mot semble être le seul que nous employons. Nous organisons une acceptation sans douleur, sans renoncement. »

La nature de la force, la vie toute-suffisante de Christ

Cette vie de Christ est toute-suffisante. Elle contient en elle-même tout ce qui est nécessaire : « Sa divine puissance nous a donné tout ce qui est nécessaire à la vie et à la piété en nous faisant connaître celui qui nous a appelés par sa propre gloire et par sa force » (2 Pierre 1.3).

Remarquons ce mot : tout. Avons-nous besoin de sagesse ? Christ est notre sagesse. De sainteté ? Christ est notre sainteté : « Christ est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, mais aussi justice, consécration et rédemption » (1 Corinthiens 1.30). Tout est résumé dans une Personne. En Lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité (Colossiens 2.9).

Ce n’est pas une vie améliorée, purifiée, sanctifiée par nos efforts. C’est une vie entièrement nouvelle, la vie même de Christ reproduite en nous par le Saint-Esprit. Tozer l’a exprimé avec force : « Le chrétien ne vit pas une vie meilleure, il vit par une Vie meilleure. » Et c’est Dieu Lui-même qui produit en nous le vouloir et le faire : « Car Dieu est celui qui produit en vous le vouloir et le faire pour son projet bienveillant » (Philippiens 2.13).

Les Écritures ne sont pas d’abord un livre de connaissance, mais un livre de vie. Dès le jardin d’Éden, Dieu avait placé l’homme devant deux arbres : l’arbre de vie et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Si nous prenons de l’arbre de la connaissance, même de la connaissance biblique ou théologique, nous n’obtenons que du vide spirituel. Seul ce qui est pris de l’arbre de la vie est vie pour nous. Cette loi s’applique à tout ce que nous recevons des Écritures et de la prière : si nous approchons Christ comme un système doctrinal, même s’il est correct, nous sortirons avec de la mort ; si nous l’approchons comme la vie elle-même, pour le recevoir et le toucher, nous sortirons alors vivifiés.

Witness Lee, dans L’Expérience de Christ comme vie : « Si vous voulez bien me demander ce que les Écritures enseignent, je dois vous dire qu’elles enseignent la question de la vie. Elles sont un livre de vie, nous révélant que Dieu est la vie pour nous en Christ par l’Esprit Saint. »

Cette perspective éclaire ce que nous voulons dire quand nous parlons de la vie « toute-suffisante » de Christ. Toutes les vies dans la création de Dieu, la vie végétale, la vie animale, la vie humaine, ne sont que des figures, des ombres, des types de la vraie Vie, qui est Christ Lui-même. Chaque beauté dans la création est un type de la beauté de Christ. Chaque richesse dans la variété des êtres vivants est un type des richesses de Christ. Et la puissance d’une graine qui perce la terre et s’élève vers la lumière malgré tout obstacle est un type de la puissance de résurrection de Christ : cette puissance que rien ne peut retenir ni restreindre. Avec Christ comme vie, par son Esprit, il y a en nous la vraie beauté, les vraies richesses et la vraie puissance de la résurrection. Et c’est précisément cette vie qui sortait de Lui quand la femme hémorragique Lui toucha le vêtement : pas seulement un secours ponctuel, mais la vie divine elle-même se communiquant à elle.

« Le dernier Adam est devenu un Esprit vivifiant » (1 Corinthiens 15.45). Par la résurrection, Christ n’est pas seulement monté au ciel comme un Sauveur historique qui accomplit des choses pour nous depuis le ciel. Il est devenu l’Esprit vivifiant, capable maintenant d’entrer en nous, d’habiter en nous, de vivre à travers nous, et de répandre en nous sa vie toute suffisante. Christ n’est plus seulement objectif et extérieur : il est devenu subjectif et intérieur, aussi présent que notre propre esprit.

Cette compréhension transforme la nature même de notre recherche de Dieu dans la prière. Si Christ est l’Esprit vivifiant qui habite notre esprit, alors prier n’est pas d’abord parler à quelqu’un de lointain ; c’est se tourner vers Celui qui est déjà là, au plus profond de notre être. C’est laisser la dunamis qui réside en Christ se communiquer librement à tout notre être. Et c’est pourquoi la femme hémorragique recevait instantanément : son contact n’était pas superficiel, il était spirituel, réel, de l’intérieur.

L’auteur de l’épître aux Hébreux nous invite à comprendre comment cette vie nous est communiquée : « Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour être secourus dans le temps opportun » (Hébreux 4.16).

Le mot grec traduit par « assurance », parrēsia (assurance), signifie littéralement franc-parler, liberté de tout dire. Cette assurance ne repose pas sur notre performance spirituelle mais entièrement sur l’œuvre accomplie de Christ. Miséricorde, eleos (miséricorde), c’est la pitié divine qui s’émeut de notre faiblesse. Grâce, charis (grâce), c’est la faveur imméritée qui nous donne ce que nous ne méritions pas.

Quand le canal s’obstrue, la repentance nous libère

Dans la pensée hébraïque, le mot pour repentance est teshuvah (retour). Il vient du verbe shuv (revenir, retourner, opérer un demi-tour). Se repentir, dans cette perspective, n’est donc pas d’abord pleurer sur sa faute : c’est revenir vers Celui dont on s’était éloigné. Jean-Baptiste l’annonçait déjà en ces termes : « Produisez donc du fruit digne de la repentance » (Matthieu 3.8).

Cette nuance change tout. La repentance n’est pas un acte ponctuel de culpabilité, c’est un mouvement de retour, aussi naturel et nécessaire que celui du fleuve qui retrouve son lit après en être sorti. Et c’est précisément pour cela que la repentance n’interrompt pas le flux de communion dont nous avons parlé : elle en est, au contraire, le geste qui le restaure. Là où le péché a dévié le courant, le retour : le shuv le ramène dans son cours.

Quand Jésus enseigne sur la prière, « pardonne-nous nos péchés » (Luc 11.4), le mot qu’il emploie en araméen, sa langue, est shevoq (lâcher, envoyer au loin). C’est le geste même du bouc émissaire de Lévitique 16, sur lequel le grand prêtre posait les mains avant de l’envoyer au désert, chargé des péchés du peuple, d’où jamais ils ne revenaient. Prier ainsi, c’est invoquer l’œuvre accomplie une fois pour toutes par Christ : nos péchés sont envoyés au loin, et la communion est rétablie comme si rien ne s’était passé.

L’un des verbes hébreux du pardon est nasa (porter, soulever, enlever). Quand David écrit « Heureux celui dont le péché est pardonné » (Psaume 32.1). Il dit littéralement : heureux celui dont le péché est soulevé. Le pardon n’est pas une simple étiquette effacée, c’est un poids réellement enlevé, un fardeau que Dieu vient prendre sur ses propres épaules pour nous relever jusqu’à Lui.

Toute repentance authentique suit ainsi un même chemin en trois temps : courbés par la loi, le poids est révélé ; brisés par la repentance, on accepte de confesser le fardeau ; élevés par la grâce, Dieu soulève le poids de notre faute, et nous soulève avec Lui, vers Lui. Tout cela nous replace devant la face du Seigneur. C’est précisément de là, dit l’apôtre Pierre, que vient le rafraîchissement : « Repentez-vous donc et convertissez-vous, pour que vos péchés soient effacés, afin que des temps de rafraîchissement viennent de devant la face du Seigneur » (Actes 3.19).

Pierre ne dit pas seulement que le rafraîchissement vient « de Dieu » en général ; il vient de « devant sa face ». Et nous avons déjà parlé de ce cri de David : « Je cherche ta face, Éternel ! » (Psaume 27.8). La repentance n’apporte donc pas seulement un soulagement intérieur : elle nous replace devant cette même face que nous cherchons depuis le commencement de ce chapitre. Le péché nous avait rendus lourds, opaques, éloignés ; la repentance, dans le sang de Christ, nous y ramène puissamment.

Nous avons déjà rencontré, dans l’introduction de ce chapitre, cette femme courbée depuis dix-huit ans, incapable de se redresser elle-même (Luc 13.11). Nous l’avions lue comme une image de toute faiblesse humaine. Mais elle est plus précisément encore une image de ce chemin en trois temps : courbée par des années de fardeau invisible, cette femme ne pouvait que recevoir la parole et le geste de Jésus pour être redressée. La grâce seule peut redresser un homme courbé ; et quand Dieu redresse, la seule réponse qui convienne est celle de cette femme : elle glorifia Dieu.

Mais il est une réalité dont l’Écriture parle avec une clarté que nous n’avons pas le droit d’atténuer : la vie de Christ coule dans un canal qui peut être obstrué. Le Psaume 66.18 le dit sans détour : « Si j’avais eu des pensées mauvaises dans le cœur, le Seigneur ne m’aurait pas écouté » (Psaume 66.18).

« Ce sont vos iniquités qui mettent une séparation entre vous et votre Dieu ; ce sont vos péchés qui lui cachent votre face et l’empêchent de vous écouter » (Ésaïe 59.2).

« Vous demandez et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions » (Jacques 4.3).

Roy Hession, dans La Route du Calvaire, a formulé cette réalité avec une simplicité saisissante : la vie divine est comme un fleuve qui cherche à couler, mais le moi non brisé, les péchés non confessés, les rancœurs non abandonnées sont autant de barrages qui en bloquent le cours. Ce n’est pas Dieu qui retient le fleuve, c’est nous qui construisons les barrages. La repentance n’est pas d’abord un état émotionnel : c’est l’acte par lequel nous ôtons ce qui obstrue le canal.

« Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner et pour nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1.9).

La véritable confession rouvre toujours le canal. Elle ne mérite pas la grâce, mais elle la reçoit abondamment.

Leonard Ravenhill, avec la rudesse prophétique qui caractérisait son ministère, osait dire que la grande maladie de l’Église n’était pas l’ignorance de la doctrine mais l’absence de repentance profonde. Car une conscience alourdie de péchés non confessés ne peut s’approcher avec assurance du trône de la grâce : elle s’en éloigne. La repentance n’est pas la porte d’entrée dans la morale chrétienne, elle est la porte d’entrée dans la prière qui touche.

Quand le canal est réouvert par la repentance, il révèle que la vie divine ne coule pas seulement à sens unique, elle circule en un cycle vivant et croissant. La communion rouvre la conscience intérieure ; la conscience intérieure produit la lumière ; la lumière révèle la souillure ; la souillure confessée attire la purification du sang de Christ (1 Jean 1.7) ; et cette purification produit une onction plus fraîche et plus profonde de l’Esprit (1 Jean 2.27). Puis cette onction approfondie produit à son tour plus de communion. C’est un cycle qui ne s’arrête jamais.

Ce cycle n’est certainement pas une doctrine : c’est la description exacte de ce qui se passe dans l’intérieur d’un croyant qui marche avec le Seigneur. Comme les roues d’une voiture qui tournent cycle après cycle pour avancer, le chrétien croît en profondeur cycle après cycle en communion, en lumière, en confession, en purification et en onction : « C’est ici la voie de la croissance spirituelle authentique » (Serge Tarassenko).

Voici donc ce que la prière de la foi libère : non pas une énergie impersonnelle, mais la vie même de Christ : toute-suffisante, toujours disponible, toujours adéquate. Et cette vie coule librement dans le canal maintenu ouvert par la foi et la repentance.

Cette vie n’est pas seulement suffisante pour aujourd’hui : elle porte en elle une espérance qui ne déçoit jamais, car : « L’espérance ne trompe point, parce que l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné » (Romains 5.5).

Le même Esprit, qui fait couler la vie de Christ en nous aujourd’hui, est celui-là même qui garantit que cette communion ne s’épuisera jamais : ni aujourd’hui, ni demain, ni dans l’éternité qui vient. La communion est le canal. La communion ininterrompue est le secret. La communion est tout, et cette communion, commencée maintenant dans la foi, ne connaîtra jamais de fin.

 

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