1. Fondamentaux bibliques (vol.3)
Chap: 1 - Le joug mal assorti - Toute personne qui aspire sincèrement à progresser dans sa vie chrétienne, ou qui cherche à aider d'autres croyants à s'élever spirituellement, ressent un profond accablement et une grande tristesse face à l'état du christianisme de notre époque.
Le niveau spirituel est si bas, l'aspect si malsain et l'esprit si faible, que l'on est parfois tenté de désespérer de trouver un témoignage authentique et fidèle envers notre Seigneur absent.
Cette situation est d'autant plus affligeante quand on considère les puissants motifs qui devraient nous animer. Que nous regardions au Maître que nous sommes appelés à suivre, au chemin sur lequel nous devons marcher, au but vers lequel nous devons fixer constamment nos regards, ou aux espérances qui devraient nous encourager, nous ne pouvons que reconnaître ceci : si nous entrions de tout cœur dans ces réalités, si nous les vivions par une foi plus simple, nous manifesterions certainement une vie chrétienne plus fervente.
Le joug mal assorti
L'apôtre nous dit : « Car l'amour de Christ nous presse » (2 Corinthiens 5.14). Voilà le motif le plus puissant de tous. Plus le cœur est rempli de l'amour de Christ, plus notre regard intérieur est fixé sur sa personne bénie, plus nous chercherons à suivre de près ses traces célestes. Ses traces ne peuvent être discernées que par un « œil simple », et à moins que notre volonté ne soit brisée, notre chair mortifiée et notre corps soumis, nous échouerons complètement dans notre marche de disciple, et nous ferons naufrage quant à la foi et à une bonne conscience.
Que mon lecteur ne s'y trompe pas. Il ne s'agit aucunement ici de la question du salut personnel. Il s'agit de tout autre chose. Rien n'est plus bassement égoïste, après avoir obtenu le salut comme fruit de l'agonie de Christ, de sa sueur de sang, de sa croix et de sa passion, que de se tenir aussi loin que possible de sa sainte personne, tout en préservant notre sécurité personnelle. Une telle attitude révèle, même selon le jugement naturel, un caractère méprisable. Mais quand cet exemple est donné par quelqu'un qui professe devoir tout son bonheur présent et éternel à un Maître rejeté, crucifié, ressuscité et absent, aucun langage ne saurait exprimer cette bassesse morale.
« Pourvu que j'échappe au feu de l'enfer, peu importe ma marche comme disciple ! » N'avez-vous pas en horreur, cher lecteur, un tel sentiment ? Ne le détestez-vous pas jusqu'au fond de votre âme ? S'il en est ainsi, efforcez-vous sérieusement de le fuir et de vous placer à l'exact opposé, que votre langage fidèle soit : « Pourvu que mon Maître soit glorifié, peu importe comparativement ma sécurité personnelle ! »
Plaise à Dieu que ce soit là l'expression véritable de nombreux cœurs aujourd'hui, alors que, hélas, on peut dire en vérité : « tous, en effet, cherchent leurs propres intérêts, et non ceux de Jésus-Christ » (Philippiens 2.21). Plaise à Dieu que le Saint-Esprit suscite, par sa puissance irrésistible et son énergie céleste, un troupeau de disciples séparés du monde et dévoués à l'Agneau, chacun lié par les cordes de l'amour aux cornes de l'autel. Une compagnie semblable aux trois cents de Gédéon dans l'ancien temps, sachant se confier en Dieu et renoncer à la chair. Comme le cœur désire ardemment voir cela ! Comme l'esprit, accablé par moments devant l'aspect glacial et desséchant d'une profession froide et sans influence, aspire sérieusement à un témoignage plus vigoureux, d'un cœur sans partage pour Celui qui s'est anéanti lui-même et a laissé sa gloire afin que, par son sang précieux versé pour nous, nous puissions être élevés jusqu'à devenir ses compagnons dans une félicité éternelle.
Parmi les nombreux obstacles qui s'opposent à cette entière consécration du cœur à Christ que je désire ardemment pour moi-même et pour mon lecteur, le joug mal assorti occupe l'une des premières places.
« Ne vous mettez pas avec les infidèles sous un joug étranger. Car quel rapport y a-t-il entre la justice et l'iniquité ? ou qu'y a-t-il de commun entre la lumière et les ténèbres ? Quel accord y a-t-il entre Christ et Bélial ? ou quelle part a le fidèle avec l'infidèle ? Quel rapport y a-t-il entre le temple de Dieu et les idoles ?
Car nous sommes le temple du Dieu vivant, comme Dieu l'a dit : J'habiterai et je marcherai au milieu d'eux ; je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. C'est pourquoi, sortez du milieu d'eux, et séparez-vous, dit le Seigneur ; ne touchez pas à ce qui est impur, et je vous accueillerai. Je serai pour vous un père, et vous serez pour moi des fils et des filles, dit le Seigneur tout-puissant » (2 Corinthiens 6.14-18).
L'économie mosaïque nous enseigne absolument le même principe moral : « Tu n'ensemenceras point ta vigne de deux espèces de semences, de peur que tu n'aies à sanctifier la totalité de la semence que tu auras semée et le produit de la vigne. Tu ne laboureras point avec un bœuf et un âne attelés ensemble. Tu ne porteras point un vêtement tissu de diverses espèces de fils, de laine et de lin réunis ensemble » (Deutéronome 22.9-11 ; voir aussi Lévitique 19.19).
Ces passages de l'Écriture suffisent pour montrer le mal moral d'un joug mal assorti. On peut affirmer avec une entière assurance que personne ne peut être un disciple de Christ, libre de tout lien, s'il se trouve, d'une manière ou d'une autre, sous un joug mal assorti. Il se peut qu'il soit sauvé, qu'il soit un enfant de Dieu, un croyant sincère ; mais il ne peut être un disciple pleinement intègre. Non seulement cela, mais il y a un empêchement positif à une pleine manifestation de ce qu'il peut être en réalité, malgré le joug inégal qu'il porte.
« Sortez du milieu d'eux... Et je vous accueillerai... Je serai pour vous un père, et vous serez pour moi des fils et des filles, dit le Seigneur tout-puissant ».
C'est-à-dire : « Sortez votre nuque de dessous le joug mal assorti, et je vous recevrai, et alors il y aura une manifestation pleine, ouverte et pratique de votre relation avec le Seigneur Tout-Puissant ! »
Cette idée est clairement différente de celle exprimée dans l'épître de Jacques : « Il nous a engendrés selon sa volonté, par la parole de vérité » (Jacques 1.18). Et dans celle de Pierre : « puisque vous avez été régénérés, non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible, par la parole vivante et permanente de Dieu » (1 Pierre 1.23). Et encore dans la première épître de Jean : « Voyez quel amour le Père nous a témoigné, pour que nous soyons appelés enfants de Dieu ! » (1 Jean 3.1). De même dans l'Évangile selon Jean : « Mais à tous ceux qui l'ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu » (Jean 1.12-13).
Dans tous ces passages, la relation d'enfants est fondée sur le conseil et l'action de Dieu, et nous est présentée comme la conséquence de quelque chose qui ne vient pas de nous. En revanche, dans 2 Corinthiens 6, elle nous est présentée comme le résultat de notre affranchissement du joug mal assorti. En d'autres termes, c'est ici une question entièrement pratique.
Ainsi, dans Matthieu 5, nous lisons : « Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes » (Matthieu 5.44-45).
Ici encore, c'est l'établissement pratique et la manifestation publique de la relation, avec l'influence morale qui en découle. Il convient aux fils d'un tel Père d'agir d'une telle manière.
En résumé, nous avons la position abstraite ou la relation de fils, fondée sur la volonté souveraine de Dieu et sur son action ; puis nous avons le caractère moral qui en est la conséquence, découlant de cette relation, caractère qui fait que Dieu peut à juste titre reconnaître publiquement cette relation.
Dieu ne peut reconnaître pleinement et publiquement ceux qui portent un joug mal assorti avec les incrédules, car s'il le faisait, ce serait reconnaître le joug lui-même.
Or, il ne peut reconnaître les « ténèbres », « l'iniquité », « Bélial », les « idoles » et un « incrédule ». Comment le pourrait-il ? Ainsi donc, si je me mets volontairement sous le même joug avec l'un de ceux-là, je m'identifie moralement et publiquement avec eux, et nullement avec Dieu. Je me suis placé dans une position que Dieu ne peut reconnaître, et par conséquent, il ne peut me reconnaître moi non plus. Mais si je me retire de cette position, si j'en sors et que je me sépare, si je secoue de dessus mon cou le joug mal assorti, alors, et seulement alors, je puis être publiquement et pleinement reçu et reconnu comme un « fils ou une fille du Seigneur Tout-Puissant ».
Ce principe est solennel et pénétrant pour tous ceux qui sentent qu'ils se sont malheureusement laissé prendre dans un tel joug. Ils ne marchent pas comme des disciples et ne se trouvent ni publiquement ni moralement sur le terrain des fils. Dieu ne peut les reconnaître. Leur relation secrète n'est pas ce dont il s'agit ; mais ils se sont placés eux-mêmes complètement en dehors du terrain de Dieu. Ils ont imprudemment passé leur cou dans un joug qui ; n'étant pas le joug de Christ ; doit être celui de Bélial ; et ce n'est que lorsqu'ils auront rejeté ce joug que Dieu pourra les reconnaître comme ses fils et ses filles.
La grâce de Dieu est infinie, sans doute ; elle peut venir à notre rencontre dans tous nos manquements, dans toutes nos faiblesses. Mais si nos âmes aspirent à une marche plus élevée comme disciples, il nous faut secouer aussitôt le joug mal assorti, coûte que coûte, si du moins il est en notre pouvoir de le faire. Dans le cas contraire, nous n'avons qu'à baisser la tête avec confusion et à nous attendre à Dieu pour une pleine délivrance.
Il y a quatre rapports distincts sous lesquels nous pouvons considérer le joug mal assorti : le mariage, le commerce, la religion et la philanthropie. Certains chrétiens seraient peut-être disposés à limiter le sens de 2 Corinthiens 6.14 au premier de ces rapports, mais l'apôtre ne le fait pas.
Voici ses paroles : « Ne vous mettez pas avec les infidèles sous un joug étranger ». Il ne précise pas le caractère ou l'objet de ce joug, ce qui nous autorise à donner à ce passage l'application la plus étendue et à en porter le tranchant sur toute espèce de joug mal assorti. Nous verrons l'importance de cette démarche avant la fin de ces observations, si le Seigneur le permet.
Le mariage
Considérons d'abord le joug domestique ou conjugal. Quelle plume pourrait dépeindre les angoisses d'âme, la misère morale, ainsi que les conséquences néfastes pour la vie spirituelle et le témoignage, qui découlent du mariage d'un chrétien avec une personne non convertie ? Il me semble que rien n'est plus déplorable que la condition de quelqu'un qui découvre, quand il est trop tard, qu'il s'est uni pour la vie à une personne avec laquelle il ne peut avoir ni une pensée ni un sentiment en commun.
L'un désire servir Christ, l'autre ne peut servir que le diable ; l'un soupire après les choses de Dieu, l'autre n'aspire qu'aux choses de ce monde ; l'un cherche à tenir dans la mort la chair avec toutes ses affections et ses désirs, l'autre ne cherche qu'à les satisfaire. Ils sont pareils à une brebis et à un bouc enchaînés l'un à l'autre : la brebis languit après les verts pâturages, tandis que le bouc ne désire que brouter les ronces qui poussent le long des fossés.
La triste conséquence en est que tous les deux souffrent de la faim. L'un ne veut pas paître dans la prairie, l'autre ne peut pas se nourrir des ronces, et ainsi ni l'un ni l'autre n'obtient ce qui convient à sa nature ; à moins que le bouc, grâce à sa plus grande force, ne réussisse à forcer son compagnon de joug à rester parmi les ronces, pour y languir et mourir.
La leçon de ceci est assez claire, et son application n'est, hélas, que trop courante. Le bouc réussit ordinairement à parvenir à ses fins. Le conjoint mondain l'emporte presque toujours. On constatera le plus souvent que, dans les cas du joug conjugal, chrétiennement mal assorti, c'est le pauvre chrétien qui souffre, comme le montrent clairement les fruits amers d'une mauvaise conscience, l'abattement du cœur et l'esprit sombre et découragé. C'est là payer bien cher la satisfaction d'une affection naturelle ou l'acquisition de quelque misérable avantage temporel. C'est un fait qu'un tel mariage constitue un principe de mort pour le christianisme pratique et pour la croissance de la vie spirituelle. Il est moralement impossible d'être un disciple de Christ indépendant du monde, tout en ayant son cou sous le joug du mariage avec un incrédule.
Pas plus qu'un coureur aux jeux olympiques ne pouvait espérer remporter la couronne de la victoire en attachant à son corps un poids lourd ou un corps mort. C'est déjà bien assez d'avoir un corps de mort à porter, sans s'en charger d'un second.
Il n'y eut jamais un vrai chrétien qui n'ait pu faire l'expérience qu'il avait déjà abondamment à faire pour combattre les misères de son propre cœur, sans aller se charger des misères de deux. Sans aucun doute, l'homme qui, imprudemment et dans un esprit de désobéissance, épouse une femme non convertie ; ou la femme qui de même épouse un homme non converti ; prend volontairement sur soi le fardeau des misères réunies de deux cœurs. Et qui est suffisant pour ces choses ?
Un saint peut compter pleinement sur la grâce de Christ pour subjuguer sa propre mauvaise nature ; mais il ne peut certainement pas compter de la même manière sur cette grâce par rapport à la mauvaise nature du compagnon de son union mal assorti. S'il s'est mis sous ce joug par ignorance, le Seigneur viendra à son aide, sur le terrain d'une pleine et entière confession, et amènera son âme à une restauration complète.
Paul pouvait dire : « Mais je traite durement mon corps et je le tiens assujetti, de peur d'être moi-même rejeté, après avoir prêché aux autres » (1 Corinthiens 9.27). Et il dit ceci en connexion immédiate avec la lutte pour remporter le prix :
« Ne savez-vous pas que ceux qui courent dans le stade courent tous, mais qu'un seul remporte le prix ? Courez de manière à le remporter. Tous ceux qui combattent s'imposent toute espèce d'abstinences, et ils le font pour obtenir une couronne corruptible ; mais nous, faisons-le pour une couronne incorruptible. Moi donc, je cours, non pas comme à l'aventure ; je frappe, non pas comme battant l'air » (1 Corinthiens 9.24-26).
Ce n'est pas ici une question de vie ou de salut, mais simplement une question de course dans la lice ; il s'agit de courir de telle sorte que nous remportions le prix, une couronne incorruptible. Le fait d'être appelé à courir suppose que nous avons la vie, car personne n'engagerait des hommes morts à courir dans la lice. J'ai évidemment la vie avant de commencer à courir, et par conséquent je ne pourrai la perdre, bien que je puisse manquer à remporter la couronne promise ; car ce n'est pas la vie qui est proposée comme prix à obtenir.
Nous ne sommes pas appelés à courir pour avoir la vie, car elle ne vient pas de celui qui court, mais de Dieu par la foi en Jésus-Christ, qui par sa mort nous a acquis la vie et nous la communique par l'énergie puissante du Saint-Esprit. Or cette vie, étant la vie d'un Christ ressuscité, est éternelle, car il est le Fils éternel.
Comme il le dit lui-même en s'adressant au Père : « Tu lui as donné pouvoir sur toute chair, afin qu'il accorde la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés » (Jean 17.2).
Cette vie est donnée sans aucune condition. Dieu ne nous donne pas la vie comme pécheurs pour nous appeler ensuite à courir afin de l'obtenir comme saints, avec la sombre possibilité de perdre cette précieuse grâce en manquant dans notre course. Ce serait là courir « comme à l'aventure », ainsi que beaucoup essaient de le faire, hélas, qui professent être entrés dans la carrière sans savoir cependant s'ils ont la vie ou non. De telles personnes courent pour obtenir la vie et non une couronne ; mais Dieu n'expose pas la vie au bout de la lice comme prix du vainqueur ; Il la donne au point de départ, comme la force par laquelle nous courons.
La capacité de courir et l'objet après lequel nous courons sont deux choses bien différentes ; pourtant elles sont sans cesse confondues par ceux qui ignorent le glorieux Évangile de la grâce de Dieu, dans lequel Christ est manifesté comme la vie et la justice de tous ceux qui croient en son nom, et cela d'ailleurs comme le don gratuit de Dieu et non comme la récompense pour avoir bien couru.
Or, en considérant les conséquences si excessivement fâcheuses d'un joug conjugal mal assorti, c'est principalement dans sa portée sur notre marche comme disciples que nous les considérons. Je dis principalement, parce que tout notre être moral et toutes nos expériences en sont profondément affectés. Je doute fort qu'on puisse porter un coup plus sensible à sa prospérité dans la vie divine, qu'en contractant un joug mal assorti. En effet, le fait même d'agir ainsi prouve que le déclin de la vie spirituelle a déjà commencé avec les symptômes les plus alarmants.
Mais quant à l'état de disciple et au témoignage, la lampe peut être regardée comme presque éteinte, ou si elle donne par occasion une faible lueur, celle-ci ne sert qu'à mettre en évidence ce que cette misérable position a d'effrayant et de sombre, et les affreuses conséquences de l'acte de se mettre sous un joug mal assorti avec un incrédule.
Je me borne à ces observations quant à l'influence du joug mal assorti sur la vie, le caractère, le témoignage et l'état de disciple d'un enfant de Dieu. Je voudrais maintenant dire quelques mots sur son effet moral manifesté dans le cercle domestique. Ici encore, les conséquences en sont vraiment lamentables. Il ne saurait en être autrement.
Deux personnes se sont réunies pour vivre dans les relations les plus étroites et les plus intimes, avec des goûts, des habitudes, des sentiments, des désirs, des tendances et des buts diamétralement opposés. Elles n'ont rien en commun, de sorte que dans chaque mouvement qu'elles font, elles ne peuvent que se heurter l'une l'autre.
L'incrédule ne peut, en réalité, aller avec le croyant ; et si, grâce à une extrême amabilité ou à une profonde hypocrisie, il y a une apparence d'harmonie, quelle en est la valeur aux yeux du Seigneur, qui juge de l'état des cœurs par rapport à lui-même ?
Puis encore, si le croyant devait malheureusement se trouver d'accord, à quelque degré, avec son compagnon de joug, cet accord ne peut se faire qu'aux dépens de sa marche comme disciple, et il en résulte une conscience qui le condamne devant le Seigneur. Et ceci encore donne lieu à l'accablement d'esprit, et peut-être à de l'aigreur, qui se manifeste dans l'intérieur de la famille, de manière que la grâce de l'Évangile n'est pas mise en évidence et que l'incrédule n'est ni attiré ni gagné.
Le joug mal assorti apparaît, à tous égards, comme une chose fort triste. Il déshonore Dieu, porte atteinte au bien-être spirituel, tend à détruire l'état de disciple et le témoignage, et est tout à fait contraire à la paix et à la bénédiction domestiques. Il produit de l'éloignement, de la froideur et des malentendus ; ou bien, si ce n'est pas le cas, il tendra, du côté du chrétien, à lui faire perdre son caractère de disciple et sa bonne conscience, qu'il peut être tenté de sacrifier sur l'autel de la paix domestique. Ainsi, de quelque manière que nous le considérions, un joug mal assorti ne peut conduire qu'aux conséquences les plus déplorables.
Puis, quant à son effet sur les enfants, il est tout aussi triste. Ceux-ci sont naturellement enclins à suivre l'exemple de celui de leurs parents qui n'est pas converti. « Leurs fils parlaient à moitié l'asdodien, et ne savaient pas parler le juif, mais ils parlaient la langue de tel ou tel peuple » (Néhémie 13.24). Il ne peut y avoir aucune union de cœurs dans l'éducation des enfants, aucune harmonie, aucune confiance mutuelle dans leur traitement. L'un désire les élever dans la discipline et sous les avertissements du Seigneur ; l'autre désire les élever selon les principes du monde, de la chair et du diable. Et comme les sympathies des enfants, à mesure qu'ils grandissent, se rangent d'elles-mêmes de ce dernier côté, il n'est pas difficile de prévoir quelle sera l'issue.
Enfin, il est à la fois vain, inconvenant et contraire à la Parole d'essayer de labourer avec un joug mal assorti, ou d'ensemencer le champ de deux espèces de semence ; tout cela ne peut produire que des souffrances et de la confusion.
Avant de quitter cette partie de notre sujet, je voudrais faire une remarque sur les raisons qui ordinairement poussent les chrétiens à entrer dans le joug du mariage moralement mal assorti.
Nous savons tous, hélas, combien il est facile pour le pauvre cœur de se persuader lui-même de la droiture d'une démarche qu'il désire faire, et comme le diable nous fournit des arguments plausibles pour nous convaincre qu'elle est bonne ; des arguments que le triste état moral de notre âme nous fait considérer comme clairs, satisfaisants et concluants.
Le fait même que nous nous adonnions à de telles pensées prouve que nous sommes incapables de peser, avec un esprit impartial et une conscience spirituellement juste, les conséquences sérieuses d'une telle démarche. Si l'œil était simple (c'est-à-dire si nous n'étions gouvernés que par un seul et même objet : la gloire et l'honneur du Seigneur Jésus-Christ), nous n'envisagerions jamais l'idée de mettre notre nuque sous un joug mal assorti ; et par conséquent, nous n'éprouverions ni difficulté ni perplexité à ce sujet.
Un coureur dont l'œil est fixé sur la couronne ne sera jamais dans la perplexité pour savoir s'il doit s'attacher au cou un poids de cent kilogrammes ou non. Une telle pensée ne lui viendrait jamais à l'esprit ; et non seulement cela, mais un coureur bien exercé aurait une si claire perception de tout ce qui pourrait entraver sa course que, pour lui, apercevoir quelque chose de ce genre serait en même temps le rejeter de manière décidée.
Or, s'il en était ainsi avec les chrétiens quant au mariage qui n'est pas selon la Parole, un monde de souffrances et de perplexités leur serait épargné.
Mais il n'en est pas ainsi. Le cœur hors de la communion est moralement incapable de discerner les choses qui diffèrent ; et lorsqu'on est dans cette condition, le diable a facilement le dessus et réussit bientôt dans ses efforts pernicieux à conduire le croyant à porter le joug avec « Bélial » ; avec « l'iniquité » ; avec les « ténèbres » ; avec un « infidèle ».
Si l'âme jouit d'une pleine communion avec Dieu, elle est entièrement soumise à sa Parole ; elle voit les choses comme Lui les voit, les appelle du même nom que Lui les appelle, et non pas comme le diable ou son propre cœur charnel voudrait les nommer.
De cette manière, le croyant échappe au piège et à l'influence d'une tromperie qui a souvent un grand pouvoir sur lui dans cette matière : c'est-à-dire une fausse profession de religion de la part de la personne qu'il ou qu'elle désire épouser.
Voilà ce qui arrive très souvent. Il est facile d'affecter de l'inclination pour les choses de Dieu, et le cœur est assez vil et perfide pour faire une profession de religion afin d'arriver à son but.
Le diable, qui « se déguise en ange de lumière » (2 Corinthiens 11.14), provoquera cette fausse profession afin d'enchaîner d'autant plus efficacement les pieds et le cœur d'un enfant de Dieu.
Ainsi il arrive que des chrétiens, se contentent ou semblent se contenter d'une preuve de conversion que, dans toute autre circonstance, ils auraient été les premiers à regarder comme fort douteuse et insuffisante. Mais, hélas, l'expérience ne tarde pas à ouvrir les yeux sur la réalité des choses. Bientôt on découvre que la profession n'était qu'une vaine apparence et que le cœur est entièrement dans le monde et du monde.
Terrible découverte ! Qui saurait en exprimer toutes les amères conséquences : les angoisses du cœur, les reproches et les remords de la conscience, la honte et la confusion, la perte de la paix, de la bénédiction et de la joie spirituelles, le sacrifice d'une vie qui aurait pu être utile ? Qui pourrait décrire toutes ces choses ?
L'homme, réveillé de son rêve illusoire, ouvre les yeux sur l'affreuse réalité : il se voit lié pour la vie sous le même joug avec « Bélial ». Oui, c'est ainsi que l'Esprit l'appelle. Ce n'est pas une conséquence ou une déduction à laquelle une suite de raisonnements nous ait fait arriver, mais une simple et positive déclaration de la Sainte Écriture, qu'il en est ainsi relativement à celui qui s'est mis sous un joug conjugal bibliquement mal assorti, quels que puissent être les motifs, les raisons ou les fausses apparences qui l'ont séduit.
Oh, mon cher lecteur chrétien, si vous êtes en danger de vous mettre sous un tel joug, permettez-moi de vous conjurer sérieusement et affectueusement de vous asseoir d'abord et de peser cette affaire dans la balance du sanctuaire, avant de faire un seul pas en avant dans un chemin aussi dangereux ! Soyez assuré que vous n'auriez pas plus tôt fait ce pas que vous trouveriez votre cœur en proie à des regrets désespérés, et votre vie à des chagrins amers sans nombre.
Que rien au monde ne puisse vous induire à porter le même joug avec un incrédule.
S'agit-il d'affections engagées ? Souvenez-vous alors que ce ne peuvent être les affections du nouvel homme en vous ; ce sont, n'en doutez pas, de la vieille nature charnelle qu'elles procèdent, laquelle vous êtes appelé à mortifier et à dépouiller. Vous devriez donc crier à Dieu pour lui demander la force spirituelle de surmonter l'influence de telles affections, et même les Lui sacrifier.
S'agit-il de vos intérêts ? Souvenez-vous alors que ce ne sont que vos propres intérêts ; et s'ils sont favorisés, ceux de Christ sont sacrifiés par le joug mal assorti que vous porteriez avec « Bélial » ! D'ailleurs, il ne s'agit ici que de vos intérêts temporels et non de ceux qui sont éternels. Or, en réalité, les intérêts du croyant et ceux de Christ devraient être identiques ; et il est évident que les intérêts de Christ, son honneur, sa vérité, sa gloire, sont inévitablement sacrifiés lorsqu'un de ses membres s'allie avec « Bélial ».
Il est à peine nécessaire de faire observer ici que, dans les cas où la conversion a lieu après le mariage, la question change singulièrement de face. Alors il n'y aura pas de déchirements de conscience, par exemple, et toute la chose se trouve modifiée dans une quantité de détails. Sans doute, il y aura encore des difficultés, des épreuves et des afflictions ; la seule et grande différence est celle-ci : on peut apporter, avec plus de bonheur, son épreuve et son affliction en la présence du Seigneur quand on ne s'y est pas plongé volontairement.
Et Dieu soit béni, nous savons combien Il est disposé à nous pardonner, à nous rétablir, et à purifier de toute iniquité l'âme qui lui confesse pleinement ses erreurs et ses manquements. Ceci peut consoler le cœur de celui qui a été amené au Seigneur après le mariage. De plus, l'Esprit de Dieu lui a donné des directions spéciales et de précieux encouragements dans le passage suivant :
« Si un frère a une femme non-croyante, et qu'elle consente à habiter avec lui, qu'il ne la répudie point ; et si une femme a un mari non-croyant, et qu'il consente à habiter avec elle, qu'elle ne répudie point son mari. Car le mari non-croyant est sanctifié par la femme, et la femme non-croyante est sanctifiée par le frère ; autrement, vos enfants seraient impurs, tandis que maintenant ils sont saints... Car que sais-tu, femme, si tu sauveras ton mari ? Ou que sais-tu, mari, si tu sauveras ta femme ? » (1 Corinthiens 7.12-16).
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