2. Fondamentaux bibliques (vol.3)
Chap: 1 - Le joug mal assorti (suite et fin)- Toute personne qui aspire sincèrement à progresser dans sa vie chrétienne, ou qui cherche à aider d'autres croyants à s'élever spirituellement, ressent un profond accablement et une grande tristesse face à l'état du christianisme de notre époque.
Considérons maintenant le joug mal assorti dans son aspect commercial, tel qu'on le rencontre dans les cas d'association pour les affaires. Celui-ci, bien qu'il ne présente pas un aspect aussi grave que celui que nous venons d'examiner ; dans la mesure où il est plus facile de s'en libérer, n'en constitue pas moins un obstacle réel au témoignage du croyant. Quand un chrétien se met sous le joug avec un incrédule pour des affaires de commerce, que cet incrédule soit un parent ou non, ou quand il s'associe à une maison de commerce du monde, il abandonne en réalité sa responsabilité individuelle. Dès ce moment, les actes de cette raison de commerce deviennent ses propres actes.
Les affaires
Et il est tout à fait évident qu'on ne peut pas faire fonctionner une maison de commerce, fondée sur des principes mondains, selon ceux du royaume de Dieu. On se moquerait d'une telle idée, en la jugeant tout à fait préjudiciable au succès des opérations.
Un chrétien associé à un incrédule se trouverait sans cesse dans une position extrêmement pénible. Il voudrait se servir de son influence pour chercher à christianiser la manière de conduire les affaires ; mais on l'obligerait à faire les affaires comme les autres. Et il n'y aurait pour lui d'autre remède que de s'affliger secrètement sur sa position anormale et difficile, ou bien d'en sortir à grande perte financière pour lui-même et sa famille.
Si l'œil est simple, il n'y aura aucune hésitation sur celle des deux alternatives à choisir. Mais, hélas, le fait même de se placer dans une telle position prouve l'absence d'un œil simple ; et le fait d'y demeurer prouve le manque de discernement spirituel pour apprécier la valeur et l'autorité des principes divins, qui autrement ne manqueraient pas de faire sortir un chrétien d'une telle association.
Un homme qui aurait l'œil simple ne pourrait pas se mettre sous le même joug avec un incrédule dans le but de gagner de l'argent. Cet homme n'aurait d'autre objet devant lui que la gloire de Christ ; et on ne saurait jamais atteindre ce but par une transgression positive d'un principe de Dieu.
Voilà ce qui rend la question bien simple. Si le fait pour un chrétien de devenir l'associé d'une maison de commerce mondaine n'est pas à la gloire de Christ, il ne peut que servir les desseins du diable : il n'y a pas de milieu. Or il est manifeste que Christ ne peut pas être glorifié par-là, car sa Parole dit : « Ne vous mettez pas avec les infidèles sous un joug étranger » (2 Corinthiens 6.14).
Tel est le principe, qui ne peut être violé sans nuire au témoignage et sans faire perdre des bénédictions spirituelles. Il est vrai que la conscience d'un chrétien qui pèche dans cette matière peut chercher à se soulager de diverses manières. Elle peut avoir recours à divers subterfuges. Elle peut mettre en avant divers arguments pour se persuader que tout va bien. On dira que nous pouvons être très dévoués et très spirituels, pour ce qui nous concerne personnellement, même si nous nous trouvons, pour affaires de commerce, sous un même joug avec un incrédule.
Ceci s'avérera n'être qu'une illusion, à l'épreuve de la pratique quotidienne. Un serviteur de Christ se verra entravé de mille manières par son association mondaine. Si, au sujet de son service pour Christ, il ne rencontre pas une hostilité ouverte, il aura à lutter contre les efforts secrets et continuels de l'ennemi pour arrêter son zèle et refroidir tous ses projets. On se moquera de lui et on le méprisera.
On lui rappellera sans cesse l'effet que son enthousiasme et son fanatisme doivent produire sur les affaires et la réputation de la maison de commerce.
S'il fait usage de son temps, de ses talents ou de ses ressources financières pour ce qu'il croit être le service du Seigneur, on le déclarera fou ou imbécile, et on lui fera comprendre que la seule manière convenable et raisonnable de servir le Seigneur, pour un homme engagé dans le commerce, c'est de s'occuper des affaires, et uniquement des affaires ; que c'est la charge exclusive des pasteurs et ministres de s'occuper des matières religieuses, puisqu'ils sont mis à part pour cela.
Or, bien que l'esprit renouvelé d'un chrétien puisse être tout à fait convaincu de la subtilité de ces raisonnements, qui peut dire jusqu'à quel point le cœur peut être sous l'influence de ces choses ? Nous nous lassons d'une résistance continuelle. Le courant devient trop fort pour nous, et nous cédons petit à petit à sa force pour nous laisser entraîner à sa surface. Peut-être la conscience tente-t-elle quelques derniers mouvements de résistance ; mais l'énergie spirituelle est paralysée et la sensibilité de la nouvelle nature émoussée, de sorte qu'il n'y a rien qui réponde à ces cris de la conscience, aucun effort assez puissant pour résister à l'ennemi. La mondanité du chrétien s'allie avec les influences contraires venues de l'extérieur, et à la fin un tel homme se laisse aller à une vie de mondanité complète, réalisant ainsi, dans sa propre personne, la lamentation touchante du prophète :
« Ses princes étaient plus éclatants que la neige, plus blancs que le lait ; ils avaient le teint plus vermeil que le corail ; leur figure était comme le saphir. Leur aspect est plus sombre que le noir ; on ne les reconnaît pas dans les rues ; ils ont la peau collée sur les os, elle est devenue sèche comme du bois » (Lamentations 4.7-8).
Cet homme, qui était connu un jour comme un serviteur de Christ, un collaborateur pour le royaume de Dieu, qui faisait usage de ses ressources pour faire avancer les intérêts de l'Évangile de Christ ; cet homme n'est maintenant, hélas, plus connu que comme un négociant infatigable, habile et prudent, dont l'apôtre pourrait bien dire : « car Démas m'a abandonné, par amour pour le siècle présent » (2 Timothée 4.10).
Mais il n'y a peut-être rien qui agisse autant sur le cœur pour pousser des chrétiens à se mettre sous un même joug commercial avec des incrédules, que l'habitude de chercher à préserver à la fois son caractère de chrétien et son caractère de négociant. C'est là un piège lamentable. En effet, une telle chose n'existe pas. Un homme doit être l'un ou l'autre.
Si je suis chrétien, mon christianisme doit se manifester comme une réalité vivante, dans la position où je me trouve ; s'il ne peut s'y manifester, je ne dois pas y demeurer. Car si je reste dans une sphère ou une position dans laquelle la vie de Christ ne peut se montrer, je ne posséderai bientôt plus rien du christianisme que le nom, sans réalité, la forme extérieure sans la force intérieure, l'écorce sans l'amande.
Ce n'est pas seulement le dimanche que je dois être serviteur de Dieu, mais tout aussi bien du lundi matin au samedi soir. Ce n'est pas seulement dans une assemblée publique que je dois être serviteur de Christ, mais tout aussi bien dans mes relations temporelles, dans mes affaires, quelles qu'elles soient.
Mais je ne puis être un vrai serviteur de Christ si je suis lié sous un joug avec un incrédule ; car comment les serviteurs de deux maîtres ennemis pourraient-ils travailler sous le même joug ? C'est absolument impossible. Aussi j'en appelle solennellement à la conscience de mon lecteur, en présence du Dieu Tout-Puissant, qui jugera les secrets du cœur des hommes par Jésus-Christ, sous ce rapport aussi !
Je voudrais lui dire, s'il a la pensée d'entrer dans une association avec un incrédule : fuyez de là ! Oui, fuyez, même si cette association vous promettait des millions. Vous vous enfonceriez dans un labyrinthe de difficultés et de chagrins. Vous iriez labourer avec un homme dont les sentiments, les dispositions et les tendances sont diamétralement opposés aux vôtres. « Un bœuf et un âne » ne sont pas aussi différents, sous tous les rapports, qu'un croyant et un incrédule.
Comment pourrez-vous vous accorder ? Lui cherche à faire de l'argent, à réussir, à faire son chemin dans le monde ; vous sentez ou du moins vous devriez sentir, le besoin de croître dans la grâce et dans la sainteté, de faire avancer les intérêts de Christ et de son Évangile sur la terre, et de tendre avec effort vers le royaume éternel du Seigneur Jésus-Christ. Son objet est l'argent ; le vôtre, je l'espère, c'est Christ. Il vit pour ce monde ; vous, pour le monde à venir. Il est préoccupé des choses du temps ; vous, de celles de l'éternité.
Comment donc pourriez-vous vous rencontrer sur le même terrain ? Vos principes, vos motifs, vos buts et vos espérances sont entièrement opposés. Comment serait-il possible que vous marchiez ensemble ? Comment auriez-vous quelque chose en commun ?
Assurément il suffit d'envisager tout cela avec un œil simple pour le voir sous son vrai jour. Il est impossible que quelqu'un ait l'œil fixé sur Christ, le cœur rempli de lui, et qu'il puisse se mettre sous un même joug avec un mondain pour quelque objet que ce soit.
Laissez-moi donc, mon cher lecteur chrétien, vous supplier encore, avant que vous preniez un parti aussi grave, un parti qui peut entraîner des conséquences si terribles, si chargé de dangers, de considérer cette matière avec un cœur honnête dans le sanctuaire de Dieu et de la peser dans sa sainte balance. Demandez à Dieu ce qu'il en pense, et écoutez, avec une volonté soumise et une bonne conscience sa réponse.
Elle est simple et puissante, aussi simple et aussi puissante que si elle nous arrivait directement du ciel : « Ne vous mettez pas avec les infidèles sous un joug étranger » (2 Corinthiens 6.14)
Mais si, malheureusement, mon lecteur est déjà sous le joug, je voudrais lui dire : délivrez-vous-en le plus tôt possible. Je serais bien étonné si vous n'aviez pas déjà constaté que ce joug est bien lourd. Il serait superflu de vous détailler les tristes conséquences d'une telle position ; vous les connaissez sans doute.
Mon cher frère en Christ, ne tardez pas un instant à secouer ce joug. Il faut que cela se fasse devant le Seigneur, selon ses principes et par sa grâce. Il est plus facile de se mettre dans une fausse position que d'en sortir. Une association qui date de dix ou vingt années ne peut être dissoute en un instant. Il faut que cela se fasse avec calme, avec humilité, dans un esprit de prière, comme en présence du Seigneur, et pour sa seule gloire.
Je puis déshonorer le Seigneur par ma manière de sortir d'une fausse position, autant qu'en y entrant. Aussi, si je me trouve associé avec un incrédule et que ma conscience me dise que je fais mal, il faut que je lui déclare honnêtement et ouvertement que je ne puis plus marcher avec lui. Après quoi, il est de mon devoir de faire tous les efforts possibles pour que les affaires se liquident avec droiture, bonne foi et convenance, afin de ne donner aucune occasion à l'adversaire d'en parler d'une manière injurieuse, et que le bien que je fais ne soit pas blâmé.
Il nous faut éviter la précipitation, l'imprudence et la présomption quand nous avons l'air d'agir pour le Seigneur et de défendre sa sainte cause. Si un homme se trouve pris dans un piège ou égaré dans un labyrinthe, ce n'est pas par des mouvements violents qu'il se dégagera. Non, il faut qu'il s'humilie, qu'il confesse ses péchés devant le Seigneur, et puis qu'il retourne sur ses pas avec patience et dans une entière dépendance de la grâce qui, non seulement peut lui pardonner de s'être mis dans une fausse position, mais encore le ramener et l'introduire dans une bonne.
D'ailleurs, comme pour le joug conjugal, la question est grandement modifiée par le fait d'une association contractée avant la conversion. Non que cette circonstance puisse le moins du monde justifier quelqu'un d'y demeurer.
Nullement ; mais elle nous épargnerait beaucoup de souffrance de cœur et de souillure de la conscience, qui s'attachent à une telle position et qui doivent influencer considérablement la manière de s'en retirer.
En outre, le Seigneur est glorifié par l'inclination morale du cœur et de la conscience vers la bonne direction, et il l'a assurément pour agréable. Si je me juge quand je me trouve dans une mauvaise voie, et que l'inclination morale de mon cœur et de ma conscience me fasse désirer d'en sortir, Dieu l'agréera et, sans aucun doute, il me remettra sur le bon chemin.
Mais tout en le faisant, il ne permettra pas que j'enfreigne une vérité en cherchant à en obéir à une autre. La même Parole qui dit : « Ne vous mettez pas avec les infidèles sous un joug étranger » (2 Corinthiens 6.14), dit aussi : « Rendez à tous ce qui leur est dû » (Romains 13.7) ; « Ne devez rien à personne » (Romains 13.8) ; « Recherchant ce qui est bien... devant tous les hommes » (Romains 12.17) ; « Conduisez-vous avec sagesse envers ceux du dehors » (Colossiens 4.5).
Si j'ai offensé Dieu en m'associant avec un incrédule, je dois me garder d'offenser un homme par la manière de m'en séparer. Par une profonde soumission à la Parole de Dieu, et par la puissance du Saint-Esprit, tout s'arrangera pour le mieux. Nous nous trouverons dans un chemin droit et uni, et nous serons rendus capables d'éviter des extrêmes dangereux.
Les Associations religieuses.
En abordant maintenant l'aspect religieux du joug mal assorti, je voudrais assurer mon lecteur que je n'ai nullement le désir de blesser les sentiments de qui que ce soit, en décrivant les prétentions des différentes dénominations que je vois autour de moi. Ce n'est pas du tout mon intention. Le sujet de ce traité est assez important pour qu'on ne cherche pas à l'obscurcir par l'introduction d'idées qui lui sont étrangères. Il est d'ailleurs trop précis pour permettre un tel mélange. « Le joug mal assorti », tel est ce sujet, sur lequel nous avons à concentrer nos réflexions.
En parcourant les Écritures, nous trouvons d'innombrables passages exprimant cet esprit de séparation qui devrait toujours caractériser le peuple de Dieu. Que notre attention se porte vers l'Ancien Testament ; dans lequel nous voyons Dieu dans ses relations avec son peuple terrestre, Israël, et dans ses dispensations envers lui ; ou qu'elle se dirige vers le Nouveau Testament, dans lequel nous avons les relations de Dieu avec son peuple céleste, l'Église, et ses dispensations envers elle, nous y trouvons la même vérité mise en évidence : la séparation entière de ceux qui appartiennent à Dieu.
La position d'Israël est exprimée ainsi dans les paroles de Balaam : « C'est un peuple qui a sa demeure à part, et qui ne fait point partie des nations » (Nombres 23.9). Leur place était en dehors de toutes les nations de la terre, et ils furent rendus responsables de maintenir cette séparation. D'un bout à l'autre des livres de Moïse, ils sont instruits, avertis, exhortés à cet effet. Et dans les Psaumes et les Prophètes, nous sont rapportés leurs manquements concernant le maintien de cette séparation ; manquements qui, comme nous le savons, ont attiré sur eux les sévères jugements de la main de Dieu.
Cet article deviendrait un volume si je voulais seulement citer tous les passages qui se rapportent à ce sujet. J'aime à croire que mon lecteur est suffisamment versé dans l'étude de sa Bible pour rendre de telles citations inutiles. Si toutefois il n'en était pas ainsi, qu'il cherche honnêtement dans sa concordance les passages où se trouvent les mots « séparer » et « séparation » ; ils suffiront pour lui donner, d'un coup d'œil, toute la masse de preuves que l'Écriture fournit sur ce sujet.
Le passage que je viens de citer du livre des Nombres est l'expression des pensées de Dieu touchant son peuple Israël : « C'est un peuple qui a sa demeure à part ».
Il en est de même, mais selon des principes beaucoup plus élevés, pour le peuple céleste de Dieu, l'Église, le corps de Christ, composé de tous les vrais croyants. Eux aussi sont un peuple à part.
Examinons maintenant quel est le principe de cette séparation. Il y a une grande différence entre être séparé sur la base de ce que nous sommes, et être séparé sur la base de ce que Dieu est. Le premier fait de l'homme un pharisien ; le second en fait un saint.
Si je dis à un de mes pauvres semblables : « Ne m'approche pas, je suis plus saint que toi ! » je suis un détestable pharisien et un hypocrite. Mais si Dieu, dans sa condescendance infinie et dans sa parfaite grâce, me dit : « Je t'ai mis en relation avec Moi, dans la personne de mon Fils Jésus-Christ ; c'est pourquoi sois saint et séparé de tout mal ; sors du milieu d'eux et sépare-toi ! » je suis dans l'obligation d'obéir, et mon obéissance est la manifestation pratique de mon caractère comme saint ; caractère que je possède non pas à cause de quoi que ce soit qui se trouve en moi-même, mais simplement parce que Dieu m'a rapproché de Lui-même par le sang précieux de Christ.
Il est bon d'être au clair là-dessus. Le pharisaïsme et la sanctification divine sont deux choses bien différentes, et cependant, on les confond fréquemment. Ceux qui s'efforcent de conserver cette place de séparation qui appartient au peuple de Dieu sont constamment accusés de se mettre au-dessus de leurs semblables et de prétendre à un plus haut degré de sainteté personnelle qu'on n'en possède ordinairement. Cette accusation vient de ce qu'on ne fait pas attention à la distinction dont je viens de parler.
Quand Dieu appelle les hommes à se séparer, c'est sur le principe de ce qu'Il a fait pour eux à la croix et de la place qu'Il leur a assignée dans une association éternelle avec Lui, en la personne de Christ. Mais si je me sépare sur le principe de ce que je suis en moi-même, c'est la présomption la plus absurde et la plus futile, qui sera dévoilée tôt ou tard.
Dieu commande à son peuple d'être saint, à cause de ce qu'Il est, Lui : « Vous serez saints, car je suis saint » (1 Pierre 1.16). C'est évidemment très différent de : « Ne m'approche pas, je suis plus saint que toi ! » Si Dieu met des hommes en relation avec Lui-même, il a le droit de leur prescrire quel doit être leur caractère moral, et ils se trouvent dans l'obligation d'y répondre.
Ainsi nous voyons que la plus profonde humilité est à la base de la séparation d'un saint. Il n'y a rien qui soit plus propre à nous mettre dans la poussière que la compréhension de la nature réelle de la sainteté divine. C'est une humilité entièrement fausse que celle qui vient de ce que nous nous contemplons nous-mêmes ; en réalité, elle est fondée sur l'orgueil, un orgueil qui n'a jamais sondé jusqu'au fond sa propre et totale indignité.
Il y en a qui s'imaginent pouvoir atteindre l'humilité la plus profonde et la plus vraie en se regardant eux-mêmes, tandis qu'elle ne peut être acquise qu'en regardant à Christ. « Plus tes gloires frapperont mes yeux, et plus je serai humble ! » C'est là un sentiment juste, fondé sur un principe divin. L'âme qui se perd dans la splendeur de la gloire morale de Christ est véritablement humble ; aucune autre ne l'est.
Nous avons sans doute à nous humilier quand nous pensons aux pauvres créatures que nous sommes. Il suffit de réfléchir un moment de façon juste, pour voir que c'est une pure illusion de chercher à produire quelque bon résultat pratique en se regardant soi-même. Ce n'est que lorsque nous nous trouvons en présence d'une excellence infinie que nous sommes vraiment humbles. C'est pour cela qu'un enfant de Dieu devrait refuser de porter le joug avec un incrédule, que ce soit dans des rapports domestiques, commerciaux ou religieux, simplement parce que Dieu lui dit d'être séparé, et non pas à cause de sa propre sainteté personnelle.
Mettre en pratique ce principe en matière de religion doit nécessairement entraîner beaucoup d'épreuves et de douleurs. On appellera cela de l'intolérance, de la bigoterie, de l'étroitesse, un esprit d'exclusion, etc. ; mais nous ne saurions rien y changer. Pourvu que nous nous tenions séparés d'après un principe juste et dans un esprit droit, nous pouvons sans crainte en laisser à Dieu tous les résultats.
Sans aucun doute, le résidu au temps d'Esdras dut paraître excessivement intolérant en refusant la coopération des peuples d'alentour à la construction de la maison de Dieu ; mais ils agissaient selon un principe divin en refusant ce secours.
« Les ennemis de Juda et de Benjamin apprirent que les fils de la captivité bâtissaient un temple à l'Éternel, le Dieu d'Israël. Ils vinrent auprès de Zorobabel et des chefs de familles, et leur dirent : Nous bâtirons avec vous ; car, comme vous, nous invoquons votre Dieu, et nous lui offrons des sacrifices depuis le temps d'Ésar-Haddon, roi d'Assyrie, qui nous a fait monter ici » (Esdras 4.1-2).
Cela paraissait une offre bien obligeante ; une proposition qui manifestait un penchant décidé pour le Dieu d'Israël. Cependant le résidu refusa, parce que ces gens, malgré leur belle profession, n'étaient au fond que des incirconcis et des adversaires.
« Mais Zorobabel, Jeshua, et les autres chefs des familles d'Israël, leur répondirent : Ce n'est pas à vous et à nous de bâtir la maison de notre Dieu ; nous la bâtirons nous seuls à l'Éternel, le Dieu d'Israël » (Esdras 4.3).
Ils ne voulaient pas porter le joug avec les incirconcis, ils ne voulaient pas « labourer avec un bœuf et un âne », ils ne voulaient pas « semer leur champ de deux espèces de semence », ils se tinrent séparés, même s'ils s'exposaient par là à être traités de gens bornés, étroits, sans libéralisme et sans charité.
De même, en Néhémie, il est dit : « Ceux qui étaient de la race d'Israël se séparèrent de tous les étrangers, et ils se présentèrent et confessèrent leurs péchés et les iniquités de leurs pères » (Néhémie 9.2). Ce n'était pas là un esprit de secte ; c'était une obéissance positive. Leur séparation était essentielle à leur existence comme peuple. Ils n'auraient pu jouir de la présence de Dieu sur aucun autre terrain.
Il doit toujours en être ainsi du peuple de Dieu sur la terre. Il faut que les chrétiens soient séparés ; autrement ils ne sont pas seulement inutiles, mais ils sont nuisibles. Dieu ne peut les reconnaître ni marcher avec eux s'ils se mettent sous le joug avec des incrédules, sur quelque terrain ou pour quelque objet que ce soit.
Il est fort difficile d'unir un esprit d'intense séparation avec un esprit de grâce, de douceur et d'indulgence, ou, comme on l'a dit, de garder ses pieds sur le chemin étroit tout en ayant un cœur large. C'est là une véritable difficulté.
Comme le maintien strict et sans compromis de la vérité tend à rétrécir le cercle autour de nous, nous aurons besoin de la puissance expansive de la grâce pour garder notre cœur large et nos affections vives et chaleureuses. Si nous combattons pour la vérité autrement que dans la grâce, nous ne présenterons qu'un côté du témoignage, et encore le moins attrayant. Et si, d'un autre côté, nous montrons de la grâce aux dépens de la vérité, cela se trouvera, à la fin, n'être que la manifestation d'un libéralisme vulgaire aux dépens de Dieu, chose des plus indignes.
Puis, quant au but pour lequel de vrais chrétiens se mettent ordinairement sous le joug avec ceux qui, de leur propre aveu et au jugement de la charité elle-même, ne sont pas chrétiens, on trouvera, en définitive, qu'on ne peut jamais atteindre un but vraiment divin et céleste en transgressant une vérité de Dieu.
« La fin justifie les moyens » ne sera jamais une devise divine. Les moyens ne sont pas sanctifiés par le but ; et les moyens et le but doivent être conformes aux principes de la sainte Parole de Dieu ; autrement tout doit aboutir à la confusion et à la honte.
Recouvrer Ramoth de Galaad des mains de l'ennemi avait pu paraître un but bien digne à Josaphat. De plus, il avait pu passer pour un homme très libéral, gracieux, populaire et au cœur large, lorsqu'il répondait ainsi à la proposition d'Achab : « Moi je suis comme toi, et mon peuple comme ton peuple ; nous irons avec toi à la guerre » (2 Chroniques 18.3). Il est facile d'être large et libéral aux dépens des principes divins. Mais quelle en fut l'issue ? Achab fut tué et Josaphat échappa de justesse, après avoir fait naufrage quant au témoignage.
Nous voyons par-là que Josaphat n'atteignit pas même le but pour lequel il s'était mis sous un joug mal assorti avec un infidèle ; et quand même il l'aurait atteint, ce succès n'aurait nullement justifié sa démarche.*
Rien ne peut justifier le joug mal assorti d'un croyant avec un incrédule ; et par conséquent, quelque belle, attrayante et plausible que puisse paraître l'expédition de Ramoth aux yeux des hommes, c'était, au jugement de Dieu : « Tu aides le méchant, et tu aimes ceux qui haïssent l'Éternel ! » (2 Chroniques 19.2). La vérité de Dieu dépouille les hommes et les choses du faux brillant, dont voudraient les revêtir ceux qui se laissent guider par l'esprit de convenance et d'utilité ; elle les présente sous leur vrai jour.
Et c'est une grâce inexprimable que d'avoir le jugement de Dieu sur tout ce qui se fait autour de nous : cela donne du calme à l'esprit, de la fermeté au caractère et à la marche, et nous délivre de cette malheureuse fluctuation de pensées, de sentiments et de principes qui nous rend complètement impropres à la position de témoins fermes et conséquents de Christ.
Nous ne pouvons que nous égarer si nous essayons de former notre jugement d'après les pensées et les opinions des hommes ; car ils jugent toujours selon les apparences extérieures, et non selon le caractère intrinsèque et le principe des choses. Pourvu que les hommes atteignent ce qu'ils appellent un bon but, ils se soucient peu de la manière d'y parvenir.
Mais le véritable serviteur de Christ sait qu'il doit faire l'œuvre de son Maître d'après les principes et dans l'esprit de son Maître. Il ne saurait donc jamais être satisfait d'atteindre le but le plus louable, à moins qu'il n'y parvienne par une voie tracée de Dieu. Les moyens aussi bien que la fin doivent être divins.
J'admets, par exemple, que c'est un but très désirable que de répandre les Saintes Écritures, la Parole pure et éternelle de Dieu. Mais si je ne pouvais les répandre autrement qu'en me mettant sous le joug avec un incrédule, je devrais m'en abstenir, puisque je ne dois pas faire le mal pour qu'il en résulte du bien.
Mais, béni soit Dieu, son serviteur peut propager son précieux livre sans violer les préceptes contenus dans ce livre. Il peut, sous sa responsabilité propre et individuelle, ou en communion avec ceux qui sont vraiment du côté du Seigneur, répandre en tous lieux la précieuse semence, sans pour cela se liguer avec ceux dont toute la marche et la conduite prouvent qu'ils sont du monde.
*Le joug mal assorti fut un piège terrible pour le cœur aimable de Josaphat. Il se mit sous le joug avec Achab dans un but religieux ; et malgré l'issue désastreuse de ce projet, nous le voyons se mettre de nouveau sous le joug avec Achazia dans un but commercial, ce qui aboutit également à des pertes et à la confusion ; et finalement, il porte le joug avec Joram dans un but politique.
(2 Chroniques 18 ; 2 Chroniques 20.35-37 ; 2 Rois 3)
On peut en dire autant relativement à tout objet d'un caractère religieux. Il ne peut et ne devrait être poursuivi que selon les principes de Dieu.
On nous objectera peut-être qu'il nous est dit de ne pas juger, que nous ne pouvons lire dans le cœur, et que nous devons espérer que tous ceux qui coopèrent à de bonnes œuvres, telles que la propagation de la Bible, la distribution de traités et les travaux des missions, doivent être chrétiens ; et que, par conséquent, il ne peut être mauvais de nous lier avec eux.
À tout cela, je réponds qu'il n'y a guère, dans le Nouveau Testament, un passage si mal compris et si mal appliqué que celui-ci : « Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés » (Matthieu 7.1). Dans le même chapitre, nous lisons : « Gardez-vous des faux prophètes... Vous les reconnaîtrez à leurs fruits » (Matthieu 7.15-16). Or, comment pourrons-nous nous en garder si nous n'exerçons pas notre jugement ?
Nous lisons encore : « Qu'ai-je, en effet, à juger ceux du dehors ? N'est-ce pas ceux du dedans que vous avez à juger ? Ceux du dehors, Dieu les juge. Ôtez le méchant du milieu de vous » (1 Corinthiens 5.12-13).
Ici il nous est clairement enseigné que ceux « du dedans » relèvent directement du jugement de l'Église ; et cependant, d'après l'interprétation habituelle de Matthieu 7.1, nous n'aurions à juger personne. Cette interprétation doit donc nécessairement être fausse. Si des personnes professent être du « dedans », il nous est commandé de les juger. « N'est-ce pas ceux du dedans que vous avez à juger ? » « Quant à tous ceux du « dehors », nous n'avons rien à faire avec eux, si ce n'est de leur présenter la grâce pure, parfaite, riche, illimitée, insondable, qui brille d'un éclat ineffable dans la mort et dans la résurrection du Fils de Dieu.
Tout cela est assez simple. Il est dit au peuple de Dieu d'exercer son jugement quant à tous ceux qui professent être « du dedans » ; il est dit aux saints de se garder des faux prophètes ; il leur est ordonné d’« éprouver les esprits » (1 Jean 4.1). Et comment le pourraient-ils s'ils ne devaient pas juger du tout ?
Que veut donc dire notre Seigneur par ces paroles : « Ne jugez point » ? Je crois qu'il veut dire précisément ce que Paul dit par le Saint-Esprit lorsqu'il nous recommande : « ne jugez de rien avant le temps, jusqu'à ce que vienne le Seigneur, qui mettra en lumière ce qui est caché dans les ténèbres, et qui manifestera les desseins des cœurs. Alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui sera due » (1 Corinthiens 4.5).
Nous n'avons pas à juger des motifs ; mais nous avons à juger la conduite et les principes ; c'est-à-dire la conduite et les principes de tous ceux qui professent être « du dedans ». C'est un fait d'ailleurs que ceux-là mêmes qui disent : « Nous ne devons pas juger » ne cessent de se livrer à des jugements.
Il n'y a pas de vrai chrétien en qui l'instinct moral de la nature divine ne prononce pas effectivement des jugements sur le caractère, la conduite et la doctrine ; et ce sont là les points qui se trouvent dans le ressort du jugement du croyant.
Tout ce que je voudrais donc mettre sur la conscience de mon lecteur chrétien, c'est qu'il est de son devoir d'exercer un jugement sur ceux avec lesquels il se met sous le joug en matière de religion. Si, en ce moment, il est chargé d'un joug avec un incrédule, il transgresse positivement le commandement du Saint-Esprit. Il se peut qu'il l'ait fait dans l'ignorance jusqu'à ce jour ; s'il en est ainsi, la grâce du Seigneur est prête à pardonner et à rétablir. Mais s'il persiste dans la désobéissance après avoir été averti, il n'est pas possible qu'il puisse attendre la présence et la bénédiction de Dieu, quelque précieux ou important que puisse être le but qu'ils se proposent d'atteindre ensemble.
« Voici, l'obéissance vaut mieux que les sacrifices, et l'observation de sa parole vaut mieux que la graisse des béliers » (1 Samuel 15.22).
Les Associations philanthropiques
Nous n'avons plus qu'à considérer l'aspect philanthropique du joug mal assorti. Beaucoup diront : « Je conviens pleinement que nous ne devons pas nous unir pour le culte ou le service de Dieu avec des incrédules déclarés ; mais nous sommes bien libres de nous réunir à eux pour promouvoir des buts de philanthropie, comme par exemple, pour subvenir aux besoins des pauvres, leur distribuer du pain et des vêtements, pour réformer les mœurs, établir des asiles pour les aveugles, les aliénés, fonder des hospices et des hôpitaux pour les malades et les infirmes, des lieux de refuge pour ceux qui sont abandonnés, pour les veuves et les orphelins ; en un mot, pour tout ce qui peut contribuer à améliorer l'état physique, moral et intellectuel de nos semblables ! »
Tout cela paraît assez beau à première vue ; car on pourrait me demander si je ne voudrais pas aider un homme sur la route à retirer sa charrette du fossé. Je réponds : oui, certainement. Mais si l'on me demandait de devenir membre d'une société mélangée de croyants et de gens non convertis, qui aurait pour but de retirer les voitures des fossés, je refuserais ; non pas que je prétende à une plus grande sainteté, mais parce que la Parole de Dieu dit : « Ne vous mettez pas avec les infidèles sous un joug étranger » (2 Corinthiens 6.14). Telle serait ma réponse, quel que soit le but d'une telle société.
Il est commandé au disciple de Jésus-Christ d'être « propre à toute bonne œuvre » (2 Timothée 2.21), de « faire du bien à tous » (Galates 6.10), de « visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions » (Jacques 1.27) ; mais alors, c'est comme serviteur de Christ, et non pas comme membre d'une société ou d'un comité où des infidèles, des athées et toute sorte de méchants et d'impies pourraient également être admis.
De plus, nous devons nous souvenir que toute la philanthropie de Dieu se rattache à la croix du Seigneur Jésus-Christ. Voilà le canal par lequel Dieu veut dispenser ses bénédictions ; voilà le puissant levier au moyen duquel il veut élever l'homme physiquement, moralement et intellectuellement.
« Mais, lorsque la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes ont été manifestés, il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites, mais selon sa miséricorde, par le baptême de la régénération et le renouvellement du Saint-Esprit, qu'il a répandu sur nous avec abondance par Jésus-Christ notre Sauveur » (Tite 3.4-6).
Voilà comment Dieu s'y prend pour améliorer la condition de l'homme. Le chrétien peut aisément se placer sous le joug avec tous ceux qui comprennent la valeur de ce mode d'agir, mais avec aucun autre.
Les gens du monde n'en connaissent rien et ne s'en soucient pas. S'ils cherchent à réformer, c'est une réformation sans Christ. S'ils entreprennent d'améliorer, c'est une amélioration sans la croix. S'ils s'intéressent aux progrès moraux et intellectuels, Jésus n'est ni leur point de départ ni le but de leur course.
Comment donc le chrétien pourrait-il se placer sous le joug avec eux ? Ils veulent travailler sans Christ, qui est Celui-là même à qui le chrétien doit toutes choses. Peut-il être content de travailler avec eux ? Peut-il même avoir en vue quelque chose de commun avec eux ?
Si l'on vient me dire : « Nous avons besoin de votre coopération pour distribuer aux pauvres des vivres et des vêtements, pour fonder des hôpitaux et des maisons d'aliénés, pour pourvoir à l'entretien et à l'éducation des orphelins, pour améliorer l'état physique de nos semblables ; mais nous vous avisons que, d'après un principe fondamental de la société ou du comité formé à cet effet, le nom de Christ ne doit pas y être prononcé, car cela donnerait lieu à des controverses. Notre but n'étant pas du tout religieux, mais uniquement philanthropique, la religion doit être soigneusement exclue de toutes nos assemblées publiques. Nous nous réunissons comme hommes pour une œuvre de bienfaisance » ; quelle devrait être ma réponse à une telle demande ?
Le fait est que, pour celui qui aime vraiment le Seigneur Jésus, les paroles manqueraient pour répondre à un appel aussi inacceptable. Quoi ! Faire du bien aux hommes en excluant Christ ! À Dieu ne plaise. Si je dois atteindre les buts de la pure philanthropie en mettant de côté ce Sauveur béni, qui vécut et mourut, et qui vit éternellement pour moi, alors loin de moi votre philanthropie, car elle n'est certainement pas de Dieu, mais de Satan.
Si elle était de Dieu, la Parole dit : « qu'il a répandu sur nous avec abondance par Jésus-Christ » (Tite 3.6), Celui-là même que vos statuts laissent complètement de côté. Il en résulte que vos règlements doivent être inspirés par Satan, l'ennemi de Christ. Satan aime toujours à laisser de côté le Fils de Dieu ; et lorsqu'il parvient à persuader les hommes de faire de même, il leur permettra volontiers d'être bienfaisants, charitables et philanthropes.
Mais, de bonne foi, une telle bienfaisance, une telle philanthropie mériteraient qu'on les appelle malveillance et misanthropie ; car comment pourriez-vous plus efficacement montrer du mauvais vouloir et de la haine envers les hommes qu'en laissant de côté Celui qui seul peut les bénir pour le temps et l'éternité ?
Mais quel doit être, relativement à Christ, l'état moral d'un homme qui pourrait prendre place dans un comité ou sur une estrade à condition que ce Nom béni ne soit pas prononcé ? Il faudrait que son cœur soit bien froid pour Christ, en vérité. Cela prouverait que les projets et les œuvres d'hommes inconvertis lui paraîtraient assez importants pour le faire consentir à ce qu'on jette, pour ainsi dire, son Maître par-dessus bord, afin de pouvoir les mettre à exécution.
Ne nous méprenons pas à ce sujet. C'est là le vrai point de vue sous lequel il faut considérer la philanthropie du monde. Les hommes de ce monde peuvent « vendre le nard pur trois cents deniers et les donner aux pauvres » (Jean 12.5), tandis qu'ils déclarent que c'est une perte de répandre ce parfum sur la tête du Christ.
Le chrétien peut-il adhérer à ce jugement ? Peut-il se mettre sous le joug avec de tels hommes ? Peut-il entreprendre de réformer le monde sans Christ ? Peut-il se joindre à ceux qui cherchent à masquer et à embellir une scène qui est souillée du sang de son Maître ?
Pierre pouvait dire : « Je n'ai ni argent, ni or ; mais ce que j'ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi et marche » (Actes 3.6). Pierre voulait guérir un infirme par la puissance du nom de Jésus.
Mais qu'aurait-il dit si on lui avait proposé de se joindre à un comité ou à une société pour assister les infirmes, à la condition de mettre ce nom tout à fait de côté ?
Nous pouvons, sans grand effort d'imagination, concevoir ce qu'il aurait répondu. Son âme tout entière aurait reculé d'effroi devant une telle pensée. S'il a guéri l'infirme, c'est uniquement dans le but d'exalter le nom de Jésus, d'en manifester toute la valeur, toute l'excellence et toute la gloire à la vue des hommes. Mais le but de la philanthropie du monde est précisément le contraire, en tant qu'elle met entièrement de côté ce Nom béni et le bannit du sein de ses comités et du haut de ses estrades.
N'avons-nous donc pas le droit de dire : « Honte au chrétien qui se trouve dans une place d'où son Maître est banni ! » Ah, qu'il s'en retire, et que, dans l'énergie de l'amour de Jésus et par la puissance de son Nom, il fasse tout le bien qu'il peut ; mais qu'il ne se mette pas sous le joug avec les incrédules pour combattre les tristes conséquences du péché en excluant la croix de Christ.
Le grand objet de Dieu est d'exalter son Fils : « afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père » (Jean 5.23). Ceci doit aussi être le grand objet des œuvres du chrétien. Dans ce but, il doit « faire du bien à tous » (Galates 6.10). Mais s'il se joint à une société ou à un comité pour faire du bien, ce n'est pas « au nom de Jésus » qu'il agit, mais au nom de la société ou du comité, sans le nom de Jésus.
Cela devrait suffire à tout cœur droit et loyal. Dieu n'a pas d'autre voie de bénir les hommes si ce n'est par Christ ; et pas d'autre but en les bénissant si ce n'est d'exalter Christ. Comme du temps de Pharaon, quand les Égyptiens affamés accouraient à lui en foule, il leur disait : « Allez à Joseph » (Genèse 41.55) ; de même, la Parole de Dieu dit à tous : « Allez à Jésus ! »
Oui, il faut que nous allions à Jésus pour l'âme et pour le corps, pour le temps et pour l'éternité. Mais les gens du monde ne le connaissent pas et ne sentent pas le besoin de Lui. Qu'est-ce donc que le chrétien pourrait avoir à faire avec eux ? Comment peut-il travailler sous un même joug avec eux ? Il ne le peut qu'en reniant d'une manière pratique le nom de son Sauveur.
Il y en a beaucoup qui ne voient pas cela ; mais ce fait ne saurait rien y changer pour ceux qui agissent ainsi. Nous devons marcher honnêtement, comme dans la lumière ; et quand même les sentiments et les affections de la nouvelle nature ne seraient pas suffisamment forts en nous pour nous faire repousser aussitôt la seule pensée d'aller nous placer dans les rangs des ennemis de Christ, la conscience devrait, tout au moins, se soumettre à l'autorité impérative de cette parole : « Ne vous mettez pas avec les infidèles sous un joug étranger » (2 Corinthiens 6.14).
Que le Saint-Esprit veuille revêtir sa Parole d'une puissance céleste et en aiguiser le tranchant pour qu'elle pénètre dans la conscience, afin que les saints soient délivrés de tout ce qui les empêche vraiment de « courir avec persévérance dans la carrière qui nous est ouverte » (Hébreux 12.1).
Le temps est court. Le Seigneur lui-même apparaîtra bientôt. Alors plus d'un joug mal assorti sera rompu en un clin d'œil ; des brebis et des boucs seront alors éternellement séparés.
Puissions-nous être rendus capables de nous purifier de toute association impure et de toute influence profane, afin que, quand Jésus viendra, nous ne soyons pas couverts de honte, mais que nous puissions aller à sa rencontre avec des cœurs joyeux et des consciences qui nous approuvent.
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