6. Le Chemin vers le lieu Très Saint
Chap: 6 - « Rendu parfait par les souffrances » - Il n’existe aucun livre capable de traverser l’épreuve de la tristesse et de la souffrance comme la Bible. La raison en est simple : ce Livre est né au milieu des épreuves.
« Il convenait, en effet, que celui pour qui et par qui sont toutes choses, et qui voulait conduire à la gloire beaucoup de fils, élevât à la perfection par les souffrances le Prince de leur salut » (Hébreux 2.10).
D’autres ouvrages peuvent nous plaire lorsque tout va bien et que le cœur est léger, mais lorsque les jours deviennent sombres, nous les mettons de côté et nous revenons avidement à la Bible. ce livre porte les larmes de ceux qui l’ont écrit et celles de ceux à qui il était destiné.
Prenez par exemple cette épître. Elle avait pour but de réconforter la profonde détresse de ces chrétiens d’origine juive, qui subissaient une double tempête. D’une part, ils affrontaient l’opposition et la persécution inévitables que tous les disciples du Nazaréen devaient rencontrer, non seulement de la part des païens, mais surtout de la part de leurs propres compatriotes, qui les considéraient comme des apostats.
Il y avait ensuite la douleur d’être exclus des rites splendides du Temple, avec son service quotidien, ses grandes fêtes et son magnifique cérémonial. Seuls ceux qui, depuis l’enfance, ont eu l’habitude d’adorer dans une cathédrale majestueuse ; avec son orgue puissant, son chœur aux voix pleines et son architecture mystérieuse qui captive tous les sens ; mais qui ont ensuite dû se joindre au culte d’un petit groupe réuni dans un lieu simple et discret, peuvent comprendre à quel point ces croyants regrettaient les pratiques religieuses de leurs premiers jours.
Et puis, il y avait ce Messie souffrant, couronné d’épines, mourant ! Il semblait presque impossible d’admettre qu’il était vraiment le Christ attendu par tout le peuple. Les mêmes objections qui avaient troublé la foi des deux disciples d’Emmaüs revenaient avec une force presque irrésistible :
« Les chefs des prêtres et nos dirigeants l’ont fait crucifier ; et pourtant, nous espérions que c’était lui qui devait délivrer Israël » (Luc 24.20).
Il n’y a ici aucune tentative pour minimiser les souffrances du Christ. Ce serait impossible et inutile. Il est le Roi dans le royaume de la douleur, sans égal dans sa peine, souverain dans sa détresse. Même si la terre est remplie de personnes qui souffrent, personne ne peut être comparé à notre Seigneur dans ce qu’il a enduré.
La nature humaine est limitée : nos joies comme nos peines atteignent vite leurs limites, et le pendule ne peut osciller que dans un certain espace. Mais qui pourrait mesurer la capacité de la nature du Christ ? Grâce à cette nature, il pouvait goûter une joie plus profonde que celle de tout autre homme, et une tristesse si intense qu’elle donne tout son poids à ces paroles : « Regardez et voyez s’il est une douleur pareille à ma douleur, que l’Éternel m’a infligée au jour de son ardente colère » (Lamentations 1.12).
Si, comme le dit « Carlyle », notre tristesse est l’image inversée de notre noblesse, combien immense a dû être la tristesse du plus noble de tous les hommes ! La liturgie grecque peut bien parler, avec un pathos infini, de ses « douleurs inconnues ».
Les souffrances du Christ devraient‑elles nous pousser à le rejeter ? Quelle étrange aveuglement ! Ce serait comme rejeter le ciel à cause du soleil, ou la nuit à cause de la lune majestueuse ; comme refuser une couronne à cause de son joyau, ou le foyer à cause de la mère qui s’y trouve. Les souffrances du Christ sont en réalité la plus grande gloire de l’Évangile. Lui‑même en porte les marques dans le ciel, comme un général qui, le jour de son triomphe, choisit de porter sur sa poitrine sa plus haute décoration.
Et c’est bien le choix délibéré de celui « pour qui sont toutes choses et par qui sont toutes choses », qui avait donc tous les moyens possibles à sa disposition, que le chemin de la souffrance soit la route empruntée par son Fils en venant dans notre monde. Chaque sentier de la création est aussi familier à l’Omniscience que les chemins des collines le sont au vieux berger drapé dans son plaid. Si le Père l’avait voulu, il aurait pu conduire le Fils à la gloire par une autre voie que ce chemin dur, épineux et semé de pierres.
Mais les raisons de cette expérience étaient si fortes qu’il ne pouvait en être autrement. Rien d’autre n’aurait été approprié. Ces raisons peuvent presque se résumer en une seule phrase.
Notre Père accomplit une œuvre encore plus grande que la création elle‑même : il « conduit de nombreux fils à la gloire » (Hébreux 2.10). Le chemin peut être rude et pénible, mais il mène à la gloire. C’est ce chemin que notre Père nous fait suivre, car puisque nous croyons au Fils, nous avons le droit d’être appelés fils (Jean 1.12). Et nous sommes très nombreux : beaucoup de fils, même s’il n’y a qu’un seul Fils unique. Nous ne marchons pas seuls sur ce sentier étroit ; nous faisons partie d’une multitude que personne ne peut compter.
La gloire dont nous avons parlé, celle dans laquelle Jésus est entré, n’est pas réservée à lui seul : elle est aussi destinée à nous. « Beaucoup de fils » doivent devenir ses cohéritiers, régner avec lui sur son trône, partager ses richesses insondables et son règne éternel.
Mais tous ces fils doivent passer par le chemin de la souffrance.
Depuis que le premier péché a apporté la douleur à nos premiers parents, et que le premier foyer a été marqué par le sang versé, il n’y a eu qu’un seul destin pour ceux qui veulent vivre pieusement. Leur route mène à la gloire, mais chaque pas est marqué par leur sang et arrosé de leurs larmes. Elle monte jusqu’au sommet de l’Hermon, mais redescend aussitôt dans des plaines sombres, hantées par l’ennemi.
Elle conduit au mont des Oliviers, baigné de la lumière de l’ascension, mais elle passe d’abord par les clairières de Gethsémané, par le pressoir de Golgotha, puis par la solitude et les ténèbres du tombeau : « Le chemin de la douleur, et ce chemin seul, conduit au pays où la tristesse est inconnue ! »
Quelle âme authentique n’a pas connu son propre désert de tentation, ses affrontements avec des contradicteurs acharnés, ses heures d’épuisement et de veille, ses larmes versées sur des villes remplies d’hommes rebelles, ses déceptions causées par des amis, ses persécutions venues d’ennemis, le rejet, l’agonie, la solitude, l’abandon, les reniements, les épreuves, les trahisons, la mort et les enterrements ? C’est la coupe que les plus nobles et les plus saints ont dû boire dans le calice d’or de la vie.
Prévenant nos besoins, notre Père nous a donné un Chef.
C’est une grande bénédiction pour un groupe de pèlerins d’avoir un guide au grand cœur, pour une armée d’avoir un capitaine, pour un peuple en marche d’avoir un Moïse. Les chefs courageux, sages et forts sont de véritables dons de Dieu. Il était donc naturel que Dieu place un tel Chef, efficace, royal et divin, à la tête de la longue procession de pèlerins qu’il conduit vers la gloire. Sa présence rend les peines plus légères et le chemin moins long ; les retardataires accélèrent le pas, et ceux qui s’égarent sont ramenés sur la bonne route par sa voix et son exemple.
Vous qui êtes héritiers de la gloire, fatigués par une marche longue et difficile, souvenez‑vous que vous appartenez à une grande armée. Le Prince qui marche en tête est déjà entré depuis longtemps dans la cité, mais il revient sans cesse, comme une inspiration vivante, parcourir les rangs de ceux qui peinent encore.
Notre Chef est parfait. Cela ne concerne pas seulement ses qualités morales ou spirituelles. Dans ces domaines, il possède la stature de l’Homme parfait et a accompli, dans les moindres détails, l’idéal de Dieu pour l’humanité. Mais il aurait pu être tout cela sans être parfaitement qualifié pour conduire de nombreux fils à travers la souffrance jusqu’à la gloire. Il aurait pu avoir un caractère parfait et vouloir nous aider ; mais s’il n’avait jamais goûté la mort, comment pourrait‑il apaiser nos craintes lorsque nous approchons du Jourdain ? S’il n’avait jamais été tenté, comment pourrait‑il secourir ceux qui le sont ? S’il n’avait jamais pleuré, comment pourrait‑il sécher nos larmes ? S’il n’avait jamais souffert, eu faim, connu la fatigue sur la colline de la difficulté ou traversé les marécages du chagrin, comment pourrait‑il être un Souverain Sacrificateur miséricordieux et fidèle, compatissant envers les ignorants et ceux qui s’égarent ?
Mais grâce à Dieu, notre Chef est parfait : il est parfaitement adapté à sa mission. Son « certificat », confirmé par la voix de l’inspiration, atteste qu’il est pleinement qualifié. Et cette perfection dans l’efficacité est le fruit de la souffrance. Il n’existait aucun autre moyen par lequel il aurait pu être aussi parfaitement préparé à être notre Chef que par l’épreuve de la souffrance. Chaque douleur, chaque larme, chaque frisson a contribué à l’équiper pour nous secourir.
Nous pouvons en conclure que la souffrance nous est parfois permise pour nous rendre, à notre humble mesure, capables d’être des guides et des consolateurs pour nos frères qui chancellent en chemin. La prochaine fois que nous souffrirons, croyons que ce n’est ni le hasard, ni le destin, ni la négligence humaine, ni la malveillance de l’ennemi, mais peut‑être Dieu qui perfectionne en nous la capacité de réconforter et d’aider les autres.
Dans votre entourage, n’y a‑t‑il pas des personnes vers lesquelles vous vous tournez spontanément lorsque vous traversez l’épreuve ou la tristesse ? Elles semblent toujours trouver le mot juste, donner exactement le conseil que vous espérez. Pourtant, vous ne mesurez pas le prix qu’elles ont dû payer avant de devenir capables de soigner les blessures profondes et de sécher les larmes. Si vous examiniez leur histoire, vous découvririez qu’elles ont souffert plus que beaucoup d’autres. Elles ont vu se défaire lentement le « cordon d’argent » auquel la lampe de la vie était suspendue. Elles ont vu la coupe d’or de la joie se briser à leurs pieds et son contenu se répandre.
Elles ont veillé au chevet de vies qui déclinaient, assisté à des forces qui s’éteignaient, à des « couchers de soleil de midi ». Mais tout cela a été nécessaire pour faire d’elles des nourrices, des médecins, des prêtres pour leurs semblables.
Les caisses venues de pays lointains sont parfois grossières, mais elles renferment des épices qui embaument l’air du parfum de l’Orient. De même, la souffrance est rude et difficile à porter, mais elle contient une discipline, une formation, des possibilités qui non seulement nous rendent plus nobles, mais nous préparent à aider les autres. Ne vous inquiétez donc pas, ne vous crispez pas, ne vous contentez pas d’attendre que la souffrance passe : tirez‑en tout ce que vous pouvez, pour vous‑même et pour le service que vous rendrez à votre génération, selon la volonté de Dieu.
La souffrance forme la sympathie ; elle adoucit l’esprit, rend le geste plus délicat, le pas plus discret. Elle apprend à reconnaître de loin les signes d’un chagrin que personne n’exprime. Elle enseigne à l’âme à compter les promesses de Dieu, qui brillent comme les constellations du cercle arctique, d’autant plus éclatantes dans la nuit hivernale. Elle donne à l’esprit une profondeur, une finesse, une richesse qu’il ne pourrait acquérir autrement. C’est par la souffrance qu’il est devenu parfait.
Les souffrances de Christ ont obtenu notre pardon.
Il a goûté la mort pour chaque être humain. Mais ses souffrances ont fait encore plus : elles lui ont permis de comprendre, par expérience, et d’apaiser avec la tendresse de quelqu’un qui a souffert, toutes les peines et toutes les douleurs ressenties par les plus faibles et les plus fatigués de la grande famille de Dieu.
Ainsi, loin de nous détourner de lui à cause de ses souffrances, celles‑ci nous attirent d’autant plus près de lui. Et, au milieu de nos chants de joie, une vérité dominera : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses, et qu'il entrât dans sa gloire ? » (Luc 24.26).
« Et je vis, au milieu du trône et des quatre êtres vivants et au milieu des vieillards, un agneau qui était là comme immolé » (Apocalypse 5.6).
Les livres de Frederick B. Meyer en Pdf
➲ REUNION SUR ZOOM
Edification
Enseignements
➲ NOUVEAUX EBOOKS
PDF Révisés

