19. Le Chemin vers le lieu Très Saint
Chap: 19 - Les deux alliances - Un mot nouveau apparaît, et il peut rebuter certains parce qu’il semble trop théologique ; pourtant il renferme des profondeurs de sens et d’intérêt pour chacun de nous. Ce mot, c’est « Alliance ».
« Je mettrai mes lois dans leur esprit, Je les écrirai dans leur cœur ; et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple » (Hébreux 8.10).
Nous comprenons tous assez bien les alliances que les hommes concluent entre eux au sujet d’une propriété ou d’autres affaires de la vie quotidienne : l’un s’engage à faire certaines choses, à condition que l’autre s’engage à en faire d’autres. Une fois les engagements fixés, ils sont rédigés, signés, scellés ; et dès lors, chacun est tenu d’accomplir sa part.
De manière semblable, en s’adaptant à nos façons de penser et d’agir, le Dieu éternel est entré en alliance avec les âmes fidèles et obéissantes. On ne peut mesurer la condescendance qu’il manifeste ainsi, ni l’honneur et l’avantage qu’il place à notre portée. Cela semble presque trop merveilleux pour être vrai ; pourtant cela doit l’être, car jamais une telle idée n’aurait pu naître dans l’esprit humain si Dieu ne l’avait révélée. Comparée à l’alliance entre un prince et un mendiant, ou entre William Penn et les tribus amérindiennes, l’alliance entre Dieu et l’âme humaine rend toutes les autres insignifiantes.
Les théologiens ont distingué plusieurs types d’alliances dans l’histoire biblique, mais il suffit ici de considérer les deux mentionnées dans ce passage : l’Ancienne et la Nouvelle. Toute l’argumentation repose sur Jérémie 31.31‑34, où Dieu distingue l’alliance conclue avec les pères lors de la sortie d’Égypte, et la nouvelle alliance, encore future du temps du prophète. Moïse fut le médiateur de la première ; Jésus est celui de la seconde.
L’alliance mosaïque fut souvent répétée dans des termes d’une grande grâce et d’une profonde solennité.
Prenons par exemple la scène où la multitude campait dans la plaine au pied du Sinaï, au troisième mois après l’Exode. Il n’y avait pas encore de nuée ni de feu sur la montagne, mais une proposition fut faite au peuple. S’ils obéissaient à la voix de Dieu et gardaient sa parole, Dieu ferait deux choses : il les considérerait comme son trésor particulier au‑dessus de tous les peuples, et il ferait d’eux un royaume de sacrificateurs et une nation sainte (Exode 19.5‑6).
Sans mesurer le coût ni comprendre pleinement ce que cela impliquait, le peuple répondit d’une seule voix : « Nous ferons tout ce que l’Éternel a dit » (Exode 19.8). Ainsi, ils entrèrent en alliance.
Peu après, lorsque les Dix Commandements furent donnés, les termes de l’alliance du côté de Dieu furent encore élargis. Si le peuple obéissait, Dieu promettait une abondance de bénédictions couvrant tous les besoins de la vie (Exode 23.22‑31). Et de nouveau, le peuple répondit unanimement : « Nous ferons tout ce que l'Eternel a dit » (Exode 24.3).
Ce n’était pas tout. Lorsque ces engagements furent consignés dans le Livre de l’Alliance et lus publiquement, au milieu de la ratification solennelle par le sang, le peuple répéta une nouvelle fois : « Tout ce que l’Éternel a dit, nous le ferons et nous obéirons » (Exode 24.7). Mais comme ils se connaissaient peu ! En une ou deux semaines, ils dansaient autour du veau d’or ; et en quelques mois, pas un seul ne pouvait prétendre avoir gardé l’alliance jusque dans ses moindres détails. Au contraire : « une alliance qu’ils ont rompue, dit l’Éternel » (Jérémie 31.32). Que pouvait‑on attendre d’autre ? Même lorsque Moïse leur écrivit une seconde déclaration détaillée des conditions de l’alliance dans le Deutéronome, avec encore ce refrain répété : « Vous observerez et vous mettrez en pratique ! », ils étaient incapables de la garder.
Il y avait deux grands défauts dans cette ancienne alliance, tous deux provenant de la faiblesse de la nature humaine. D’abord, elle ne donnait aucun pouvoir intérieur, aucune force morale permettant à ceux qui y entraient d’accomplir ce qu’ils avaient promis. Ensuite, elle ne pouvait pas effacer réellement les péchés qui résultaient de leur incapacité à tenir leurs engagements (Hébreux 9.9).
La plupart des hommes qui aspirent à une vie religieuse passent par une expérience semblable.
Lorsque nous sommes pour la première fois rachetés par le sang de l’Agneau et introduits dans la vie nouvelle, nous avons l’impression de nous tenir à nouveau au pied du Sinaï ; ou plutôt, notre conscience devient notre Sinaï, et du sommet de cette montagne intérieure nous croyons entendre Dieu nous promettre d’être notre Dieu si nous obéissons à sa voix en toutes choses. Et nous nous engageons aussitôt à le faire. Nous ne sommes pas hypocrites : nous avons réellement l’intention d’obéir.
L’idéal de vie qui nous est présenté nous attire profondément ; il n’est pas seulement désirable pour les bénédictions qu’il promet, il est beau en lui‑même. Mais nous commettons une grave erreur en nous engageant ainsi, car nous entreprenons quelque chose qui dépasse totalement nos forces.
Un paralysé pourrait tout aussi bien décider d’escalader le Mont Blanc, ou un homme ruiné de rembourser toutes ses dettes. Nous découvrons bientôt que le péché a paralysé tous les nerfs moteurs de notre être moral. Le bien que nous voudrions faire, nous ne le faisons pas ; et le mal que nous voudrions éviter, nous le commettons. Nous sommes captifs de la loi du péché dans nos membres, qui combat la loi de notre esprit. Nous essayons de nous secouer comme autrefois, mais nous ne savons pas que des rasoirs sont passés sur nos mèches de force, nous laissant impuissants comme Samson après sa chute.
Il semble regrettable que chacun doive apprendre par lui‑même l’inutilité de ces efforts, au lieu de profiter de l’expérience des autres et des avertissements du passé. Pourtant, c’est ainsi. L’un après l’autre, nous essayons de mériter la présence, le sourire et la bénédiction de Dieu en étant bons, obéissants, scrupuleux dans l’observation des règles, des formes et des prescriptions. Cela semble fonctionner un moment, puis tout s’effondre. Nous sommes déconcertés et vaincus, comme ces oiseaux de mer qui se jettent contre la tour d’un phare en pleine tempête, puis retombent blessés dans l’écume en contrebas.
Nous sommes lents à comprendre que, tout comme nous recevons la justification, nous devons aussi recevoir la sanctification comme un don gratuit de Dieu.
Si quelqu’un qui lit ces lignes essaie encore de maintenir une relation avec Dieu sur la base de ses propres efforts ; essayer, faire, garder ; plus tôt cette âme reconnaîtra l’inévitabilité de l’échec, non par manque de volonté, mais par faiblesse de nature, et se tournera vers la grâce révélée dans la seconde et meilleure alliance, plus vite elle trouvera un lieu de repos sûr et heureux, d’où elle ne sera ni troublée ni chassée pour l’éternité.
La meilleure alliance.
Elle est tellement meilleure que celle de Moïse, et cela de la manière suivante : alors que l’ancienne alliance engageait Dieu à de grandes promesses, la nouvelle en contient de bien meilleures (v. 6), qui méritent toute notre attention. Mais surtout, elle ne nous impose aucun engagement préalable. Il n’y a pas de « si », pas d’obligation d’observer pour obtenir, pas de conditions d’obéissance à remplir. Du début à la fin, elle repose entièrement sur les volontés du Très‑Haut. Comptez‑les dans cette magnifique énumération (v. 10-12), puis osez demander que chacune d’elles s’accomplisse dans votre propre vie, car c’est l’alliance sous laquelle nous vivons et par laquelle nous avons accès à Dieu.
« J’écrirai mes lois dans leur cœurs » (Hébreux 10.16). Cela touche la faculté de penser, de se souvenir, de raisonner. Quelle bénédiction de les avoir là, toujours présentes, comme inscrites sur les montants et les linteaux de notre vie intérieure, appelant au respect et exigeant une attention quotidienne.
« Je les écrirai sur leur cœur ! » Le cœur est le siège des émotions et des affections. Si la loi y est écrite, elle engage notre amour. Et ce qu’un homme aime, il le suit presque inévitablement. « Un peu plus bas ! », dit un vieux soldat mourant, alors qu’on cherchait la balle logée dans sa poitrine, « et vous trouverez l’Empereur ! » Ainsi, chez le chrétien entré dans l’alliance de Dieu, la loi est gravée au plus profond de ses affections. Il obéit parce qu’il aime obéir. Il reste au service de son Maître, non par contrainte, mais par choix, disant, comme l’esclave dont l’oreille est percée : « J’aime mon Maître, je ne veux pas être libre » (Exode 21.5).
« Ils seront mon peuple, et je serai leur Dieu » (Jérémie 32.38). La seconde clause est encore plus précieuse que la première, car elle implique la puissance protectrice de Dieu. Son peuple s’était tellement éloigné de lui qu’il l’appela un jour : « Lo-Ammi ; car vous n'êtes pas mon peuple » (Osée 1.9).
Mais si nous devons être son peuple, un peuple qui lui appartient en propre, cela ne peut venir que de l’œuvre de son Esprit de grâce, qui nous garde comme le soleil retient les planètes dans leur orbite.
« Tous me connaîtront » (Hébreux 8.11). Quel ravissement ! Est‑ce possible ? Connaître Dieu ! Connaître les profondeurs de Dieu. Le connaître, ou être connu de lui. Le connaître comme Abraham, à qui il révélait ses secrets ; comme Moïse, qui parlait avec lui face à face ; comme Jean, qui le contemplait dans les visions de l’Apocalypse. Et ce privilège est offert même au plus petit !
« Je ferai miséricorde à qui je fais miséricorde, et j'aurai compassion de qui j'ai compassion » (Romains 9.15). Dans l’ancienne alliance, il y avait peu de place pour la miséricorde. C’était un contrat : si l’une des parties manquait, l’autre n’était plus tenue. L’échec d’un seul point annulait tout. Mais ici, il n’y a pas une telle rigueur. Au contraire, la miséricorde est intégrée à la relation et y exerce son règne bienfaisant.
« Je ne me souviendrai plus de leurs péchés ni de leurs iniquités » (Hébreux 10.17). Comme une écriture effacée d’une ardoise, ainsi sera le péché : comme s’il était retiré de la mémoire de Dieu. Oublié comme une dette payée depuis longtemps. Si complètement mis de côté qu’il sera comme s’il n’avait jamais existé. Si on le cherche, on ne le trouvera pas.
L’acte est cloué, la pierre jetée dans les profondeurs de la mer, le nuage dissous dans la chaleur de l’été. Les frères de Joseph, après la mort de leur père, craignaient encore qu’il nourrisse du ressentiment ; mais leurs craintes étaient sans fondement. L’offense avait disparu de son cœur, et Joseph pleura lorsqu’ils lui parlèrent. C’est ainsi que Dieu cesse de considérer nos péchés, et il s’attriste lorsque nous refusons de croire à la profondeur de son pardon.
Jouissez‑vous des termes de cette alliance dans votre vie quotidienne ? Dieu est prêt à les accomplir exactement comme il les a formulés. Comptez sur lui pour faire ce qu’il a promis. Fiez‑vous à sa fidélité. Réclamez que chaque engagement s’accomplisse en vous, jusqu’aux limites mêmes de sa richesse et de votre besoin. N’essayez pas d’ajouter des conditions ou des exigences qu’il n’a jamais posées ; acceptez avec joie la position où vous ne faites rien pour mériter ou gagner, mais recevez tout ce que Dieu donne, gratuitement, sans argent et sans prix.
Vous demandez peut‑être comment Dieu peut appeler cela une alliance, alors qu’il n’y a pas de seconde partie contractante. La réponse est très simple : Jésus‑Christ s’est tenu à notre place. Il n’a pas seulement négocié cette alliance, il en a aussi accompli toutes les conditions, en notre nom et pour notre compte. Il a porté la peine de notre faiblesse et de nos transgressions. Il a satisfait à toutes les exigences d’une obéissance parfaite et ininterrompue. Il s’est engagé à produire en nous, par le don du Saint‑Esprit, une sainteté que nous n’aurions jamais pu atteindre par nos propres efforts.
Parce qu’il est devenu notre Garant et notre Caution, Dieu peut entrer avec nous dans cette relation généreuse, sans mentionner le prix immense payé par son Fils, mais en nous permettant d’en recevoir tous les bénéfices. La seule condition est que nous nous identifiions à Christ par une foi vivante, lui confiant toutes les transactions spirituelles, et nous soumettant aux décisions de sa volonté. C’est cela, la nouvelle et meilleure alliance, qui a remplacé l’ancienne.
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