13. Le Chemin vers le lieu Très Saint
Chap: 13 - Gethsémané - Huit oliviers anciens marquent encore l’emplacement de Gethsémané ; il n’est pas impossible qu’ils aient été témoins de la scène mystérieuse et bouleversante évoquée ici.
« C'est lui qui, dans les jours de sa chair, ayant présenté avec de grands cris et avec larmes des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et ayant été exaucé à cause de sa piété, a appris, bien qu'il fût Fils, l'obéissance par les choses qu'il a souffertes » (Hébreux 5.7‑8).
Huit oliviers anciens marquent encore l’emplacement de Gethsémané ; il n’est pas impossible qu’ils aient été témoins de la scène mystérieuse et bouleversante évoquée ici. Et quelle scène ! Elle aurait suffi, à elle seule, à rester unique dans toute l’histoire du monde, si elle n’avait pas été suivie de quinze heures d’un mystère encore plus profond.
Les mots les plus forts de la langue grecque sont employés pour décrire l’angoisse aiguë que le Sauveur traversa dans ce jardin. « Il commença à être attristé » (Matthieu 26.37), comme si, dans toutes ses expériences précédentes, il n’avait jamais connu une telle tristesse. « La frayeur s'empara de lui » (Luc 1.12), comme si son esprit vacillait sous le choc. « Il fut très accablé », son âme s’affaissait sous le poids de la douleur, comme plus tard son corps s’affaisserait sous le poids de la croix. Le terme peut même signifier qu’il était si bouleversé qu’il en était presque hors de lui. Et le Seigneur lui‑même n’aurait pu trouver de mot plus fort que celui qu’il prononça : « Mon âme est triste jusqu’à la mort » (Matthieu 26.38).
L’évangéliste Luc nous donne la preuve la plus saisissante de cette agonie lorsqu’il rapporte que sa sueur devint comme des gouttes de sang tombant sur le sol refroidi par la nuit. Et la touche finale est donnée par ces mots : « de grands cris et des larmes » (Hébreux 5.7).
Les souffrances qu’il endura.
Quelles étaient‑elles ? Elles n’étaient pas celles du Substitut. L’Écriture montre clairement que l’œuvre de substitution fut accomplie sur la croix. Là, la robe de notre justice fut tissée d’un seul tenant. C’est sur le bois qu’il porta nos péchés en son propre corps. C’est par son sang que nous avons été rapprochés de Dieu. C’est par la mort du Fils de Dieu que nous avons été réconciliés avec lui.
Les nombreuses références bibliques, et particulièrement celles de cette épître, au sacrifice montrent que c’est dans l’acte même de mourir que la loi fut magnifiée, honorée, et que tout obstacle fut ôté, permettant à l’amour de Dieu de poursuivre librement ses desseins de miséricorde.
Nous ne comprendrons jamais pleinement, ici‑bas, comment Jésus a accompli la réconciliation pour les péchés du monde, ni comment ce qu’il a porté peut être l’équivalent de la peine due par une humanité pécheresse. Nous n’avons aucun point de comparaison, aucune mesure capable de sonder un tel mystère. Mais nous pouvons accueillir avec gratitude ce fait, répété sans cesse dans l’Écriture : il a ôté la malédiction, expié la culpabilité humaine, et accompli une œuvre plus que suffisante pour remplacer toutes les souffrances qu’une race coupable aurait dû porter. Le mystère dépasse nos mots, mais la foi le saisit ; et, sur les hauteurs où elle se tient, l’amour discerne intuitivement la signification de la mort du Christ, même si elle ne possède pas encore le langage pour l’exprimer pleinement. Peut‑être qu’à travers mille actes d’abnégation, elle apprendra peu à peu les mots qui lui permettront un jour de comprendre et d’expliquer ce mystère.
Mais ce qu’il faut souligner ici, c’est que les souffrances du Jardin ne faisaient pas partie de l’acte de substitution, même si elles y étaient intimement liées. Gethsémané n’était pas l’autel, mais le chemin qui y conduisait.
Les souffrances du Seigneur à Gethsémané ne pouvaient venir de la peur des douleurs physiques qui l’attendaient. Une telle idée serait incompatible avec la force héroïque, le silence majestueux, la souveraine maîtrise de lui‑même avec lesquels il affronta la souffrance jusqu’à rendre l’esprit ; une attitude qui arracha même à un soldat romain, endurci et blasé, des paroles de respect.
D’ailleurs, si la simple perspective de la flagellation et de la crucifixion avait suffi à arracher à notre Seigneur ces cris, ces larmes et cette sueur de sang, il se serait trouvé, en apparence, au-dessous du niveau atteint par une multitude de ses disciples qui, par la foi en lui, ont affronté la mort avec une paix et un courage remarquables.
Des vieillards comme Polycarpe, de très jeunes filles comme Blandine, de timides garçons comme Attale, ont envisagé d’avance, avec un calme que rien ne troublait, des supplices bien plus longs, plus atroces, plus inhumains, et les ont endurés avec une fermeté inébranlable. Même des criminels endurcis sont montés à l’échafaud sans trembler ni sangloter. Assurément, la foi la plus élevée ne devrait pas se montrer moins courageuse que l’indifférence la plus brutale devant les solennités de la mort et de l’éternité.
On a justement dit qu’il n’existe aucune passion dans l’esprit humain, si faible soit-elle, qui ne puisse dominer la peur de la mort. Il est donc impossible de penser que la crainte de la souffrance physique ou de l’humiliation ait pu ébranler ainsi l’âme de notre Sauveur.
Mais il anticipait d’autres souffrances : celles qu’il devait porter comme propitiation pour le péché. Il savait qu’il allait être placé dans la plus étroite association avec ce mal qui ravage le bonheur humain et offense la nature divine. Il savait que, s’étant identifié à notre race déchue, il devait, d’une manière profonde et mystérieuse, être fait péché, porter notre malédiction et notre honte, être rejeté par les hommes et, en apparence, abandonné par Dieu. Il connaissait, comme nous ne le connaîtrons jamais, l’horreur du péché, sa nature hideuse, et ce que cela signifiait d’être le point de convergence où les iniquités de l’humanité entière allaient se rencontrer ; de devenir le bouc émissaire chargé d’une culpabilité qui n’était pas la sienne ; d’emporter les péchés du monde. Pour un être aussi saint, aussi sensible, tout cela dépassait toute mesure d’effroi.
Il le savait depuis toujours. Il était l’Agneau immolé dès avant la fondation du monde. Chaque fois qu’un pécheur repentant immolait un agneau, chaque fois qu’un bouc émissaire était envoyé dans le désert, chaque fois qu’un pigeon était plongé dans l’eau rougie par le sang de son compagnon, il y voyait l’annonce de ce qui devait venir. Avant même son incarnation, il savait où, dans la forêt, poussait la jeune tige qui deviendrait l’arbre dont serait tirée sa croix. Il l’avait nourrie de sa pluie et de son soleil. Souvent, durant son ministère, il regardait au-delà des événements immédiats vers cet instant suprême qu’il appelait son « heure ». Et à mesure qu’elle approchait, son âme humaine était écrasée par la perspective de porter le poids du péché du monde. Sa nature humaine ne reculait pas devant la mort en tant que telle, mais devant la mort qu’il devait subir comme propitiation pour nos péchés ; non seulement les nôtres, mais ceux du monde entier.
Six mois avant sa mort, il avait pris la résolution de monter à Jérusalem, avec sur son visage une expression d’angoisse si profonde qu’elle remplit ses disciples de stupeur. Lorsque les Grecs vinrent le voir, lui rappelant par leurs questions qu’il devait bientôt tomber en terre et mourir, son âme fut si troublée qu’il s’écria : « Père, sauve-moi de cette heure ! » (Jean 12.27). Et maintenant, avec de grands cris et des larmes, il suppliait son Père, demandant que, si c’était possible, la coupe s’éloigne de lui. Là, c’était son âme humaine qui parlait. Quant à son dessein divin de rédemption, il n’y avait en lui ni hésitation ni vacillement. Mais, en tant qu’homme, il demandait s’il n’existait pas une autre voie pour accomplir l’œuvre à laquelle il avait consacré son cœur.
Mais il n’y avait pas d’autre chemin. La volonté du Père, celle qu’il était descendu du ciel pour accomplir, traçait la route rude et pierreuse qui montait au Calvaire, le traversait, et descendait jusqu’au tombeau. Et aussitôt, il accepta cette voie. Avec ces mots : « Père, si tu voulais éloigner de moi cette coupe ! Toutefois, que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne » (Luc 22.42), il s’avança sur les pierres qui allaient meurtrir ces pieds bénis, faisant jaillir des ruisseaux de sang.
Ses grands cris et ses larmes.
Notre Seigneur se tourna vers cette ressource qui demeure accessible à tous, et qui devient particulièrement précieuse pour ceux qui souffrent et sont tentés : il pria. Son cœur était écrasé d’angoisse, et il répandit toute sa détresse dans les oreilles de son Père, avec de grands cris et des larmes. Observons les traits de cette prière, afin que nous aussi puissions traverser nos heures sombres lorsqu’elles se présentent.
C’était une prière secrète. Après avoir laissé la plupart de ses disciples à l’entrée du Jardin, il prit avec lui les trois qui avaient été témoins de la résurrection de la fille de Jaïrus, et de l’éclat de sa transfiguration. Eux seuls pouvaient l’accompagner jusque dans le pressoir de l’agonie. Mais même eux furent laissés à une courte distance, tandis qu’il avançait seul dans une obscurité plus profonde. On nous dit qu’ils furent accablés de sommeil ; si bien qu’aucune oreille humaine n’entendit l’intégralité de cette prière bouleversante, dont les Évangiles ne nous ont conservé que quelques fragments.
C’était une prière humble. Luc rapporte qu’il s’agenouilla ; un autre évangéliste dit qu’il tomba sur sa face. Lui qui avait été fait semblable aux hommes, reconnu pour homme par tout ce qui paraissait de lui, s’humilia et devint obéissant jusqu’à la mort, même la mort de la croix. Il est possible qu’il ait alors commencé à murmurer ce psaume qui revint si souvent sur ses lèvres durant ces dernières heures : « Je suis un ver, et non un homme, l’opprobre des hommes et le méprisé du peuple » (Psaume 22.6).
C’était une prière filiale. Matthieu rapporte qu’il dit : « mon Père ! » ; et Marc précise qu’il employa le mot très affectueux que les petits enfants juifs prononçaient en balbutiant : « Abba ! » Il parlait sans doute le grec dans la plupart des situations, mais l’araméen était la langue de son enfance, celle du foyer de Nazareth. À l’heure de l’agonie, l’âme retourne toujours vers les premières tendresses de la vie. Le Sauveur, sentant que le grec ne pouvait exprimer toute la profondeur de son cœur, recourut au langage intime de ses premières années. Non pas seulement « Père », mais « Abba, Père ! »
C’était une prière fervente. « Il priait plus instamment », et cela se voit dans la répétition des mêmes paroles. Sa nature était trop oppressée pour se déployer en formules variées, qui auraient supposé une certaine liberté intérieure. Un seul courant puissant d’angoisse, montant à son comble, ne pouvait produire qu’une note unique, monotone, comme celle de la tempête ou du torrent. Encore et encore revenaient les mots : coupe… passe… volonté… Père. Et la sueur de sang, pressée de son front comme le jus rouge du raisin sous le pied du vendangeur, témoignait de l’intensité de son âme.
C’était une prière de soumission. Matthieu et Marc rapportent : « Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ». Luc écrit : « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ; toutefois, que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne ».
Jésus était l’égal du Père dans sa nature divine ; mais pour accomplir la rédemption, il lui fallait renoncer temporairement à l’usage de ses attributs divins et vivre une vie pleinement humaine. Comme homme, il observait avec une attention parfaite chaque signe de la volonté de son Père, depuis le jour où cette volonté le retint dans le temple, loin de ses parents. Il accomplissait toujours instantanément ce que le Père voulait.
« Je suis descendu du ciel », disait-il, « non pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jean 6.38). C’était le joug qu’il portait, et en le portant, il trouvait le repos de son âme.
Quel que fût le danger ou la difficulté où cette obéissance le conduisait, il suivait toujours la nuée lumineuse de la volonté divine, certain que la manne de la force quotidienne tomberait, et que les eaux profondes de la paix jailliraient là où cette volonté ouvrait la voie. Cette voie semblait maintenant traverser le cœur d’une fournaise ardente. Il n’y avait pas d’autre chemin que celui-là ; et il choisit de le suivre. Plus encore : il s’y engagea avec une joie que les eaux glacées de la mort ne pouvaient éteindre.
En même temps, il apprit ce que signifie obéir, et il en donna un exemple d’une majesté, d’une pureté et d’une beauté sans égales dans toute l’histoire de l’univers. Comme homme, il apprit alors ce que ce mot, obéissance, veut dire. « Il apprit l’obéissance » (Hébreux 5.8). Et maintenant, il nous demande de lui obéir comme il a obéi à Dieu : « à ceux qui lui obéissent » (Actes 5.32).
Parfois, le chemin de l’obéissance chrétienne devient extrêmement ardu. Il s’élève toujours plus haut ; la pente se fait plus raide ; l’appui du pied plus incertain ; et, lorsque vient le soir, celui qui grimpait avec agilité au matin avance désormais lentement, presque à genoux. Le jour n’est jamais plus lourd que la force donnée ; mais, comme la force grandit par l’usage, les exigences qui pèsent sur elle deviennent plus grandes, et les heures plus longues.
Il arrive même un moment où, pour l’amour de Dieu, nous sommes appelés à quitter un cercle cher à notre cœur ; à risquer la perte du nom et de la réputation ; à renoncer à l’ambition la plus précieuse de notre vie ; à accepter l’opprobre, la souffrance, peut‑être la mort ; à boire la coupe amère ; à entrer dans le nuage menaçant ; à gravir la montagne fumante. Alors, nous aussi apprenons ce que signifie obéir ; et il ne nous reste d’autre refuge que de grands cris et des larmes. Dans ces heures, répands ton cœur à haute voix. Mêle abondamment le nom de « Père » à tes supplications. Ne crains pas de redire les mêmes mots. Ne regarde pas vers les hommes : ils ne peuvent te comprendre. Tourne-toi vers Celui qui est plus proche de toi que ton plus intime ami.
Peu à peu, tu deviendras plus calme, plus paisible, jusqu’à te reposer dans sa volonté, comme un enfant, épuisé par une tempête de larmes, finit par s’endormir sur le sein de sa mère.
La réponse.
« Il a été exaucé à cause de sa piété » (Hébreux 5.7). Sa sainte révérence et son attachement parfait à la volonté de son Père rendaient impossible que sa prière reste sans réponse ; mais, comme il arrive souvent, la réponse vint autrement que ce que ses craintes auraient imaginé. La coupe ne fut pas retirée, mais la réponse vint. Elle vint dans la mission de l’ange qui se tint à ses côtés. Elle vint dans la sérénité avec laquelle il affronta la foule brutale qui, bientôt, envahit ce jardin silencieux de ses cris et de ses pas lourds. Elle vint dans son triomphe sur la mort et sur le tombeau. Elle vint dans son perfectionnement comme Médiateur, afin de devenir, pour tous ceux qui lui obéissent, l’Auteur du salut éternel et le Souverain Sacrificateur pour toujours selon l’ordre de Melchisédek.
Les prières nées de l’amour et accordées à la crainte pieuse ne se perdent jamais. Il nous arrive de demander des choses qu’il serait ni sage ni bon pour Dieu d’accorder ; mais alors, sa bonté se manifeste davantage dans le refus que dans l’assentiment. Pourtant, la prière est entendue et exaucée. La force est insufflée dans le cœur défaillant. Le Souverain Sacrificateur fidèle et compatissant fait pour nous ce que l’ange tenta de faire pour lui, mais infiniment mieux, puisqu’il a appris l’art de consoler à l’école de la souffrance.
Et, de là, le chemin finit par déboucher sur la vie, même si nous avons laissé derrière nous, dans la tombe, notre main droite et notre pied. Nous découvrons aussi que nous avons appris l’art de devenir des canaux de salut pour ceux qui nous entourent. Depuis que Jésus y a souffert, Gethsémané est devenu un passage de la route royale qui mène à la Nouvelle Jérusalem.
Et dans ses parages, Dieu garde beaucoup de ses enfants, afin qu’ils apprennent l’obéissance par les choses qu’ils souffrent, et qu’ils apprennent l’art divin de consoler comme ils ont été eux-mêmes consolés par Dieu. Il y a peu de personnes à qui Jésus ne dise pas, à un moment de leur vie : « Venez, veillez avec moi sur la croix ! » Il nous conduit avec lui dans les ombres profondes du pressoir, bien qu’il y ait des recoins où il doit aller seul.
Ne gaspillons pas ces heures précieuses dans le lourd sommeil de l’insensibilité. Là se trouvent des leçons qu’on n’apprend nulle part ailleurs. Mais si nous n’écoutons pas son appel à veiller avec lui, il se peut qu’il mette fin à cette occasion unique en disant : « Dormez maintenant, et reposez-vous ! », car le temps accordé est passé, et l’heure d’une nouvelle étape a sonné.
Si nous négligeons d’utiliser pour la prière et la préparation cette heure sacrée, chargée d’opportunités, si nous dormons au lieu de veiller avec notre Seigneur, comment pourrions-nous tenir debout lorsque les torches brilleront et que les pas pressés annonceront l’arrivée du traître ? Perds les moments de préparation, et tu pourrais en porter le regret durant de longues années.
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