11. Moins de l’homme, plus de Dieu
Chap: 9 - L’année de grâce du Seigneur (suite et fin) - L’expression « l’année de grâce » renvoie au jubilé institué en Lévitique 25, ce temps sacré où Dieu invitait son peuple à suspendre ses activités ordinaires pour se souvenir que tout lui appartenait.
Quelle est l'explication de la Croix ? Comment expliquer le double aspect de cet acte insondable ? D'une part, toute cette œuvre expiatoire et rédemptrice par laquelle le Seigneur Jésus a réglé cette question du pêché ; prenant sur Lui le péché universel, acceptant d'être fait malédiction à notre place ? Et pourquoi, d'autre part, cette œuvre subjective qui en est le complément, et par laquelle la Croix est implantée dans le cœur du croyant, si bien que, par une expérience spirituelle, il devient uni à Christ par la conformité à Sa mort, et entre dans la tombe avec Lui ?
Pourquoi cette application de la Croix, si douloureuse et si terrible à traverser, oui, cette destruction du « vieil homme », cette vivisection du « corps de la chair », ce dépouillement de l'être extérieur, cette expérience intérieure de la puissance de la Croix si terrible pour la chair ? Quel en est l'explication ?
Pour que Christ soit tout et en tous. Pourquoi sommes-nous brisés ? Pour faire place au Seigneur Jésus. Pourquoi sommes-nous amenés jusque dans la poussière par le Saint-Esprit, lorsqu'Il accomplit en nous la mort de la Croix ? Pour que le Seigneur Jésus prenne en nous la place occupée auparavant par notre vieille nature, par notre égo. Nous interprétons bien mal quelquefois cette application de la Croix. L'ennemi est toujours à côté de nous, avec ses insinuations malfaisantes, nous suggérant la pensée que Dieu est cruel, que Dieu n'est pas bon, qu'Il nous écrase, nous humilie, nous anéantit ; il nous laisse entendre que nous ne verrons jamais la fin de cette épreuve, et fait tout pour nous ébranler. La Croix, bien-aimés, n'a d'autre but que de faire devenir le Seigneur Jésus « tout et en tous » pour nous.
Et je vous le demande, à vous tous qui connaissez quelque chose de cette expérience, n'est-il pas vrai que le chemin par lequel le Seigneur vous a fait passer, la manière dont Il a appliqué la Croix dans votre vie, vous faisant devenir une même plante avec Lui dans Sa mort et Son ensevelissement, vous ont amenés à connaître le Seigneur Jésus comme vous ne L'aviez jamais connu auparavant ? N'est-ce pas par ce chemin-là qu'Il vous est devenu cent fois, mille fois plus cher et précieux ? N'est-ce pas précisément à cause de ces expériences qu'Il est devenu pour vous ce qu'Il est maintenant ?
Oui, c'est par le chemin de la Croix que le Seigneur Jésus devient « tout et en tous ». Nous savons très bien que notre plus grand ennemi, c'est nous-même, notre chair. Cette chair ne nous donne aucun repos, aucune paix, aucune satisfaction ; nous n'avons aucune joie en elle. Elle nous obsède, nous absorbe, se met sans cesse au travers de notre chemin pour nous enlever la joie même de vivre. Ce « moi » cruel, oh ! comme il se débat : « Car la chair a des désirs contraires à ceux de l'Esprit… » (Galates 5.17). Que faut-il donc en faire ?
Ce qu'il faut en faire ? Mais, c'est dans la Croix, et par la Croix, que nous sommes délivrés de nous-mêmes ! Non seulement de nos péchés mais de la puissance du péché, de nous-mêmes ! Et, délivrés de nous-mêmes, nous sommes livrés à Christ, et Christ grandit, Lui, de tout ce dont nous diminuons, nous. C'est un chemin douloureux, mais l'issue en est bénie !
Ceux d'entre nous qui, dans cette expérience, ont traversé la plus pénible agonie, pourraient témoigner, nous en sommes sûrs, que tout ce qu'ils ont retiré de connaissance personnelle du Seigneur Jésus, et de richesses spirituelles, a bien plus de prix que tout ce qu'ils auraient pu conserver en échappant à cette épreuve. L'épreuve n'a pas été vaine.
Ainsi l'œuvre du Seigneur pour nous, comme l'œuvre que le Seigneur accomplit en nous par Sa Croix, n'a d'autre objet, dans la pensée divine, que de faire place au Seigneur Jésus. L'autel des sacrifices dans le Tabernacle, comme dans le Temple, était un grand autel ; c'était un autel très vaste, de très grandes dimensions. Tous les autres objets de la Maison de Dieu pouvaient trouver place à l'intérieur de ce grand autel. L'autel, pour nous aussi, doit être très grand ; il faut qu'il y ait une grande place pour Christ crucifié.
Il faut qu'Il remplisse toutes choses, et Il doit être la plénitude de toutes choses ; alors, il n'y aura plus de place pour nous.
Est-ce que cela nous effraie et nous décourage ? Sûrement pas ! Ne chantons-nous pas pleins de joie : « Pour toujours en ta présence, je serai semblable à Toi ! » Que veut dire cela, sinon, ce n'est plus « moi », mais Christ qui est tout. Oui ! l'explication de la Croix, de l'œuvre de la rédemption accomplie sur cette Croix, est tout simplement celle-ci : il faut que Christ soit tout, et en tous ; il faut qu'en toutes choses, Il tienne, Lui, la première place.
C'est ensuite l'explication de nos expériences, la raison pour laquelle le Seigneur agit à notre égard comme Il le fait, la raison pour laquelle les croyants passent par les épreuves qu'ils traversent, des épreuves que d'autres ne connaissent pas, et où ils sont quelquefois presque tentés d'envier les non-convertis qui ont une vie apparemment plus facile.
C'est là aussi qu'il faut chercher l'explication des épreuves d'Israël dans le désert. Après avoir été délivrés de la servitude et de la tyrannie de Pharaon, de l'angoisse et de l'agonie de l'Egypte, les Israélites sont maintenant dans le désert ; et les circonstances leur sont si adverses qu'ils seraient prêts à reprendre le chemin de l'Egypte.
Pourquoi cette discipline ? Parce que le Seigneur a une œuvre à accomplir en eux, afin d'être tout en eux. S'Il épuise leurs ressources naturelles, c'est uniquement pour leur montrer ce que sont les ressources célestes. S'Il brise leur force naturelle, c'est pour qu'ils apprennent à connaître la force du ciel. Tout ce qu'Il leur enlève, et tout ce qu'Il leur donne en échange, n'a d'autre but que de les arracher à eux-mêmes, pour qu'Il devienne, Lui, tout et en tous.
Et c'est là l'explication de nos difficultés. Le Seigneur sait comment agir avec chacun d'entre nous, et Il varie Ses méthodes en conséquence. Il dirige votre vie d'une manière, et la mienne d'une autre. Il sait comment nous conduire à travers nos expériences, qui sont toutes calculées pour nous amener à la place où le Seigneur est tout et en tous.
La croissance spirituelle.
Qu'est-ce que la croissance spirituelle ? Qu'est-ce que la maturité spirituelle ? Que signifie avancer dans notre marche avec le Seigneur ? Nous avons, je le crains, des idées bien confuses à cet égard.
Nombreux sont ceux qui croient que la maturité spirituelle est une connaissance plus approfondie de la doctrine chrétienne ; une faculté plus capable d'assimiler la vérité scripturaire ; une compréhension plus vaste des choses de Dieu. La possession de capacités de cet ordre-là est facilement regardée aujourd’hui comme une preuve de croissance, de développement, de maturité spirituelle. Or, il n'en est rien, bien-aimés. La marque distinctive du vrai développement et de la maturité spirituelle, c'est que « nous » sommes devenus beaucoup plus petits, et que le Seigneur Jésus a grandi en nous dans la mesure où nous avons diminué. La voilà la marque de la maturité. Quand on est devenu petit à ses propres yeux, et que l'on voit le Seigneur Jésus si grand, on est entré dans la maturité spirituelle. C'est la croissance.
On peut avoir une grande connaissance en matière doctrinale, avoir une intelligence remarquable de la vérité, même de la vérité scripturaire, tout en restant très petit spirituellement, en demeurant à l'état d'enfant, absolument dépourvu de maturité. On peut manifester une grande puissance de l’Esprit, comme les Corinthiens, et rester petit enfant, chrétiens charnels.
Être ou devenir un enfant, comme le Seigneur nous y invite, ou rester dans l'enfance spirituelle. Ce sont deux choses tout à fait différentes. La vraie croissance spirituelle est simplement ceci : je diminue, Il grandit. C'est l'accroissement du Seigneur Jésus dans la place qu'Il occupe et dans la valeur qu'Il prend à nos yeux. Voilà la véritable signification de la croissance spirituelle.
L'explication du service.
Qu'est-ce que le service chrétien dans la pensée de Dieu ? Il ne consiste pas en un programme très rempli d'activités chrétiennes ; ce n'est pas nécessairement cela. Ce n'est pas être occupé sans relâche dans ce que nous appelons « les choses du Seigneur ».
Il n'est représenté ni par le temps qu'on y consacre, ni par l'énergie qu'on y déploie, ni par l'enthousiasme dont on fait preuve à l'égard du Royaume de Dieu, non plus que par l'ingéniosité de nos méthodes ou l'ampleur de nos entreprises pour le Seigneur.
Le vrai caractère de tout service, bien-aimés, est celui-ci : quelles sont les motivations qui nous font agir ? Les motivations ! Sont-elles inspirées, du début à la fin, par le désir qu’en en toutes choses, Christ ait la première place, que Christ soit tout et en tous ?
Nous connaissons bien les tentations et la fascination du service chrétien, le piège d'une activité inlassable qui nous entraîne à toutes sortes d'occupations, ayant des programmes qui ne nous laissent aucun répit, nous inspirent des projets, des entreprises toujours nouvelles, et qui absorbent tout notre temps. Il y a là un péril, et nombreux sont les serviteurs de Dieu qui s'y sont laissé prendre. Il y a pour l'homme le danger d'être mis en évidence, et de faire sienne une œuvre qui ne lui appartient pas, d'en arriver à chercher ses propres intérêts, à trouver sa satisfaction dans la manière dont il sait gouverner et gérer les choses.
Non. Se dépenser de jour en jour dans une œuvre chrétienne pour le simple plaisir d'exercer une activité, céder à la fascination du travail à accomplir, supputer les avantages qu'on pourra en retirer, jouir de toutes les satisfactions, petites et grandes, qui s'offrent à la chair dans le chemin d'activités, tout cela c'est une chose.
Mais c'est une chose toute différente de vouloir Christ au centre de notre vie et de notre activité, afin qu'Il soit tout et en tous. Il faut parfois être mis de côté pour voir cette pensée prendre corps. Et c'est alors que nous pouvons apprécier nos motivations à leur juste valeur : Est-ce pour nous la même chose, sommes-nous également satisfaits de voir le travail s'accomplir sans nous ? Cela nous plaît-il que notre mise à l'écart contribue davantage que notre collaboration à la gloire de Dieu ? Pourvu qu'Il ait, Lui, ce que Son cœur désire, qu'importe que l'on nous voie ou nous entende !
C'est une grâce de Dieu, lorsque nous en arrivons à accepter de bon gré, pour que le Seigneur Jésus ait la voie libre, une place où personne ne prend plus garde à notre présence ou à notre absence.
Nous en avons si bien pris le pli, oui, nous en sommes arrivés à croire sincèrement que le Seigneur Jésus ne pourra plus accomplir Son œuvre si nous ne sommes pas Son instrument... Et pourtant !
C'est bien souvent une question de rivalité : rivalité de chaire, rivalité d'église, questions de préséance qui touchent à des points sensibles, réactions charnelles parce que l'intérêt s'est concentré sur un message plutôt que sur un autre, parce que toutes les remarques favorables se sont portées dans la même direction... nous connaissons bien tout cela, n'est-il pas vrai ? Après tout, quel était donc notre objectif ? Cherchions-nous la faveur de notre auditoire, le triomphe de notre prédication, ou bien le triomphe de notre Seigneur ?
Il y a une grande différence entre ces motivations. Le Seigneur Jésus tire quelquefois plus de gloire que nous ne le croyons de nos expériences douloureuses, tandis que, au contraire, nos bons moments ne Lui ont peut-être pas donné tout ce que Son cœur aurait désiré. Voilà pourquoi il est nécessaire que nous soyons mis de côté, maintenus dans la faiblesse et l'humilité, c'est afin qu'Il ait, Lui, la première place.
Notre service, pour répondre à la pensée de Dieu, doit être éprouvé sur la base de notre motivation : dans quel but œuvrons-nous ? Est-ce pour le travail lui-même ? Est-ce par besoin d'entreprendre une œuvre, d'être actif et occupé ? Ou bien sommes-nous seulement et uniquement désireux de voir le Seigneur Jésus à Sa place dans les Siens, de voir le dessein de Dieu réalisé ? Et si, pour être tout et en tous, Il a besoin de notre mort aussi bien que de notre vie, sommes-nous arrivés à la place où nous pouvons dire, avec l'apôtre : « Christ sera magnifié dans mon corps, soit par la vie, soit par la mort » (Philippiens 1.20) ? C'est là l'explication du service, au point de vue de Dieu.
Bien sûr, c’est l’explication de beaucoup d'autres choses encore.
L'explication de tout l'Ancien Testament.
« Christ tout et en tous » ; cette phrase qui représente toute la pensée de Dieu, nous explique aussi tout l'Ancien Testament. Nous ne nous arrêterons pas ici à le démontrer en détail ; nous en indiquerons simplement les traits principaux et passerons plus loin.
Qu'est-ce que l'Ancien Testament ? Dans son ensemble, il est composé de symboles, de grandes figures qui, toutes, représentent Jésus-Christ. Prenons les deux principales : le Tabernacle et le Temple. Ces deux grandes figures sont des représentations du Seigneur Jésus, dans Sa personne comme dans Son œuvre, et comme telles, elles occupent la place centrale dans la vie d'un peuple élu.
La vie de ce peuple est liée si intimement à ces figures, qu'ils ne sont qu'un ; et tant que ce peuple élu est en relation vivante et normale avec cet objet central, que ce soit le Tabernacle ou le Temple ; tant qu'il le met à la place qui lui appartient ; tant qu'il lui témoigne l'honneur et le respect qui lui sont dus ; tant qu'il le maintien à sa place de sainteté absolue ; tant qu'il se conforme à son esprit, à ses lois, à son témoignage, bien que, parmi tous les peuples de la terre, il soit en lui-même le moins capable de sauvegarder ses propres intérêts, il a la suprématie absolue sur tous les autres. De toutes les nations de la terre, il n'en est pas une qui puisse lui résister.
Et c'est un peuple qui n'a jamais été formé dans l'art de la guerre. Il n'a pas derrière lui une longue histoire de faits d'armes et de stratégie dans ce domaine. En lui-même, c'est un peuple sans défense. Et cependant il prend l'ascendance, non seulement sur des nations isolées qui le surpassent en grandeur et en puissance, mais sur des coalitions de nations. Alors même qu'elles se liguent toutes contre lui, il triomphe, tant qu'il demeure fidèle à cet objet central. Cet objet central est une représentation du Seigneur Jésus, dans toute Sa personne et Son œuvre.
Quelle est l'interprétation spirituelle de toute cette histoire ? Lorsque le Seigneur Jésus a la place qui Lui revient, lorsqu’en toutes choses, Il occupe la première place, Sa suprématie, une suprématie absolue, s'exerce au sein de Son peuple d'abord, puis à travers Son peuple sur tout le monde qui l'entoure. Quand Christ est « tout et en tous », quand cela est bien vrai en expérience vivante, aucune force n'est capable de Lui résister.
Que le Seigneur Jésus ait Sa place dans la vie et le cœur des Siens, dans toutes leurs affaires et leurs relations, c'est le secret de la suprématie et de la souveraineté absolues, et les portes du Hadès ne peuvent prévaloir.
L'explication du Nouveau Testament.
Le Nouveau Testament nous met en présence de petits groupes de croyants, sans importance au milieu des peuples de la terre, méprisés, rejetés, incapables de se faire entendre sans être molestés, et qui finissent par attirer sur eux la colère organisée et la haine des nations de ce monde, jusqu'au jour où toutes les ressources d'un grand empire de fer seront exploitées, utilisées et mobilisées pour balayer de la terre ce peuple humble et méprisé et faire disparaître de l'histoire son souvenir même.
Or, qu'est-il arrivé ? Les empires se sont écroulés, les puissances du monde se sont effondrées. On passe maintenant d'un continent à l'autre pour visiter les ruines et les restes de ces grands empires. Mais qu'en est-il du peuple « de la voie », de ces disciples du Nazaréen méprisé ? C'est une multitude immense, que personne ne peut compter. Le ciel en est rempli, et, sur la terre, ceux qui connaissent et aiment le Seigneur Jésus, et qui sont de « ceux de la Voie » se chiffrent par centaines de milliers.
L'explication, c'est que Dieu a voulu que Son Fils soit tout et en tous, et qu'en toutes choses Il tienne la première place. Si nous sommes en relation vivante avec le Fils de Dieu, les hommes et l'enfer peuvent faire tous leurs efforts, ils n'empêcheront jamais Dieu de parvenir à Son but, et Son peuple restera dans Son ascendance et finira par triompher.
L'explication de l'Eglise.
Qu'est-ce que l'Eglise ? Dans la pensée de Dieu, ce n'est pas le christianisme, tel que nous le connaissons ; ce ne sont pas les églises, en tant que centres organisés du christianisme. Ce n'est pas non plus la propagation de l'enseignement chrétien et d'une entreprise chrétienne.
La pensée de Dieu, c'est d'avoir, sur la terre, un peuple pour lequel et au sein duquel Christ est tout et en tous. C'est cela, l'Eglise. Il nous faut revoir nos idées. Dans la pensée de Dieu, l'Eglise commence là et l'Eglise finit, là où le Seigneur Jésus a la place de suprématie absolue ; et ce que Dieu désire toujours, c'est de rassembler ceux de Ses enfants qui entrent le plus pleinement dans Sa pensée, afin de trouver en eux la satisfaction de Son cœur, et la réalisation de Son dessein éternel ; que le Seigneur Jésus ait en toutes choses la première place, la prééminence, qu'Il soit « tout et en tous ».
Il passe à côté de cette grande institution qu'on appelle « l'Eglise », et Il est avec ceux qui, en eux-mêmes, ont un cœur humble et contrit, et qui tremblent à Sa Parole, ceux pour lesquels le Seigneur Jésus est le seul et unique Objet de culte et d'adoration, et dont le cœur s'élève tout simplement à Lui. C'est là qu'Il trouve la réponse à Son désir éternel.
C'est exactement ce que dit notre texte. Considérons-le encore : « Où il n'y a pas Grec et Juif, circoncision et incirconcision, barbare, Scythe, esclave, homme libre ; mais où Christ est tout et en tous » (Colossiens 3.11) ; c’est là où chacun a « revêtu le nouvel homme qui est renouvelé en connaissance, selon l'image de Celui qui l'a créé » (v. 10). Pensons au sens spirituel de ce passage, et nous verrons qu'il s'agit là de l'Homme corporatif, l'Eglise, le Corps de Christ, qui est la plénitude de Celui qui remplit tout en tous.
L'Eglise est « la plénitude de Celui qui remplit tout en tous » (Ephésiens 1.23). Là, dans cet homme corporatif, il ne peut y avoir ni Grec ni Juif. Remarquons bien les termes. Il n'est pas dit que le Grec et le Juif se réunissent dans une communion bénie. Non, nous n'avons pas toutes les nationalités dans l'Eglise ; toutes les nationalités ont disparu, et il y a maintenant une seule et nouvelle création spirituelle, un homme nouveau, où il ne peut plus y avoir ni Grec, ni Juif, ni esclave, ni homme libre, où toutes les distinctions terrestres ont disparu, abandonnées pour toujours ; c'est « un seul homme nouveau » ; c'est cela l'Eglise.
Une combinaison soigneusement arrangée où Luthériens, Réformés, Baptistes, Méthodistes et Protestants de toutes nuances se tendent la main et, pour un temps, oublient leurs divergences, ce n'est pas cela l'Eglise. L'Eglise est là où ces choses n'existent pas, non pas où elles sont voilées provisoirement, mais où elles n'existent pas ; « un seul Corps, un seul Esprit ». L'Eglise est uniquement : Christ tout et en tous. Réalisons et vivons cela, et nous avons l'Eglise. L'on peut donner le nom d'Eglise à tout ce que l'on voudra, mais tant que Christ n'y est pas tout et en tous, ce n'est qu'une contradiction. Éprouvez toutes choses par ce critère.
S'il est vrai que, dans la pensée et le cœur de Dieu, la vie chrétienne se résume par ces paroles « Christ tout et en tous », alors une question se pose. Etes-vous un vrai chrétien ? Suis-je un vrai chrétien ? Car, nous venons de voir que, par la Croix, nous avons disparu pour faire place au Seigneur Jésus.
Or, si nous faisons profession d'être venus au Seigneur par le chemin du Calvaire, cela signifie que nous avons été mis de côté par cette Croix, afin que Christ soit tout et en tous. Qu'en est-il en réalité ? Voulons-nous encore en peu du monde ou un peu de nous-même ?
Oh ! un peu seulement ! En dehors du Seigneur, je tiens encore à ceci, et à cela. Et j'y tiens délibérément, parce que le Seigneur Jésus ne m'a pas entièrement satisfait, et je cherche ailleurs ; il me faut une compensation. Être un « chrétien mondain » est une violente contradiction, c’est une contradiction nominative. Avoir besoin de quelque chose en dehors de Christ, c'est renier l’œuvre accomplie sur la Croix et prendre position contre l'intention éternelle de Dieu concernant Christ. Voulons-nous prendre une telle responsabilité ?
Dieu a pré-ordonné, de toute éternité, que Son Fils soit tout et en tous. Nous faisons profession d'appartenir au Seigneur Jésus, et cependant, il ne serait pas vrai qu'Il soit, pour nous, tout et en tous ? S'il en est ainsi, il y a un reniement, une contradiction ; nous nous opposons à la pensée de Dieu, nous résistons à Son dessein éternel.
Est-ce vrai que, pour nous, Il est tout et en tous ? Il le sera certainement si nous sommes prêts à aller avec Lui jusqu'au bout.
Oh ! Ces suggestions subtiles que des lèvres menteuses murmurent constamment à nos oreilles ! Si tu renonces à ceci ou à cela, tu vas finir par tout perdre ; la vie sera moins riche qu'elle ne l'est maintenant et qu'elle ne pourrait l'être dans l'avenir ; tu vas au-devant de telles limitations, qu'il ne te restera plus rien à la fin. Mensonge ! C'est précisément cette crainte qui entrave la réalisation de la grande pensée de Dieu à notre égard.
La pensée de Dieu pour nous, c'est que Celui qui est Son Fils, Jésus-Christ, en qui habite corporellement toute la plénitude de la divinité, que Lui, Il soit notre plénitude. Toute la plénitude de Dieu en Christ est pour nous ! Nous n'atteindrons jamais ce but en Le rejetant par nos propres conceptions de la vie chrétienne. Si nous n'allons pas avec Lui jusqu'au bout, notre vie sera certainement limitée et amoindrie. Ce qui est vrai dans la question de notre consécration au Seigneur ; abandon complet de notre vie entre Ses mains et séparation totale d'avec tout ce qui n'est pas du Seigneur ; est aussi vrai dans le domaine du service.
Notre chair aime à se faire une place dans l'œuvre de Dieu, et elle ne se lasse pas de nous répéter que, si nous voulons dépendre du Seigneur seul, nous connaîtrons des jours d'anxiété. Mais, une vie de complète dépendance de Dieu peut être une bénédiction continuelle. C'est dans cette voie que nous faisons, presque à chaque pas, des découvertes qui nous laissent toujours plus émerveillés.
Nous pouvons nous sentir à demi-morts à un moment donné, et cinq minutes après, si le Seigneur nous confie quelque travail, nous recevrons un renouveau de vie, dépendants ainsi de Lui pour chaque mouvement et pour l'air que nous respirons. C'est ainsi que nous apprenons à connaître le Seigneur. Puis, après cette expérience, nous pouvons nous sentir de nouveau aussi impuissants et anéantis que précédemment, mais nous nous souvenons que le Seigneur était intervenu ; et le Seigneur intervient encore.
La vie devient ainsi une riche communion, et cependant personne ne pourrait se douter que nous dépendons du Seigneur, recevant de Lui la force et le souffle au fur et à mesure des besoins. Quelle bénédiction que de savoir que c'est le Seigneur qui a tout accompli, et que, livrés à nous-mêmes, nous n’y serions jamais parvenus. Ce qui, sur le plan humain et terrestre, est impossible, le Seigneur l'accomplit. Quelle bénédiction !
Prolongeons ces lignes, bien-aimés, dans le domaine de l'Eglise. Appliquons l’épreuve. Pour nous, je parle ici sans aucun esprit de jugement ou de critique, ne désirant pas faire des distinctions inopportunes. Mon seul désir est d'être fidèle, pour nous, notre foyer spirituel doit être là où le Seigneur Jésus est le plus honoré. Notre communion fraternelle doit être là où Dieu trouve ce qui satisfait le plus Son cœur, là où Christ est tout et en tout ; c'est cela qui doit être l'Eglise pour nous.
Il ne faut pas que nous soyons liés par des traditions, par des choses qui prétendent être ce qu’elles ne sont pas. C'est là où le Seigneur est le plus honoré que doivent être nos cœurs, là où tout est subordonné à cette réalité centrale, Jésus-Christ tout et en tous. C'est là qu'est l'Eglise, et c'est là que doit être le centre de gravité de nos cœurs. Le lieu où Dieu déposera Son témoignage, et par lequel Il manifestera aux autres la puissance de ce témoignage, doit être le lieu où le Seigneur Jésus est le plus honoré.
Si nous sommes en plein accord avec le dessein de Dieu concernant Son Fils, c'est à nous que viendront ceux qui sont affamés spirituellement, et nous ne manquerons pas d'occasions de leur donner cette nourriture céleste qui nous a si abondamment satisfaits.
Tout est Vie.
Souvenons-nous que tout ce qui se rapporte à la vie chrétienne est affaire d'expérience. Tout doit être expérimenté, vécu. Tout ce qui touche au Seigneur Jésus est essentiellement en relation avec la vie. Ce n'est pas doctrinal. Ce n'est pas une question de credo. Le fait d'accepter certaines déclarations de doctrine ou de croyance seulement, ne nous mettra pas en relation avec le Seigneur Jésus. Jamais !
Nous ne devenons pas chrétiens en souscrivant à certaines doctrines ou en adhérant à une profession de foi orthodoxe ou évangélique, non plus qu'en croyant certaines choses qui nous sont dites du Seigneur Jésus. Ce n'est pas de cette manière-là que nous devenons des chrétiens, et ce n'est pas sur cette base qu'est constituée l'Eglise, bien qu'elle professe certaines règles de foi.
Il faut dans notre vie que tout soit fondé sur une expérience vivante de Christ ; il faut que chaque élément de notre foi devienne partie de nous-même, et que nous soyons nous-même un élément vivant dans notre foi. Il n'est pas suffisant de croire que Christ est mort sur la Croix. Il faut que ce fait entre profondément dans notre vie personnelle et devienne une expérience continuelle, une action puissante, une force incessante qui opère et agit dans tout notre être.
L'Eglise n'est pas établie sur une base de déclarations doctrinales. On ne peut pas réunir quelques personnes, en leur disant simplement voici quelques considérations parfaitement saines, nous allons constituer notre Eglise sur cette base. L'Eglise est là où la vérité a été incrustée, où elle est devenue expérience et vie.
Quand l'enfer se lève pour projeter contre les enfants de Dieu les miasmes de la division, ce n'est pas un credo qui sauvera l'unité menacée. Le credo le plus ultra-évangélique n'a jamais réussi à assurer la cohésion des chrétiens. L'unité de l'Esprit se forge d'une autre façon ; c'est le fruit d'un travail de Dieu accompli en nous, au-dedans de nous.
Sans cette unité-là, rien ne pourra résister aux esprits de division et de schisme qui nous assaillent.
Il faut que tout ait son fondement, non pas dans la doctrine ou l’organisation humaine, mais dans l'expérience de Vie. C'est sur la base de l'expérience que nous donne l’Esprit de Dieu, que nous pouvons entrer dans le plan de Dieu. Il n'est pas difficile de chanter dans nos cantiques, « Christ est tout et en tous », et de croire qu'il est suffisant de le faire de manière tout objective.
Mais c'est une chose tout autre, lorsque ces mêmes paroles sont le fruit d'une expérience personnelle. Il y a beaucoup de chrétiens qui diront aujourd'hui : « oui, c'est vrai, Christ est tout et en tous ! » Et cependant, si demain matin, vous les touchez à une place sensible où leurs préférences entrent en jeu, ils vous donneront la preuve que Christ n'est pas encore tout et en tous. C'est par le chemin de l'expérience que nous devons arriver là. Que le Seigneur nous donne la grâce d'y parvenir.
Le dernier appel que j'adresse ici à nous tous, c'est que nous nous unissions tous pour élever tout à nouveau le Seigneur Jésus sur le trône qui Lui appartient, afin qu'Il règne en Souverain suprême dans notre cœur, dans toute notre vie, dans toutes nos relations. Si nous avons retenu quelque chose de nous-mêmes, cédons aujourd'hui.
Si nous avons encore certaines réserves dans notre cœur, consacrons-nous maintenant. Si nous avons été jusqu'ici partagés entre le Seigneur et le monde, ou entre Lui et un objet que nous chérissons, mettons-y dès maintenant le point final, afin qu'Il soit, Lui, tout et en tous. Qu'il en soit ainsi dès ce moment, et que, dans nos relations avec le Seigneur, nous continuions sur une base toute nouvelle. Voulons-nous le faire ?
Demandons au Seigneur de briser jusqu'au lien le plus tendre qui pourrait faire obstacle à ce qu'Il soit tout et en tous ; sommes-nous prêts à faire cela même ? Que le Seigneur nous en donne la grâce !
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« Il fut un temps où les hommes croyaient devoir fuir au désert et se retirer dans des couvents pour renoncer à eux-mêmes. Le Seigneur Jésus nous a montré que c'est dans nos rapports ordinaires avec les hommes que doit s'exercer le renoncement. »
- Andrew Murray
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